L’année dernière a été intense pour la Commission indépendante contre la corruption et la discrimination (COMICODI). Selon son rapport d’activités 2009 qu’elle vient de publier, la commission a reçu 467 requêtes de différentes natures, contre 202 seulement en 2008. Ces requêtes, précise-t-on dans la note de présentation du rapport, vont de simples plaintes pour refus de service et abus d’autorité dans les services publics, à la torture, les arrestations et détentions arbitraires, la violation des droits de notes dans les concours et le tribalisme. Le même rapport note que l’on peut reconnaître qu’au moins « un quart des requêtes pouvaient être qualifiées d’exagérées dans les prétentions et les accusations ». Cela n’enlève cependant pas le fait que les citoyens camerounais sont de plus en plus désemparés face à la désorganisation de l’Etat et l’approfondissement de la corruption.
Raison pour laquelle, encore une fois, la COMICODI est montée au créneau. Un peu comme pour pallier aux insuffisances des institutions dont les missions sont de lutter contre la corruption et défendre les droits des citoyens et qui malheureusement ne sont que de « véritables pacotilles budgétivores créées pour faire plaisir aux bailleurs de fonds et aux partenaires institutionnels de la coopération ». Plusieurs affaires importantes ont poussé la COMICODI à se tourner vers des institutions étatiques ou non. On se souvient que le 9 janvier 2009, la Commission saisissait le ministre de l’Enseignement supérieur pour demander une ouverture d’enquête sur les accusations d’un étudiant dont les travaux de mémoire de maîtrise auraient été détournés par son président de jury pour en faire un livre. Il y a également cette demande adressée au délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Yaoundé au sujet des abus de son service d’hygiène. On peut également parler de cette enquête sollicitée auprès de la Commission nationale anticorruption dans l’affaire qui opposait la société Assa au Port autonome de Douala. En réalité, la COMICODI réagit presque à chaque fois qu’elle constate des abus, même si elle n’est pas saisie par les victimes.
Quid des résultats de toutes ces requêtes et de toutes ces démarches ? Dans le rapport 2009 de la Commission indépendante contre la corruption et la discrimination, on n’en trouve pas. En réalité, ce rapport n’est qu’une recension des requêtes, demandes d’enquêtes et d’explications introduites auprès de certaines institutions et personnalités. En dehors des réponses reçues, et qui très souvent rassurent la COMICODI qu’une enquête a été ouverte, on ignore l’aboutissement des « affaires ». Qu’en est-il par exemple du proviseur du lycée bilingue de Mbalmayo convaincu de détournements ? Où en est-on avec la plainte sur le péage illégal dans le Mayo Banyo ? Comment s’est achevée l’affaire de l’agression et de la torture de l’étudiant Mousseni par un policier en février 2009 ?
Selon le président de la COMICODI, il n’est pas question ici de faire de la publicité en montrant tous les résultats obtenus. « Nous ne voulons pas faire comme certains qui brandissent certains résultats pour faire croire qu’ils travaillent (…) Et puis il ne faut pas aussi faire comme si nous voulions porter l’estocade finale à ceux qui ont été reconnus coupables de certains faits. Mais, sachez que nos actions conduisent à des sanctions », affirme le Dr. Shanda Tonme. Pour lui, le travail se poursuit tous les jours sur le terrain et c’est cela le plus important.
© Le Messager : Alain Noah Awana











