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06 novembre 1982 – 06 novembre 2012: 30 ans au pouvoir. Comment Paul Biya a dompté les Camerounais

Le Messager

Ecrit Par le 29 Oct 2012 Publié dans la categorie: Actualités, Politique


06 novembre 1982 – 06 novembre 2012: Comment Paul Biya a confisqué le pouvoir

30 ans au pouvoir… Et il en redemande

Le 06 novembre 2012 c’est demain. Et demain, le chef de l’Etat, Président de la République du Cameroun qui a déjà 79 ans sonnés, aura passé 30 ans au pouvoir. A cela, si on ajoute sept années de séjour à la Primature, en clair, tour à tour, premier ministre, puis président de la République, depuis 1975, le chef de l’Etat, Paul Biya occupe les hautes cimes de la souveraineté nationale. Mais quelle longévité aux affaires… Que dire des retombées. La moisson n’est pas abondante. La longévité à la magistrature suprême de Paul Biya, ne fait pas bon ménage avec les ressources générées. Les provisions ne sont pas en adéquation avec les efforts et les sacrifices consentis par les Camerounais. A longueur de journée, l’on scande la paix, alors que le panier de la ménagère est vide, les injustices et les inégalités sociales sont nombreuses, le drame de la misère noire est perpétuel et indescriptible dans les foyers. Les riches et les gueux (qui s’amoncellent tous les jours), se côtoient à distance, le taux de chômeurs connaît un accroissement exponentiel, les syndicats du crime et les gangs de malfrats sèment à tout vent et dans l’impunité, l’insécurité et la peur dans les villes… Les scènes atroces (à travers lesquelles, le rendez-vous avec la mort est récurent), sont en nette augmentation dans les institutions hospitalières. Vivant renfermé dans son palais d’Etoudi, sourd aux appels des populations qui s’encrassent dans la misère galopante. De hauts lieux de la souffrance et de la perdition se comptent par centaines. Et pourtant, le peuple hurle sa colère qui, malheureusement, se brise sur le mur de l’indifférence d’une élite régnante, aveuglée par les privilèges venant du prince.

Mais que peut-elle, cette bureaucratie administrative, invitée sur la table, pour manger et se taire, au risque d’être mangée par le régime du « Renouveau » qui, à travers l’opération Epervier, n’éprouve aucune gêne à anéantir les « dragons » qu’il a lui-même engendrés. Trois décennies durant, le locataire d’Etoudi, n’est pas parvenu à sortir le Cameroun de « l’anormalité », du « tout est possible ». Les affidés et courtisans du régime, rusent jusqu’à l’usure et l’inconscience de la démocratie, de la bonne gouvernance et de l’alternance. Trois décennies durant, le père du « Renouveau », dans sa propension à cristalliser, raffermir et radicaliser son pouvoir, s’est construit une camisole de sécurité ; mieux, un labyrinthe où, les stratégies personnelles de conservation de pouvoir, priment sur les lois de la République. Trois décennies durant, « l’homme lion », a densifié les opérations de charme et les actions allant dans la promotion du loisir qu’il a données en opium à son peuple. Les lions indomptables dont on a vendu au prix fort, ses victoires et conquêtes, mais dont nul ne veut être aujourd’hui comptable du naufrage ; la libéralisation sauvage et incontrôlée des espaces de loisirs, les cercles religieux, les jeux du hasard, les sectes magico-sataniques… L’avalanche des strates de la déchéance et de la décadence est déplorable. Par l’usure, l’installation de la peur, Paul Biya a réussi à instrumentaliser et même à infantiliser les « forces » de l’opposition en brisant toutes les velléités et les ailes de prise de pouvoir par les élections fiables et transparentes. La même arme a été utilisée pour rendre les intellectuels et les universitaires (qu’il a préalablement affamés par les baisses drastiques de salaire), impuissants, improductifs et inefficaces. Tous se battent dans la périphérie, pour des strapontins ministériels.

Dans quelques jours, quelques heures peut-être, les rideaux vont s’ouvrir sur les aspects festifs de l’évènement. Les spécialistes de la propagande d’Etat et de l’allumage des feux d’artifices, vont confisquer les colonnes des journaux et les ondes de l’audiovisuel pour dire des louanges au désir d’éternité de Paul Biya à la magistrature suprême. N’entend-on pas déjà, des voix s’élever demandant au président de se représenter en 2018. Toujours à l’écoute du peuple, le chef de l’Etat Paul Biya, malgré ses trois décennies de magistrature suprême, continue d’être « d’attaque ». Ce ne sont pas des projets, des prospectives qui manquent dans ses discours. Fondé en 1979, Le Messager (33 années d’existence), est de la même génération que le temps de règne de Paul Biya. Qui mieux que l’organe de presse indépendant le plus ancien du Cameroun, celui-là qui a vu l’enfantement, les premiers pas et balbutiements du régime du « Renouveau », pour évaluer la longue marche ? Dans une analyse sans concession des 30 années au pouvoir de Paul Biya, voici la part du Messager. Bon anniversaire, M. le président de la République.

Souley ONOHIOLO 

Main basse sur les institutions: L’escroquerie de la Tripartite et de la Constitution de 1996

D’abord partant pour la mise en œuvre des résolutions de l’accord passé avec la société civile et l’opposition dont la loi fondamentale lui a donné corps en 1996, Paul Biya s’est vite rebiffé après l’orage. Démontrant que ces concessions visaient juste à juguler la grogne sociale.

Fin d’année 2007. Paul Biya annonce sur France 24 que la question de sa candidature en 2011 est lointaine. Le président camerounais en poste depuis 1982 se débine ainsi devant une question cruciale : faut-il faire sauter le verrou de la limitation des mandats présidentiels autant que ses pays voisins. De nombreux commentateurs politiques pérorent encore sur cette feinte de l’Homme-Lion, lorsque quelques jours après quelques élites de la Lekié (Essimi Menye, Henri Eyébé Ayissi, Ndongo Esomba etc.) profitent de la célébration des 25 ans de règne sans partage de Paul Biya pour lancer ce que le quotidien Cameroon Tribune financé par le régime de Yaoundé baptisera « l’appel de la Lékié », laquelle implore le chef de l’Etat de se présenter à la présidentielle de 2011 malgré la limitation du mandat. L’affaire est réglée comme sur du papier à musique. Quelques relais du Rassemblement démocratique du peuple Camerounais (Rdpc), avatar de l’Union nationale camerounaise (Unc), ex-parti unique, amplifient l’appel de la Lékié. Des marionnettes qui font partie du décor du régime despotique de Yaoundé forcissent le message. Françoise Foning, Jacques Fame Ndongo, Grégoire Owona… montent au créneaux pour demander la déification de leur « créateur »

Le débat enfle. Mais quelques candides croient, comme l’a affirmé Paul Biya, que le sujet de la présidentielle de 2011 est lointain. Et puis coup de tonnerre… Au cours du discours de fin d’année prononcé le 31 janvier 2007, le président de la République manifeste sa volonté de procéder à une modification constitutionnelle. Dans la ligne de mire, l’article 6, paragraphe 2 qui stipule que le président de la République est élu pour 7 ans renouvelables une seule fois. Il est le seul Camerounais que cette disposition constitutionnelle élimine de la course de 2011. Mais le Prince de Mvomeka’a semble frappé d’amnésie. Cet arrangement de la loi fondamentale promulguée le 18 janvier 1996 est le fruit d’un modus vivendi passé avec la société civile et les partis de l’opposition en novembre 1991 au cours des assises de la Tripartite. Paul Biya n’en a cure. Pis, il s’en beurre. Il n’attendra pas longtemps pour préparer un avant-projet de loi qui attend dans les tiroirs, l’ouverture de la session parlementaire la plus proche. C’est celle de mars 2008. Nonobstant les émeutes de fin février, les hurlements de la société civile, la protestation de l’opposition, le président procède au hold-up constitutionnel redouté. La loi fondamentale qui ne se met encore que « progressivement » en place est éventrée. Le « Créateur et maître » de Jacques Fame Ndongo et autres Grégoire Owona est rééligible. Le Roi Biya vient de remettre à plat un accord historique passé avec son peuple au plus fort des villes mortes. Les Camerounais découvrent une autre facette de celui qui ne sait pas ce que donner sa parole veut dire.

Décentralisation

Cette volteface est jugée normale par ses supporters. Ils se souviennent que c’est un genou à terre que Paul Biya dû concéder au peuple, une Constitution futuriste. Laquelle prévoit un conseil constitutionnel, un parlement bicaméral, la déclaration des biens et avoirs, la limitation des mandats présidentiels… Mais le brave homme n’a jamais consenti à les mettre en œuvre. Et pour cause, analysent les politologues, il redoute que l’implémentation de ces dispositions soit catastrophique pour son projet de se maintenir au pouvoir à vie. Mais afin de donner du change à ceux qui pourraient le taxer de bourreau de la constitution, le Prince fait mettre en œuvre au petit trot quelques mécanismes constitutionnels. Il en est ainsi du processus de décentralisation, dont les textes d’application sont pris seulement en 2006. Mais les collectivités autocentrées cherchent encore comme l’étoile du berger, le jour où elles seront autonomes. A un niveau un plus haut, on a attendu plus de 12 ans pour que les provinces deviennent régions. Jusque là, l’on n’a pas franchi la ligne de la simple dénomination et donc, les gouverneurs, dépositaires du fouet de la répression restent en poste. La chambre des Comptes de la Cour suprême fonctionne cahin-caha. Ses recommandations et ses rapports sont snobés par les comptables publics. La déclaration des biens est suspendue à une déclaration du chef de l’Etat qui doit créer la commission chargée de recenser les biens et avoirs de gestionnaires des crédits publics.

Ainsi, les accords issus de la Tripartite d’abord pris en compte pour mettre sur les rails la démocratie avancée puis apaisée ont tous ainsi été balayés de la main pour permettre au Souverain de Yaoundé de rester en poste. Un peu comme pour donner corps aux chants, de cette foule enivrée par l’alcool qui, au passage du cortège présidentiel reprennent : « Paul Biyaaaaaaaaaaaa ! Encore 100 ans ».

Rodrigue N. TONGUE 

Focal: Le contexte historique

L’année 1990 marque le début du processus démocratique camerounais avec la création d’une ” Coordination nationale pour la démocratie et le multipartisme ” qui vaudra à Me Yondo Black, ancien bâtonnier et à plusieurs personnes d’être arrêtés pour sédition, subversion, affront au chef de l’Etat en février 1990. Leur procès devant le tribunal militaire de Yaoundé en mars donnera lieu à une première mobilisation du barreau camerounais pour soutenir autant les accusés que leurs revendications.

Malgré le refus officiel du multipartisme, John Fru Ndi lance en mai 1990 à Bamenda, le Social democratic front (Sdf) lors d’une marche dont la répression cause la mort de 6 personnes. Dès le 3 juin 1990, la Conférence épiscopale camerounaise publie une lettre pastorale qui critique ouvertement le pouvoir. Le 4 juillet 1990 enfin, le président Paul Biya accepte d’abandonner le monopole politique exercé par le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc). Une commission de révision de la législation sur les libertés publiques est créée par décret le 21 juillet. Dès le mois de décembre 1990, l’Assemblée nationale adopte une série de lois parmi lesquelles une loi sur la liberté d’association et de création des partis politiques.

Ces mesures de libéralisation n’empêchent pas le pouvoir de procéder à de nombreuses arrestations d’opposants. A partir de mars 1991, dans la foulée de l’intense mobilisation populaire provoquée par les procès, sont lancées les opérations « villes mortes » qui paralysent la vie économique du pays pendant 6 mois. Ces opérations sont combinées avec une désobéissance civile afin d’obtenir l’organisation d’une Conférence nationale souveraine (Cns). Les jeunes partis d’opposition et ces groupes se coalisent dans la Coordination nationale des partis de l’opposition et associations (Cnpoa), vite interdite.

Dès le mois d’avril 1991, les opérations « villes mortes », les émeutes et les manifestations s’étendent à l’ensemble du pays. Pour tenter de résoudre la crise politique, le président Biya rétablit le poste de Premier ministre, annonce des élections et une réforme constitutionnelle. Devant l’ampleur des mobilisations, un état d’urgence de fait est instauré avec la création en mai 1991, du « commandement militaire opérationnel » en vue de pacifier le pays. Paul Biya ayant annoncé les élections législatives pour le 16 février 1992, le Premier ministre Sadou Hayatou ouvre le 30 octobre 1991, la conférence tripartite gouvernement-opposition-société civile destinée à définir le cadre électoral et l’accès aux médias publics. L’opposition se divise entre les partisans du préalable d’une conférence nationale et ceux qui sont favorables à une participation immédiate à la compétition électorale.

Celle-ci se tient le 1er mars 1992. Elle est boycottée par l’opposition radicale regroupée autour du Sdf. Le Rdpc, l’Undp (Union nationale pour la démocratie et le progrès de Bello Bouba Maïgari), le Mdr (Mouvement pour la défense de la République) et une aile de l’Upc se partagent les 180 sièges du Parlement avec respectivement 88, 68, 18 et 6 députés. Le 26 avril 1992, un nouveau gouvernement Rdpc-Mdr est formé avec à sa tête Simon Achidi Achu. Le 11 octobre 1992, des élections présidentielles sont organisées. Paul Biya est réélu officiellement avec 39,9 % des voix, contre 35,9 % pour J. Fru Ndi et 19,21 % pour B. Bouba Maïgari. Le pouvoir est accusé de fraudes par l’opposition et la validité des élections est mise en doute par une Ong américaine de scrutateurs, le « National Democratic Institute ». Des émeutes éclatent dans le Nord-Ouest où l’état d’urgence est proclamé, des leaders de l’opposition radicale sont arrêtés ou placés en résidence surveillée (cas de J. Fru Ndi). Dans le même temps, le gouvernement s’ouvre à l’Upc et à des dissidents de l’Undp. Le 18 janvier 1996, en période de campagne électorale pour les municipales, l’Assemblée nationale vote enfin la loi n° 96-06 portant révision de la Constitution du 02 juin 1972. Le scrutin municipal a lieu le 21 janvier 1996. A l’échelle nationale, le Rdpc est largement vainqueur, même si les partis d’opposition gagnent dans leurs fiefs électoraux. Ces victoires de l’opposition sont relativisées par la nomination de délégués du gouvernement dans les villes comme Douala, Bamenda, Garoua, Bafoussam, etc., ces nouveaux délégués possèdent en fait les pouvoirs d’un « super maire ». L’opposition réagit en lançant un mot d’ordre de villes mortes plutôt mal suivi.

R.N.T Source : Sory Baldé -Université Montesquieu-Bordeaux IV

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