Le leader de la filière subit le contrecoup de la crise. Cependant que certaines filiales se portent bien.
Alain Crapart, directeur de l’Etablissement industriel d’Edéa au sein du Groupe Alucam, n’est pas un adepte de la langue de bois. Les répercussions de la crise économique mondiale frappent déjà Alucam. Et l’Etablissement industriel prend chaque jour des mesures pour faire face.
Alucam, tête de proue du groupe, est touchée par deux attaques. La première c’est la fourniture insuffisante d’énergie par Aes Sonel. Au lieu des 145 MW attendus en saison sèche, ce sont seulement 110MW qui sont livrés. Et cela dure depuis des années. Conséquence de cette situation, l’usine de production d’aluminium tourne à 63% selon Alain Crapart. L’entreprise ne tourne donc pas à plein régime et perd ainsi des opportunités sur le marché.
Et comme si ce coup ne suffisait pas, voici que les cours de l’aluminium s’effondrent sur le marché mondial. En juillet 2008, la tonne est vendue à trois mille dollars (environ un million cinq cent mille francs). Aujourd’hui, la même tonne ne se vend plus qu’à mille quatre cent trente dollars (environ sept cent mille francs), soit moins de la moitié des cours il y a à peine un an.
En combinant les deux facteurs (insuffisance de l’énergie électrique et baisse des cours), l’entreprise voit son chiffre d’affaires plonger. Illustration : en mars 2008 le chiffre d’affaires réalisé par Alucam était de vingt-trois milliards de francs. Un an plus tard, il n’est plus que de treize milliards de francs CFA. Dix milliards en moins !
Résistance
Certaines entreprises auraient le plus grand mal à se relever d’un tel désastre. A Alucam, on organise la résistance. Depuis novembre 2008, des mesures « de plus en plus drastiques pour gérer au mieux la situation », explique Alain Crapart. Tout faire pour ne pas perdre de l’argent. Et d’abord par une « accélération des projets d’amélioration continue, ce qui se traduit par une réduction des coûts des consommations spécifiques et des frais de manutention ». Cela se traduit aussi par des négociations plus serrées sur le marché d’achat des matières premières grâce à l’envergure de Rio Tinto. Celle-ci permet également de négocier des coûts de fret plus bas.
Au plan social, on a ressorti la panoplie classique des mesures. Ça commence par une réduction de l’effectif des intérimaires. Quelque trois cents personnes qui sont concernées. Les prestataires de services et autres sous-traitants ont été invités à « faire un effort sur le prix de leurs prestations. Et beaucoup ont été réceptifs ».
En interne, les embauches sont bloquées sauf cas très particulier. De même, Alain Crapart a la formule pour dire qu’il ne faut pas s’attendre à une augmentation des salaires : « la politique salariale ne sera pas aussi généreuse que les années passées ».
Quant aux investissements, ils sont « très fortement ralentis. Sur le site, c’est quasiment 50% des investissements prévus qui sont réalisés ». De gros nuages assombrissent le ciel. Si les cours devaient rester aussi bas, « cela pourrait conduire à des plans sociaux », dit Alain Crapart. En clair, des licenciements peuvent être envisagés, même si notre interlocuteur n’aime pas ce mot et lui préfère « plan d’adaptation à la situation » tant que nous ne pourrons produire à pleine capacité.
Et ça, ce n’est pas pour demain. Au regard du déficit en énergie électrique. « D’ici à 2012, nous n’entrevoyons pas de miracle pour ce qui est de l’énergie. Heureusement, Alucam a une très grande vitalité et une excellente capacité d’adaptation. Ça nous rend optimistes », conclut le directeur de l’Etablissement industriel d’Edéa.
R. D. LEBOGO NDONGO











