Un comité de protection des journalistes appelle le chef de l’Etat à dépénaliser les délits de presse.
“Nous encourageons vivement votre gouvernement à revoir les lois sur la diffamation et l’insulte en abrogeant les sanctions pénales pour les délits de presse. Nous estimons que de telles sanctions induisent l’auto censure dans la presse. Les journalistes ne devraient pas se retrouver en prison pour des articles d’opinion et les citoyens se sentant diffamés devraient se tourner vers les tribunaux civils pour obtenir gain de cause.” C’est en des termes finalement conciliateurs que la lettre écrite au président Paul Biya par le Comitee to protect journalist (Cpj) s’est achevée.
Cet organisme dont le siège est à New-York et qui défend le libre exercice du métier de journaliste a en effet contesté dans cette correspondance transmise au chef de l’Etat via l’ambassade du Cameroun aux Etats-Unis d’Amérique lundi, une ensemble de décisions judiciaires prises par le Cameroun à l’encontre de Lewis Medjo, directeur de La Détente Libre. Jacques Blaise Mvié et Charles René Nwé, respectivement directeur général adjoint et rédacteur en chef de l’hebdomadaire privé La Nouvelle. Le Cpj a également souligné sa préoccupation dans une affaire dont les contours ne sont pas encore bien dessinés.
“Jean Bosco Talla, directeur de publication de Germinal, un hebdomadaire privé de la capitale camerounaise, Yaoundé, a rapporté qu’il reçoit des menaces anonymes depuis le 27 juin dernier suite à la reproduction par son journal d’un rapport de l’ONG française Comité catholique contre la faim et pour le développement (Ccfd) soulevant des interrogations sur votre fortune personnelle. Parmi les menaces figure un texto daté du 2 juillet courant faisant de sinistres références au journaliste burkinabé assassiné, Norbert Zongo, et au journaliste franco-canadien disparu, Guy-André Kieffer. Ces menaces ont cité la décision du journal de republier, le 24 juin dernier, le rapport du CCFD, selon des journalistes locaux. “, lit-on dans la lettre du Cpj.
Aussi, l’Ong a-t-elle invité Paul Biya à ” user de [son] influence pour mettre fin à ces pratiques qui compromettent la libre circulation de l’information “.
Lewis Medjo
A l’analyse,du point de vue du Cpj , le cas de Jacques Blaise Mvié et Charles Nwé qui n’ont pas ” été présents à leur propre procès ” au cours duquel le tribunal militaire de Yaoundé les a condamnés par défaut le 3 juin dernier à cinq ans de prison et à une amende de 500.000 francs CFA est un exemple de la volonté de faire taire les médias ; bien que les deux hommes soient poursuivis pour “complicité d’insulte “et” violation du secret de défense nationale”.
Le Cpj a également attiré l’attention du chef de l’Etat sur la situation de deux autres directeurs de publication de journaux, “dont l’un serait actuellement malade, [et qui] ont été emprisonnés depuis septembre 2008 sur la base d’accusations de diffamation”.
Il s’agit du patron de La Détente Libre, Lewis Medjo, détenu à la prison centrale de New Bell à Douala, qui ” a été examiné par un médecin de l’hôpital Laquintinie de la même ville, qui a diagnostiqué une grave otite, [d'après] des journalistes locaux “. M. Medjo, condamné en instance à trois ans de prison, attend toujours le jugement en appel de sa condamnation prononcée en janvier dernier et liée à un article sur un décret présidentiel qui a accordé une prolongation de mandat à de hauts magistrats, indiquent les recherches du Cpj. D’autre part, Michel Mombio, directeur de publication du bimensuel L’Ouest Républicain, reste détenu à la prison centrale de Kondengui à Yaoundé en attente de son jugement pour des accusations de diffamation liées à un article à l’égard de la ministre camerounaise de Recherche scientifique, Madeleine Tchuinté.
Jean Baptiste Ketchateng. Mutations











