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Akere T. Muna* : Leadership Academy, Madoff et Ponzy…L’audace de frauder

akere_munaIl y a à peu près une dizaine d’années, lorsque le Président du Tribunal de première instance de Yaoundé trouva sur son bureau une pétition au sujet d’un établissement financier soi-disant en plein essor, il ne paniqua pas. Sans se départir de son calme habituel, il prit du temps pour étudier ce que cachait l’appellation Leadership Academy.
Après avoir examiné attentivement le dossier, il en vint à la conclusion que les éléments qu’il contenait démentaient les apparences et donc décida de nommer un administrateur provisoire, qui devait évaluer la situation à l’intérieur, pendant que les tribunaux trancheraient sur le sort de cette institution. C’est ainsi que je fus nommé administrateur provisoire de Leadership Academy, en même temps que M. Jean-Claude Ebe Evina, expert-comptable de grande notoriété. Sa mission quant à lui, était de faire la reconstitution des états financiers.
Le Président Yap Abdou venait d’éviter à de nombreux camerounais de tomber dans le piège de la gigantesque escroquerie Ponzi. Malgré les attaques et menaces dont il fut l’objet, et face au déchaînement du trafic d’influence habituel, il demeura ferme dans ses résolutions. Au fur et à mesure qu’il découvrait les arcanes de la finance internationale, il était prêt à subir la colère des grands et des puissants, si cela représentait le prix à payer pour protéger les camerounais. Le Président Abdou Yap résista bel et bien aux terribles pressions qui s’exerçaient sur lui, avec pour seul bouclier, la force de sa conscience. Et il tint bon. Aujourd’hui, alors que le monde de la finance prend douloureusement conscience de l’ampleur de l’escroquerie estimée à environ 50 milliards de dollars américains, l’œuvre d’un certain Bernard Madoff, ceux qui ont vécu la saga de Leadership Academy sont à même d’apprécier la perspicacité et la sagesse de ce juge qui faisait alors cavalier seul dans les Chambres du Tribunal de première instance de Yaoundé au Cameroun. Si quelqu’un du système de sécurité américain avait eu le discernement du juge Yap, et avait un tant soit peu pris au sérieux les signaux d’alarme qui résonnaient déjà, l’histoire aurait été sans nul doute totalement différente. Après avoir cerné les dessous de l’affaire Leadership Academy, je peux maintenant mesurer l’audace inouïe dont ont fait preuve Madoff et Ponzi en matière de fraude.

Charles Ponzi , alias Charles Ponei, alias Charles P. , alias Bianchi, alias Carl, alias Carlo, (3 mars 1882-18 janvier 1949) était un italien qui avait émigré aux Etats-Unis, où il était devenu l’un des plus grands escrocs de l’histoire américaine. La célèbre expression «combine ponzi» fait référence à une forme d’arnaque reposant sur une « pyramide » d’ »investisseurs » finançant un programme frauduleux. L’on faisait miroiter aux clients un profit de 50% en 45 jours, ou bien de 100% en 90 jours, en achetant des coupons-réponses internationaux dans d’autres pays, ceux-ci étaient ensuite rachetés aux Etats-Unis selon leur valeur faciale, comme forme d’arbitrage. L’éponyme combine Ponzi a été orchestrée par Charles Ponzi, qui, grâce à ce stratagème utilisé en 1920, sortit de l’anonymat pour devenir, en six mois, un millionnaire connu à Boston. Les gains obtenus étaient censés provenir du taux de change des coupons-réponses. Environ 40.000 personnes investirent globalement près de 15 millions de dollars américains ; en fin de compte, seulement un tiers de l’argent investi fut reversé aux investisseurs. Voilà donc l’escroc Ponzi aux alentours de 1920.
Le 1er novembre 1920, Ponzi plaida coupable pour la charge de fraude postale retenue contre lui, et il fut condamné à cinq ans d’emprisonnement dans une prison fédérale. Relaxé trois ans et demi plus tard, il dut comparaître devant les tribunaux d’état. Le 29 novembre 1924, une
action fut intentée contre lui pour obtenir sa déportation. Au cours d’un procès en cour d’état, il fut reconnu coupable et condamné à neuf ans d’emprisonnement. Mais, avant de gagner la prison, profitant de sa liberté provisoire, il s’enfuit en Floride, et là-bas mit sur pied une affaire immobilière dans le secteur Springfield, à Jaksonville. En septembre 1929, le
«Charpon land Syndicate» se mit à vendre des«terrains en Floride remarquablement bien situés» à des investisseurs crédules. Il s’agissait en réalité de marécages situés dans le Comté de Columbia. L ‘escroc fut plus tard déporté en Italie, faute d’avoir jamais réussi à obtenir la nationalité américaine. Sa confiance en soi enavait pris un coup, et le jour où il quittait la prison, c’est une foule en colère qui l’accueillit. Au moment de partir, il confia à un reporter qu’il récoltait ce qu’il avait semé. De retour en Italie, Ponzi alla de trafic en trafic, mais sans succès. Au cours de ses pérégrinations, il obtint un travail au Brésil. Il passa le restant de ses jours dans la misère. Victime d’une attaque cardiaque en 1948, à moitié aveugle et partiellement paralysé, il mourut le 18 janvier 1949 dans un hospice à Rio de Janeiro.

Bernard Lawrence Madoff (né le 29 avril 1938) est un homme d’affaires et ancien président du marché boursier NASDAQ ; Il démarre sa société : la Bernard L. Madoff Investment Securities LLC de Wall Street en 1960 qu’il présidera jusqu’au 11 décembre 2008, date à laquelle il est arrêté et accusé de fraude sur valeurs boursières.
Actuellement en cours de liquidation, la Bernard L. Madoff Investment Securities LLC a été l’une des têtes de file du marché financier de Wall Street (la sixième plus importante au classement 2008) ; elle fonctionnait la plupart du temps comme un fournisseur du «troisième marché», contournant les agences de »spécialistes », en exécutant directement sur le comptoir les ordres de cotation des courtiers en bourse. La société avait ouvert un département gestion et conseil en investissements, qui fait aujourd’hui l’objet d’une enquête.
C’est le 11 décembre 2008 à 8h30 que Madoff est arrêté par des agents du FBI, grâce à des renseignements fournis par ses fils : Andrew et Marc ; il est accusé au premier chef de malversations boursières. La veille de son arrestation, il avait déclaré à l’un de ses proches collaborateurs que le département gestion et conseil de son institution «était essentiellement une vaste combine Ponzi». Les avoirs de Madoff et ceux de sa société sont gelés cinq jours après son arrestation, et un administrateur judiciaire est nommé. La présumée supercherie de Madoff a entraîné des pertes sèches de l’ordre de 50 milliards de dollars américains. Ailleurs, hors des Etats-Unis, la tempête n’a pas épargné certaines banques qui ont annoncé des pertes potentielles évaluées à plusieurs milliards de dollars. A ce jour, il s’agit de la plus vaste escroquerie boursière jamais attribuée à un seul individu. Il a été condamné le 29 juin 2009 à 150 ans de prison par le Tribunal du district de New York.
Madoff était un homme d’affaires en vue, doublé d’un philanthrope. Le gel de ses actifs et de ceux de sa société a gravement affecté le monde des affaires à l’échelle internationale, et entraîné la fermeture de plusieurs structures caritatives parmi lesquelles figurent : la Fondation Robert I. Lappin, la Fondation Picower, la Fondation JEHT.
Des victimes mettent en doute les déclarations de Madoff, qui affirme être l’unique responsable de cette opération d’envergure planétaire, tandis que les enquêteurs cherchent à déterminer si d’autres complices sont impliqués dans l’affaire.

Dans un article de Robin Pogrebin intitulé «le scandale Madoff ou la haute trahison d’un juif», publié en décembre 2008, l’auteur écrit ceci :
« Voici un juif accusé de duper des organisations juives qui essaient d’aider d’autres juifs, qui trahit ce faisant notre confiance, et qui viole la doctrine fondamentale de la loi juive. Un juif, disent-ils, qui apparaît comme le pire stéréotype antisémite du financier juif voleur ;
C’est ainsi que partout dans les synagogues, et les centres communautaires, dans les blogs et au cours des conversations innombrables, de nombreux juifs se battent la coulpe, non en signe de contrition, comme il est de coutume lors de la Fête du Grand Pardon (Yom Kippur), mais en signe d’opprobe, parce que Madoff les a non seulement traîné dans la fange, mais encore a provoqué leur ruine, et de plus, brisé les liens de confiance qui unissent les membres des communautés juives.
«Les juifs ont entre eux des liens de famille,» explique le rabbin Wolpe. “Il ne s’agit pas uniquement de partage de croyance, mais d’un sens aigu des liens communautaires ; il en va de même de votre propre famille qui peut vous mettre dans un embarras extrême, comme personne d’autre ne peut le faire. Lorsqu’un juif se comporte ainsi, la honte rejaillit par ricochet sur tous les juifs. J’aimerais croire que quelqu’un élevé dans notre communauté, imprégné de nos valeurs, devrait être meilleur que cela.
Alors qu’en est-il de Leadership Academy ? Un certain ressortissant de Suisse italienne, du nom de Claudio de Giorgi, avec la complicité d’un nommé Gerry Oehri, résidant au Lichtenstein et deux autres acolytes : les frères allemands Andreas-Miguel Fernandes-Scheffzeck et Roberto Fernandez-Scheffzeck organisent une combine Ponzi qui prend racine en Allemagne. Au Cameroun, ils recrutent deux citoyens camerounais du nom de Ndouma Jean-René Fils et Bouloulna Djonkissam qui sont probablement convaincus de s’engager dans une affaire légale. Ces malfaiteurs sont assistés par un informaticien originaire d’Europe de l’Est appelé Rutkowski Arkadiusz. Leur projet est de faire du Cameroun la plaque tournante des opérations au niveau mondial.

Une dizaine de sociétés sont réunies sur la toile parmi lesquelles figurent les suivantes :
Millenium pPivate Banking Cameroun SA
Millenium Private Banking Cameroun AG
International Financial Services LTD
Ifs Administration and Controlling SA
International Private Banking SA
Ifs International Private Banking SA
Global Exchange Company
Leadership Academy SA
Leadership Academy AG
Private Wealth Management AG

Des agences sont ouvertes à Yaoundé, Douala, Bafoussam et Garoua , toutes dirigées par des « blancs ». Dans les documents de constitution trouvés à leur siège à Douala, il était stipulé que des « blancs” devaient diriger ces agences parce que les camerounais croient en leur projet et leur font confiance. Le rapport commandité par la justice, dressé de main de maître en un laps de temps par M. Ebe Evina révèle que plus de trois milliards de FCFA (3.000.000.000) ont été collectés en utilisant divers prétextes : la participation au capital par l’achat d’actions des sociétés citées, l’épargne, l’acquisition de valeurs mobilières très rémunératrices cotées sur les places boursières étrangères, ect… Les camerounais gobèrent toutes ces histoires concoctées par les “blancs”.
L’arnaque est au point : les nouveaux investisseurs apportent de l’argent frais servant à payer les intérêts des anciens investisseurs qui les ont attirés dans cette affaire. Ainsi par effet d’avalanche, des personnes travaillant à un même endroit, dans le même secteur d’activité, issus de la même famille, se rassemblent pour partager le secret de ce nouveau sésame ouvrant la voie de la fortune et de la prospérité. Chaque investisseur reçoit régulièrement chaque mois des bordereaux et des relevés bancaires produits par le laboratoire informatique du sieur Arkadiusz, basé à Douala ; pour donner encore plus de crédibilité à l’opération, certains relevés sont même postés depuis une place financière comme celle de Londres.
Pour mieux cerner l’ampleur de cette arnaque, je me rendis dans plusieurs pays : en France, en Allemagne, en Suisse et au Lichtenstein. Je n’ai trouvé aucune trace des rues et adresses indiquées, ni celle des bâtiments figurant sur les dépliants, censés représenter leurs bureaux en Europe, tout juste des boîtes aux lettres. J’ai eu des entretiens avec des enquêteurs en France et en Allemagne, lors desquels j’ai appris l’arrestation en Allemagne des frères Scheffzeck après la découverte du pot-aux-roses, et celle du « parrain » De Giorgi lui-même en France, où il possédait un château et des voitures de luxe. En collaboration avec une petite équipe
d’avocats compétents, j’ai réussi à sécuriser les biens sur lesquels nous avons pu mettre les mains, fermer toutes les agences, et faire transporter par bateau tout le mobilier de luxe et autres équipements. Mais avant même d’avoir pu récupérer tous les biens meubles, je fus démis de mes fonctions. Mais là encore, il s’agit d’une autre histoire.
Les « blancs” malins de Leadership Academy s’enfuirent hors du pays, aidés par quelques camerounais qui étaient persuadés d’avoir perdu définitivement l’occasion de se faire beaucoup d’argent. Au Cameroun, des camerounais tentèrent de redémarrer l’activité, mettant en branle le processus normal empruntant des chemins tortueux. Il y eut réunion sur réunion avec les actionnaires et les investisseurs, auxquels il fut donné l’assurance que leur épargne leur serait remboursée (alors qu’il en restait à peine 10% dans les caisses), et que la réouverture de l’établissement était en cours. Entre-temps, inquiété par les investisseurs mécontents, je m’évertuais à leur expliquer qu’ils avaient été bernés. Certains me crurent, d’autres pas. Des personnages influents et puissants, ne voulant pas ébruiter l’affaire, d’autant plus qu’ils faisaient partie des victimes de l’arnaque, firent pression pour être remboursés avant tout le monde. Nous fûmes obligés de rester fermes et d’informer les intéressés que chacun serait traité sur le même pied d’égalité.
A notre manière typiquement camerounaise, nous oublions jeter un regard sur le passé pour mieux préparer l’avenir. Nous vivons l’instant présent, sans plus. En effet, la postérité, c’est le problème de ceux qui viendront après nous. C’est la raison pour laquelle nous pataugeons toujours dans la mare de la stagnation. Avec un rire et un sourire stupide, nous confondons le mouvement des autres avec le fait que nous pourrions aussi être en mouvement. L’avidité est à l’ordre du jour. C’est elle qui alimente la corruption et tous ses corollaires. Nous vivons comme si les feux de la rampe étaient uniquement dirigés sur nous. Ainsi jour après jour, nous-mêmes et nos besoins égoïstes sommes prioritaires, et nous avançons, en quête d’une sécurité aléatoire, alors que l’histoire regorge d’exemples nous prouvant que la meilleure sécurité et celle qui garantit celle de notre voisin.
Eh oui, Madoff a sévi aux Etats-Unis, mais encore faut-il connaître les détails de l’affaire, version nos banques centrales régionales : en effet, nos banquiers et autres milliardaires ont investi par le biais de certaines connections australiennes en rapport avec l’arnaque de Madoff.. Il y a eu Leadership Academy, après Ponzi. Il est évident que la fraude est actionnée par une seule force motrice : l’avidité. Quelle peine Madoff encourt-il ?
D’après l’article de Pogrebin, un certain rabbin Wolpe pense qu’il ne pourra jamais réparer ce qui a été fait. ” il ne peut pas expier ses crimes” déclare t’il, « je pense qu’il n’existe même pas de punition pour le crime commis, pour les vies détruites». La seule chose qu’il lui reste à faire, c’est de travailler pour sa rédemption tout le restant de ses jours, ce qui est d’ailleurs improbable ». Quant aux autres citoyens audacieux de notre pays, voilà certainement matière à réfléchir.

Le Jour

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