Dans une émission télévisée vendredi dernier, le dissident du Rdpc a accusé le fils du chef de l’Etat d’être impliqué dans cette pratique.
Comme à son habitude, Mila Assouté, ancien chef de file des modernistes du Rdpc, devenu par la suite président d’un parti politique de l’opposition (Rdmc), avait la langue bien pendue vendredi dernier. Invité de Daily Smith, présentateur de l’émission “la grande interview” diffusée sur la chaîne de télévision Télésud entre 21h15 et 22h, l’opposant camerounais, accompagné d’une délégation de militants de son parti, s’est exprimé sur l’affaire des “biens mal acquis” qui éclabousse depuis quelques temps le chef de l’Etat camerounais et sa famille. “Ce n’est pas au Rdpc de défendre M. Biya, parce que ce ne sont pas eux [les responsables du Rdpc] qui gèrent les comptent de M. Biya. (…)
Le gouvernement a été nommé pour qu’on ne parle plus de cette affaire des biens mal acquis [le rapport de l'Ong Comité catholique contre la faim et pour le développement (Ccfd]. Nous continuerons à en parler. Et quand M. Biya va déclarer ses biens, on va arrêter”, s’est laissé aller Mila Assouté.
Et ce dernier d’ajouter, pour démentir l’idée de la cabale brandie par les responsables du Rdpc pour justifier le rapport du Ccfd, que son parti détient des preuves que le fils du chef de l’Etat, Franck Emmanuel Biya, déjà présenté par le Ccfd comme le propriétaire d’une luxueuse villa sur la Côte d’Azur, est impliqué dans des “marchés fictifs” au Cameroun. “Le Rdmc va remettre au secrétaire général du Rdpc ces bons de commandes”, a déclaré Mila Assouté, avant de confier devant les caméras, sur insistance de l’interviewer, une série de documents à Daily Smith. “Il s’agit de neuf bons de commandes. Nous avons des soupçons sérieux sur ces marchés”, a affirmé le leader du Rdcm.
Opération épervier
Selon ce dernier, lesdits marchés ont été confiés aux sociétés “Sgi, Gtc, Ctk et Cwc. Vous pouvez vérifier à qui elles appartiennent” ! Et de poursuivre : “Les comptes sont logés à la Cbc [Commercial Bank of Cameroon]“, une institution bancaire du groupe Fotso. En effet, même s’il reconnaît que “Franck Biya est discret, respecte les Camerounais par rapport aux fils d’autres chefs d’Etat”, Milla Assouté pense que tout ceci “n’est pas une absolution pour dire que ses entreprises travaillent mieux que celles des autres Camerounais”.
Par ailleurs, le chef traditionnel de Santchou dans le département de la Menoua, qui s’est exilé en France au lendemain de l’élection présidentielle de 2004 pour des raisons de sécurité, selon lui, a indiqué sur les antennes de Télésud, que le traitement discriminatoire des affaires liées à l’opération épervier a “décrédibilisé” cette lutte contre les détourneurs des deniers publics. Mila Assouté ne s’explique en effet pas que ” certains Dg soient emprisonnés, pendant que Jean Baptiste Nguini Effa, ex-Dg de la Scdp, et Gervais Mendo Zé, ancien Dg de la Crtv ; vaquent tranquillement à leurs occupations, alors qu’ils ont été reconnus coupables par le Contrôle supérieur de l’Etat pour fautes de gestion sur des sommes respectives de plus d’un milliard et plus de deux milliards de Fcfa, au préjudice des entreprises qu’ils dirigeaient. ”
“Philémon Yang [le nouveau Premier ministre] a été honnête. Il a lui-même dit qu’il ne fera pas de miracle”, a enchaîné Mila Assouté, invité par Daily Smith à commenter le réaménagement gouvernemental du 30 juin dernier. Et de poursuivre, dans une manière de campagne électorale : “Qu’il fasse vite. Que 2011 arrive pour que le peuple nous donne les manettes pour diriger le pays. Même en France, je continue à travailler. Le congrès [de son parti] se prépare activement sur le terrain. Je rentrerais très bientôt au pays. Je le dis sur l’honneur de mon père qui est décédé : j’atterrirais bientôt à l’aéroport de Yaoundé. On s’organisera pour que notre sécurité soit assurée. Inscrivez-vous sur les listes électorales ! Que personne ne vous en empêche !” Et puis, l’ancien militant du Rdpc conclut, sentencieux : “En 2011, le Cameroun va changer : 300 milliards de Fcfa à investir dans les provinces, des appuis aux conducteurs de bend-skin, aux paysans…Voilà ce que nous proposons !”
Brice R. Mbodiam. Mutations











