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Angola: le président Dos Santos a soigneusement préparé sa succession


Ecrit Par le 23 Aug 2017 Publié dans la categorie: Afrique, Politique


Le président angolais sortant José Eduardo dos Santos lors du meeting du MPLA à Luanda le 19 août 2017. © REUTERS/Stephen Eisenhammer

Le président angolais sortant José Eduardo dos Santos lors du meeting du MPLA à Luanda le 19 août 2017. © REUTERS/Stephen Eisenhammer

Les Angolais votent mercredi 23 août 2017 et tournent une page de l’histoire de leur pays. José Eduardo Dos Santos, président depuis 38 ans, n’est pas candidat à sa succession mais il l’a soigneusement préparée.

José Eduardo Dos Santos a choisi son ministre de la Défense, Joao Lourenço, pour porter les couleurs du MPLA, le parti au pouvoir depuis l’indépendance en 1975. Le président sortant l’a soutenu publiquement en meeting. Le candidat de « la continuité dans la rénovation » promet de poursuivre la politique du chef de l’Etat sortant. Sur notre antenne, Joao Lourenço assure qu’une fois élu, il n’y aura pas deux présidents ou un exécutif bicéphale.

Pourtant, sa marge de manœuvre sera très faible ; d’abord parce que la présidence du parti reste aux mains de José Eduardo Dos Santos jusqu’en 2018, aussi parce qu’une loi adoptée en juillet l’empêchera de procéder à des changements à la tête de l’armée, des services de renseignement et de la police. Toute cette hiérarchie a été reconduite pour huit ans. Le régime Dos Santos a donc déjà bordé sa succession politique mais aussi économique.

Transition économique

Les principaux pans de l’économie du pays sont dans le giron familial. La fille du président Dos Santos, Isabel, est la femme la plus riche du continent. Elle est à la tête du principal opérateur téléphonique, elle est actionnaire majoritaire de la plus grosse banque angolaise et dirige la compagnie pétrolière nationale, sachant que l’Angola est le deuxième producteur africain d’or noir.

Son fils, Jose Filomeno, lui, est président du fonds souverain angolais. José Eduardo Dos Santos a minutieusement préparé cette transition, depuis des années. Il a souhaité qu’elle se fasse en douceur, en quittant volontairement le devant de la scène, selon Ricardo Soares de Oliveira, professeur à Oxford. La fin brutale d’un régime, ce n’est jamais bon pour les affaires.

Pas de suspens

Les spécialistes sont d’accord pour dire que la seule inconnue, c’est la marge avec laquelle le MPLA va l’emporter. Le MPLA, c’est un parti-Etat en Angola. Un cadre de la formation nous confiait, sous couvert d’anonymat, que pour travailler dans la fonction publique, il fallait appartenir au MPLA. Cette toute puissance s’est illustrée au cours de la campagne électorale. Les autres partis lui ont reproché d’avoir eu aux accès aux caisses de l’Etat, aux médias, à la logistique pour battre campagne, ne laissant que peu d’espace à l’opposition.

Dans l’immédiat, le changement n’est donc pas en vue, mais le MPLA a intérêt à se réformer dans les années à venir. Il se présente toujours comme celui qui a apporté la paix et le développement en Angola. Or la guerre civile a pris fin en 2002 et de nombreux futurs électeurs n’auront pas connu cette époque. Ils n’en saisiront pas le poids. Et, côté développement, la population vit de plein fouet la crise économique depuis 2014. Le cours du pétrole s’est effondré, l’inflation a bondit de 45 % et la croissance a été quasi nulle en 2016. A cette crise, s’ajoutent des inégalités très profondes et une corruption galopante.

Le grand défi du futur président, ce sera donc de mettre fin à la prédation, de se montrer en tout cas très actif dans ce domaine. Mais il sera difficile pour le prochain régime de poursuivre en justice le régime sortant, tout en maintenant une certaine cohésion au sein du parti.

Face au MPLA

Face au MPLA, dans les urnes, on retrouve son rival historique, l’Unita, l’ancienne rébellion devenue premier parti de l’opposition. Isaias Samakuva, son leader, estime aborder les sujets qui touchent réellement les Angolais ; le chômage, les défaillances de système éducatif ou encore l’absence de service de l’Etat et propose l’instauration d’un salaire minimum de 500 dollars, lorsque le MPLA, pour l’Unita, construit des routes et des ponts, pour masquer ses lacunes.

En 2012, l’Unita avait rassemblé 18 % des suffrages. Il s’engage cette fois, en cas de défaite du MPLA, à former une coalition avec les autres partis d’opposition comme la Casa-Ce, qui entend jouer les arbitres et incarner réellement l’après-guerre civile. Ce parti a vu le jour une semaine seulement avant les élections de 2012 et avait obtenu huit sièges à l’Assemblée.

Les élections déjà remises en cause

La Casa-Ce a déjà dénoncé des irrégularités. L’Unita, lui, a porté plainte contre la commission électorale. Il l’accuse de ne pas avoir délivré les documents nécessaires à certains de ses délégués pour assister au scrutin. Des observateurs seront bien sûr présents lors de ces élections ; ceux de la communauté d’Afrique australe (SADC) ont été, dans un premier temps, les seuls à recevoir l’autorisation. L’Union européenne finalement pourra envoyer quatre personnes sur place.

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