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Africapresse est allée à la rencontre du professeur Moses Nyongwa

admin

Ecrit Par le 21 Sep 2018 Publié dans la categorie: A La Une, Actualités, Economie, Moses Nyongwa, Politique


Pr. Moses Nyongwa

Pr. Moses Nyongwa

 

Au début de cette année académique, comme par le passé, Africapresse est allée à la rencontre du professeur Moses Nyongwa pour recueillir son point de vue sur les questions de l’heure.  Voici l’entrevue qu’il nous a accordée :

AP : Bonjour Professeur Nyongwa!

MN: Bonjour!

AP : Cela fait bien longtemps que l’on ne vous entend pas. Vous êtes resté trop silencieux sur des problèmes majeurs de notre pays. Vos lecteurs ont besoin de votre input sur les problèmes de l’heure, en l’occurrence, la crise anglophone, les élections, la mort du patriarche Kadji de Fosso, etc.

  1. Je vous remercie de l’occasion que vous m’offrez pour renouer avec les compatriotes. En effet, je suis resté silencieux ces derniers temps, pas parce je m’intéressai peu aux problèmes que connaît aujourd’hui notre cher pays, mais au contraire. Ne nous apprend-t-on pas à l’école que «la parole est d’argent, le silence d’or»? Ce long moment de silence constituait pour moi un moment de méditation. Pour ce qui est de la crise qui secoue les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, appelée abusivement «crise anglophone», j’ai été parmi les premiers Camerounais à solliciter la descente du Président de la République sur le terrain pour calmer les esprits et apporter la sérénité dans le cœur de nos compatriotes qui se disent marginalisés, afin de préparer le terrain pour un dialogue franc entre frères et sœurs. Je n’avais jamais pensé revivre de mon vivant (excusez la tautologie) les horreurs que j’ai vécues dans les années 50 et 60 dans le Mungo et au pays Bamiléké (nom donné à la province de l’Ouest à cette époque).  Malheureusement, l’Histoire se répète.

AP : Selon vous, pourquoi est-on arrivé là?

MN : Je pense personnellement que certaines personnes avaient des agendas cachés et ont profité de la situation pour mettre de l’huile sur le feu.  Beaucoup de Camerounais de part et d’autres oeuvrent aujourd’hui pour des intérêts personnels au détriment de la collectivité nationale, ce d’autant plus que la corruption généralisée qui sévit dans le pays leur offre un cadre idéal.  Je vais vous citer un exemple. Il y a quelques jours, un collègue m’appelle et me dit qu’il revient du pays pour la soutenance d’une thèse qu’il a dirigée.  Sur place, il s’est rendu compte que les corrections qu’il avait demandées il y a trois mois n’ont pas été faites, la candidat ayant simplement choisi d’aller rencontrer le codirecteur pour s’arranger, comme on dit chez nous. Ce dernier n’étant en fait codirecteur qu’administrativement, car n’ayant rien fait dans l’encadrement de l’étudiant au cours de la rédaction de cette thèse.  Or, en Amérique du Nord, il est impensable qu’une thèse soit soutenue alors que le directeur lui-même exige des corrections.  Ce type de comportement qui met de l’avant les intérêts des individus (l’étudiant qui obtient un doctorat sans avoir rempli les conditions, le professeur qui se remplit les poches pour laisser passer n’importe quoi), remet en cause le sérieux dans l’encadrement et la qualité des diplômes. Ce qui est en jeu ici n’est ni plus ni moins que notre capacité à nous discipliner et à préparer nos jeunes frères et sœurs à affronter sans complexe la compétition au niveau mondial et permettre ainsi à notre pays de tutoyer tous les autres pays à travers la planète. Le sens de la Patrie, l’équité, le goût du travail bien fait, sont les ingrédients pour l’émergence que nous appelons de tous nos vœux.

AP : Revenons au point sur les élections. Qu’en pensez-vous?

MN : Comme tout Camerounais, je me sens interpelé par les élections du 7 octobre 2018.  Pour une fois, depuis bien longtemps, on assiste à une véritable confrontation électorale.  N’ayant pas été au Cameroun en 1992, mes seules références en matières électorales pluralistes restent les élections d’avant l’indépendance (1956, 1957, 1958) où des candidats se battaient vraiment pour faire passer leur programme.  Cette fois-ci, les huit candidats opposés au président sortant ont décliné tous leurs programmes. Ce que je retiens de tout cela jusqu’ici, c’est qu’ils ont tous le même souci : améliorer le vécu quotidien de tous les Camerounais. Ils ne diffèrent que par la façon et les moyens dont ils disposent pour atteindre ce noble objectif.  Le président sortant, lui, a un bilan à défendre et, il n’est pas toujours aisé de défendre un bilan dans une période où le chômage et le sous-emploi ont fait leur nid dans la couche la plus vulnérable de la société : les jeunes.  Les parties de l’opposition ont la partie belle, mais ils ne peuvent ébranler le pouvoir que si lors de la campagne qui débutera bientôt, ils pourront montrer au peuple qu’ils peuvent constituer une alternative fiable. Ce qui n’est pas évident, car jusqu’ici, ils ne nous ont pas montré qu’ils allaient emprunter un chemin différent de celui du Président Biya.  Tous veulent s’attaquer à la corruption. C’est une très bonne chose. Mais la corruption n’est qu’une manifestation, une métastase du cancer qui ronge la République. Le véritable problème est le processus de prise de décision.  Allez-vous continuer à aller à Paris, à Washington ou à Londres pour recueillir des avis lors de la prise d’importantes décisions sur des grands problèmes touchant notre pays ou allez-vous vous fiez à l’expertise des Camerounais?  C’est sur un tel sujet que nous pouvons faire un choix raisonnable. Si tous veulent suivre le même chemin, c’est-à-dire continuer le même processus que nous connaissons depuis les indépendances, il n’y a aucune garantie que les choses changeront pour le mieux avec un nouveau président. Les candidats doivent démontrer au peuple qu’ils vont agir autrement.  Un autre point sur lequel j’aimerai entendre les candidats, c’est la démographie. La Chine, l’Inde, l’Indonésie et le Vietnam nous ont montré que la démographie est un facteur important de développement économique.   Le Cameroun a la potentiel de doubler sa population en dix ans. Quelles mesures les différents candidats prendront-ils, s’ils étaient élus le 7 octobre prochain, pour favoriser la natalité chez nous? Un Cameroun de 50 millions d’habitants commence à devenir intéressant sur le plan économique.

AP : Vous avez appris le décès de Kadgi de Fosso. Que pouvez-vous nous dire de cet homme.

MN : Je ne le connais pas personnellement, mais c’est un Monsieur qui a marqué  mon enfance.  En fait, dans les années 60, toutes fois que nous partions du Mungo pour le village (carrefour Bangou), nous passions devant deux belles maisons situées face à face sur deux collines à Bana.  L’une de ces maisons appartenait à Monsieur Kadgi (comme on l’appelait à cette époque). Je ne me souviens pas du nom du propriétaire de l’autre maison.  Ces deux maisons perchées sur deux collines qui se faisaient concurrence, étaient, vous pouvez le devinez notre «Twin Tower».   Chacun qui passait devant ces Towers éprouvaient de la fierté et félicitaient les deux mousquetaires qu’étaient M. Kagi et son voisin.  Ces maisons ont été l’inspiration de toutes les autres maisons (palais, grottes, domaines) qui ont été construites à l’Ouest par les hommes d’affaires et les élites de cette région. Monsieur Kadgi de Fosso a été un pionnier, un bâtisseur. Il a permis aux hommes d’affaires et aux élites de l’Ouest de prendre conscience de l’importance de construire au village. Même si l’on doit reconnaître que la xénophobie manifestée à l’égard des Bamilékés dans certaines régions du pays les ont poussés également à penser également construire au village, l’exemple de Monsieur Kadgi a été le premier catalyseur de cette tendance. Vous connaissez l’esprit compétitif des Camerounais. Il n’y a pas un Camerounais sérieux aujourd’hui qui ne rêve de construire une belle maison au village.  Pour revenir à toute l’œuvre de Fiàtula’ (chef de la partie nord du village), titre que portait Kadgi de Fossso à Bana, elle lui vaut à mon avis deux distinctions : 1) l’Université des Montagnes, en collaboration avec la famille Kadgi, doit créer une chaire de recherche  Kadgi de Fosso en développement local; 2) l’Université de Douala, en collaboration avec la famille Kadgi, doit créer une chaire de recherche Kadgi de Fosso en entrepreneurship.  Ce sera ainsi la meilleure façon de pérenniser l’esprit de de pionnier, de formateur qu’incarnait ce grand homme. Les autres universités du Cameroun peuvent également rendre hommage à cet homme exceptionnel. Il est vraiment dommage qu’il soit mort sans qu’aucune université camerounaise n’ait pensé lui conférer un doctorat honoris causa.  Il en méritait même une dizaine, si nous nous référons à ce qui se passe ici chez nous.  Peut-être même à titre posthume, pourquoi pas.  Apprenons à honorer les nôtres.  C’est un devoir citoyen.

AP : Avez-vous quelque chose d’autre à ajouter?

MN : Avant de vous laisser, j’aimerai rappeler qu’il y a plus d’une dizaine d’années, en 2006 pour être plus précis, j’avais lancé un appel à toute l’élite politique camerounaise (ceux du pouvoir comme de l’opposition) pour qu’elle aide le Président Biya à mieux gouverner le pays, par des actions concrètes, des conseils, des critiques positives. J’avais également interpelé le gouvernement pour qu’ils mettent à la disposition de l’opposition des moyens nécessaires pour assurer son mandat de critique de l’action gouvernementale. Rien n’a été fait en ce sens et aujourd’hui, nous payons le prix de notre indolence.  Je profite de cette occasion pour lancer une fois un appel à tous les Camerounais. Faites pression sur les gouvernants pour que l’on arrête la guerre dans notre pays. Elle coûte déjà trop cher en vies humaines et en ressources économiques et financières pour le pays. Dans une guerre fratricide, il n’y a pas de vainqueur. C’est la famille qui en paie le prix. Je  lance un vibrant appel à tous les hommes et femmes politiques de ce pays, en l’occurrence aux neuf (9) candidats à l’élection présidentielle du 07 octobre prochain. Je leur demande de transformer les deux semaines de campagne électorale en deux semaines de campagne pour la paix. Sillonnez tout le pays avec le message de paix et de réconciliation nationale et terminez cette campagne en apothéose dans les villes de Bamenda et de Buéa.  Ce sera là un signal fort du sens élevé de la Patrie que doivent incarner ceux qui sont appelés à nous gouverner.

AP : Merci Professeur Nyongwa! À très bientôt!

MN : Je vous remercie.  Vive le Cameroun!

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