L’édile de la capitale voudrait expulser les occupants du site de l’ancien établissement de Renault Cameroun.
C’est en lisant Cameroon tribune que certains occupants de ce vaste espace de quelque trois hectares ont dû se rendre compte qu’ils étaient, selon le délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Yaoundé Gilbert Tsimi Evouna, des squatters qui devront bientôt vider les lieux. Un communiqué aux accents comminatoires publié lundi dans le quotidien gouvernemental par le maire de la capitale rappelle que “la concession domaniale [de 33.720m²] sise au Centre commercial de la ville de Yaoundé appartenant à Renault Cameroun a été frappée d’expropriation par un décret du 06 septembre 1976 du Premier ministre… ”
Si depuis lors, le décret qu’avait signé Paul Biya n’a pas été mis à profit par la Communauté urbaine de Yaoundé, Gilbert Tsimi Evouna s’est fait fort d’annoncer que la ville “envisage incessamment des travaux d’aménagement conformes” à la destination qu’avait prévue le décret de 1976. Une dizaine de jours auparavant, le 20 avril, la Communauté urbaine avait même ordonné l’arrêt des travaux de construction entrepris par certains occupants du terrain querellé.
“Ne vous y trompez pas, clame cependant Christophe Noubissi, il n’y a pas de litige sur ce terrain. A moins qu’on ne veuille en créer un, de toutes pièces. ” Le représentant de la société civile immobilière Saving Epargne qui parle ainsi est pourtant conscient de la présence de l’épée de Damoclès que fait peser Gilbert Tsimi Evouna sur les 5000m² qu’il aurait voulu mettre en valeur autrement qu’en recueillant des loyers sur les commerces qui y sont installés. “Nous avons le droit pour nous. Un droit de propriété qui ne souffre d’aucune hypothèque, que l’on ne peut nullement contester “, argue M. Noubissi.
Et quand il brandit quelques copies de décisions de justice prononcées par la Cour suprême, le patron de Saving Epargne estime avoir fermé la page de ce différend latent qui l’oppose à la Communauté urbaine de Yaoundé. Un arrêt de la Cour suprême du 26 décembre 1996 rejette en effet l’appel formulé par l’Etat du Cameroun contre un jugement rendu en faveur de Renault Cameroun qui avait saisi le tribunal administratif en novembre 1994. Le premier juge avait en effet estimé que “le décret du 6 septembre 1976 […] n’était valable que jusqu’au 05 septembre 1979 au plus tard. ” L’Etat disposait donc légalement de cet intervalle de temps pour réaliser effectivement les travaux projetés.
Binam Voyages
Or, soulignait la chambre administrative de la Cour suprême ” Jusqu’à ce jour [30 novembre 1995], en dehors des 6000 mètres carrés du marché du Mfoundi, le reste du terrain, soit près de 27.000 mètres carrés, n’a pas fait l’objet d’une expropriation effective et par conséquent le décret attaqué […] est caduc en ce qui concerne cette contenance superficielle qui doit de ce fait revenir au propriétaire initial.” Cette décision confirmée par la Cour suprême en assemblée plénière remettait donc dans le patrimoine de Renault Cameroun un terrain qui aurait dû servir, selon le décret d’expropriation, à l’extension du marché central et à l’aménagement de jardins et de bois.
Faute de voir ce vaste domaine se transformer en centre commercial géant et en espaces de loisirs pour les yaoundéens, la Régie Renault qui démantèle sa filiale camerounaise cède la place à une autre société commercialisant des automobiles : la Sodac. ” C’est à travers elle, ou tout au moins son ancien directeur, Emmanuel Nono, que mon père s’est porté acquéreur de ce terrain qui est vendu sur la base d’un titre foncier. Pareillement, nous avons obtenu un permis de bâtir délivré par la Communauté urbaine de Yaoundé avant d’édifier cet immeuble qui constitue le couronnement d’une vie de travail et d’homme d’affaires, celle de mon père “, explique Gervais Kemogne, le représentant de la société civile immobilière Sim, propriétaire de l’immeuble de trois étages bâti à l’orée des 33.000m² que réclame M. Tsimi Evouna.
S’il dit ne pas se sentir concerné au regard de la régularité des documents sur lesquels cette propriété est fondée, M. Kemogne ne s’étonne pas moins de la multiplication des alertes au déguerpissement qui lui parviennent. Le jeune co-héritier de Michel Simo, promoteur de Binam Voyages, une compagnie de transport prospère, semble cependant moins serein que Christophe Noubissi qui rit de cette tempête dans un verre d’eau. Et tout autour de lui, il fait remarquer que des noms d’entreprises camerounaises bien connues dans les affaires ont acquis une parcelle généralement par le même canal que feu M. Simo : Congelcam, distributeur de produits halieutiques et de volailles importées, le quincaillier Sorepco, etc.
Jean Baptiste Ketchateng. Mutations











