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Bruno Gain, Ambassadeur de France au Cameroun: «Marafa n’est pas l’homme de la France»

L'actu

Ecrit Par le 11 Jul 2012 Publié dans la categorie: Actualités, Cooperation Internationale, Interview, Politique


Bruno Gain, Ambassadeur de France au Cameroun: «On peut gager qu’avec François Hollande, ce sera la fin de la Françafrique»

Le locataire de la résidence de France au plateau Atémengué, comme d’habitude, et avec son style qui mélange langage diplomatique et franc-parler, n’a éludé aucun sujet et aborde en toute liberté l’élection du Président François Hollande, les relations franco-camerounaises, l’actualité sociopolitique en France et au Cameroun, avec sur le plan local les derniers rebondissements de l’opération “Epervier” et notamment l’affaire Marafa, l’ancien secrétaire général à la présidence de la République et ministre de l’Administration territoriale que l’on disait proche des milieux de pouvoir en France.

Excellence Monsieur l’ambassadeur, quelles sont pour vous la signification et l’importance de la date du 14 Juillet pour le peuple de France ?

Le 14 Juillet est pour les Français une fête lourde de symboles. Elle rappelle à la fois la prise de la Bastille, prison emblématique de l’arbitraire royal en matière de justice, assiégée par le peuple le 14 juillet 1789. Elle commémore aussi la Fête de la Fédération célébrée un an plus tard sur le Champ de Mars à Paris à l’initiative du marquis de La Fayette qui était à l’époque Commandant de la Garde parisienne. Mais ce n’est qu’en 1880, presqu’un siècle plus tard, que la date de ces deux évènements mythiques a été choisie comme date de notre Fête Nationale.

Le 14 Juillet est un rituel pour tous les Français. Dans chaque commune de France, la célébration s’articule autour de deux temps forts: le défilé militaire ou ce qui en tient lieu et les festivités populaires. Dans quelques jours nous sacrifierons ici à la tradition en l’adaptant au contexte camerounais: il n’y aura évidemment pas de défilé mais une simple cérémonie de remise de décorations civiles et militaires; puis ensuite une réception festive. Il s’agit en tout cas de magnifier les valeurs qui sont au cœur de notre devise nationale et de nos traditions républicaines: Liberté, Egalité, Fraternité.

Comment, à votre niveau, expliquez-vous les réjouissances populaires observées dans les rues des principales villes du Cameroun après l’échec du président Sarkozy à la dernière présidentielle en France?

Il y a sans doute une dose d’hyperbole dans votre formulation! N’était-ce pas plutôt la victoire du candidat Hollande qui fût célébrée? Ou alors la vigueur et la force de nos institutions démocratiques ?… Cela étant, votre question reflète aussi une analyse couramment admise selon laquelle l’élection du Président Hollande s’est construite tout autant sur son programme que sur un rejet d’un certain style de gouvernement incarné par son prédécesseur. Je vois surtout dans ces manifestations le signe de l’intérêt persistant que suscite la France dans toutes les couches de la société camerounaise. C’est ce qui fait à la fois la force et la faiblesse de nos relations car elles sont placées sous le signe de l’affectivité. Je l’ai notamment constaté dans les réactions souvent irrationnelles suscitées par les crises ivoirienne et libyenne. Il y a au Cameroun une sensibilité héritée de notre histoire commune qui vient parfois brouiller la lecture des évènements politiques nous concernant.

Avec l’arrivée d’un président de gauche à savoir François Hollande, peut-t-on s’attendre à un changement fondamental dans les rapports entre la France et l’Afrique en général et en particulier avec le Cameroun?

Il est sans doute trop tôt pour se livrer à une analyse fine de ce que pourraient être ces rapports sous la présidence de François Hollande. L’Afrique et les relations internationales en général ont été très peu présentes dans les débats pendant la campagne électorale. La France et l’Europe sont confrontées à une crise économique et financière sans précédent et c’est d’abord à la solution de ces difficultés que vont s’atteler le Président Hollande et son gouvernement. Réduire le déficit budgétaire, trouver les moyens de relancer la croissance, améliorer nos marges de compétitivité tout en préservant le modèle social français. C’est à ces défis qu’ils doivent répondre en priorité.

Vis-à-vis de l’Afrique et du Cameroun en particulier, il y aura vraisemblablement une certaine continuité sur le fond mais en même temps un changement de style et de larges évolutions dans la forme.

L’Afrique est notre partenaire traditionnel. Nous continuerons bien entendu d’avoir avec ce continent une relation forte et privilégiée. L’Afrique, c’est le continent de l’avenir. Il comptera presque 2 milliards d’habitants en 2050 c’est-à-dire bien plus que la Chine dont la population connaîtra un vieillissement accéléré à partir de 2030 et restera stable. Il faut également compter, entre l’Afrique et la France, sur le brassage et les échanges humains, sur le rôle des diasporas qui accentuent et renforcent les liens.

Il n’y aura donc pas de changement de fond…

En revanche, il y aura une modification dans le style. D’abord on peut gager que ce sera la fin de la Françafrique, avec tout ce que cette notion impliquait en termes de réseaux plus ou moins occultes, de relations parallèles ou d’opacité. Force est de reconnaître que cette Françafrique est déjà moribonde. Le prédécesseur du Président Hollande avait déjà condamné ces pratiques. Peut-être n’était-il pas parvenu à les éradiquer totalement. Mais on peut tenir pour acquis que le Président Hollande aura à cœur de dresser l’acte de décès de cette Françafrique tant décriée, dont les acteurs disparaissent ou s’estompent d’ailleurs les uns après les autres. Mais il ne faut pas oublier que s’il y a eu une Françafrique, c’est qu’il s’est aussi trouvé des personnalités africaines disposées à accueillir ces émissaires plus ou moins autoproclamés.

Il y aura aussi – il y a déjà – de la part du Président Hollande une volonté d’être plus transparent que naguère dans ses relations avec les dirigeants africains, de ne rien laisser dans l’ombre, de tenir un langage de franchise, en particulier sur les questions relatives au triptyque Droits de l’Homme/Démocratie/Etat de Droit, même si ces préoccupations étaient loin d’être absentes dans l’action de son prédécesseur. Et ces inflexions sur la forme pourraient du reste entraîner progressivement des modifications sur le fond.

Et concernant spécifiquement le Cameroun?

Pour le Cameroun, la France restera, quoi qu’il arrive, un partenaire de tout premier plan. Nous sommes engagés avec lui dans une tâche de longue haleine. Celle qui consiste à l’accompagner dans son émergence à l’horizon 2035. Ceci impose des engagements sur le moyen et le long terme. C’est du reste le sens même du C2D qui, comme son nom l’indique, est le Contrat de Désendettement et de Développement – qui nous amènera jusqu’en 2021. C’est dire que nos relations reposent sur un socle solide puisque les échéances du C2D dépasseront de toute façon celles du quinquennat actuel du Président Hollande.

En termes politiques, et bien que le nouveau gouvernement ne se soit pas encore directement prononcé à ce sujet, on voit mal pourquoi il s’écarterait de la ligne suivie jusqu’à présent visant à encourager le Président Biya à mener le train de réformes annoncées : créer des conditions propices à des scrutins électoraux encore plus libres et transparents, avec la refonte des listes électorales et la promulgation d’un Code électoral ; compléter les institutions prévues dans la Constitution, à travers la mise en place du Sénat et de la Cour Constitutionnelle ; poursuivre et développer un véritable dialogue avec l’opposition, dans l’esprit du multipartisme ; enfin, lutter contre le fléau de la corruption, sans faiblesse ni discrimination. Ce sont des objectifs qui méritent en effet d’être soutenus aujourd’hui comme hier.

Quel commentaire faites-vous de la disparition du ministère de la Coopération au profit de celui du Développement?

On rentre dans l’ordre de la sémantique. C’est le type même de débat que nous avons périodiquement en France: faut-il appeler le Quai d’Orsay le ministère des Affaires étrangères ou des Relations extérieures? Doit-on se référer à un ministère de l’Ecologie ou de l’Environnement? Est-il préférable de parler d’un ministère de l’Industrie ou du Redressement productif ?… Derrière les mots, il y a bien entendu le message politique qu’ils sous-tendent. L’intitulé du ministère du «Développement» est destiné à élargir la vision qu’on peut avoir de ses missions. Le terme de «Coopération» étant sans doute trop connoté, trop lié à une certaine histoire de ce ministère que les Africains connaissent bien. En se concentrant sur le «Développement», il s’agit de bien marquer que dans la nouvelle architecture institutionnelle voulue par le Président Hollande, le Quai d’Orsay a la responsabilité exclusive de la politique étrangère tandis que le Ministère du Développement a pour seule mission de mener à bien des politiques d’aide au développement et de s’intéresser à l’ensemble des questions qui peuvent les impacter, en Afrique comme dans les autres parties du monde.

Comment expliquez-vous que durant le mandat de Nicolas Sarkozy, le Cameroun soit le seul pays majeur sur le continent à ne pas avoir été visité par le président français? Peut-t-on s’attendre dans les prochains jours à une visite officielle du nouveau président français au Cameroun?

Il ne faut pas observer les relations franco-camerounaises à travers le seul prisme des visites présidentielles. C’est une vision trop réductrice. Nos relations sont denses, fortes et prospères dans tous les domaines. Le dialogue politique est permanent. Notre coopération et nos échanges économiques sont d’un volume et d’une diversité inégalés. Ces rapports s’appuient sur une histoire commune et des valeurs partagées. Si le Président Sarkozy n’a pas été en mesure de se rendre au Cameroun, comme il l’aurait souhaité, c’est parce que son agenda et l’actualité internationale ne le lui ont pas permis. Tout simplement. Avec les multiples contraintes du G8 et du G20, avec les crises politiques régionales, avec la tempête économique et financière qui a secoué les pays européens, les circonstances ont fait que ce projet n’a pas pu se matérialiser. Je reconnais volontiers que j’aurais moi-même préféré que le Président Sarkozy ne constitue pas une exception dans cette tradition bien établie de visite des Présidents de la Verne République au Cameroun. Mais je suis persuadé que c’est l’exception qui confirme la règle ! J’exprime en tout cas le vœu que le Président Hollande puisse le moment venu refermer cette parenthèse en effectuant une visite au Cameroun.

M. Gain, est-ce que l’ambassadeur de France est un homme influent au Cameroun?

Un homme influent au Cameroun? La France est l’un des principaux partenaires de ce pays et son représentant officiel bénéficie sans doute d’un certain crédit corrélatif. Mais je n’aurais pas la prétention de me considérer comme influent. Je dirais plutôt que je me vois surtout comme un passeur entre nos deux peuples, comme un homme de bonne volonté cherchant à faire partager les idées et les convictions du gouvernement qu’il représente, mais en refusant aussi égoïsme et certitudes: être toujours à l’écoute de l’autre, se remettre sans cesse en question, éviter l’aveuglement, rester modeste. La notion d’influence a beaucoup évolué au cours de la décennie écoulée. L’influence, ce n’est plus tellement celle des individus. Elle découle plutôt aujourd’hui des réseaux, des institutions, des normes, de la culture et de toute une palette d’outils et de mécanismes qui permettent d’atteindre un but. Car on ne peut exercer d’influence s’il n’y a pas, à la base, une politique bien définie dont découlent des objectifs.

On vous prête pourtant une capacité à influencer certaines décisions du chef de l’Etat camerounais? Une certaine opinion vous trouve d’ailleurs très proche de lui.

Je commencerai par une boutade en forme d’anecdote en disant que la seule fois où j’ai été très proche du Chef de l’Etat, c’était il y a trois ans presque jour pour jour, en juillet 2009, lorsque j’ai eu l’honneur de l’accompagner pour une visite officielle à Bordeaux. Je venais à peine d’être désigné comme ambassadeur au Cameroun et j’ai eu la chance de passer plusieurs heures d’affilée assis à ses côtés, dans le TGV qui nous menait en Aquitaine. Depuis, j’ai toujours regretté que ma méconnaissance du Cameroun, à l’époque, ne m’ait pas permis de tirer meilleur parti de ce prestigieux voisinage…

Il serait tout à fait présomptueux de ma part de penser que je puisse influer sur les décisions du Chef de l’Etat. Mais pour être franc, il est vrai, aussi, que tout ambassadeur caresse le secret espoir de voir ses propos ou commentaires intégrés dans la réflexion du Chef de l’Etat auprès duquel il est accrédité!

Une certaine presse vous annonce sur le gril et va même jusqu’à annoncer votre départ du pays sur la demande des autorités camerounaises. Où est la part du vrai dans cette assertion?

La durée moyenne de mission d’un ambassadeur est de trois ans environ. Ayant été nommé par décret du Président de la République en date du 17 juillet 2009,. il est donc normal que certains spéculent sur mon éventuel départ. C’est dans l’ordre des choses ! Au demeurant, le nouveau gouvernement français a décidé que le temps n’était pas encore venu de pourvoir à ma relève. Je ne vais pas claironner «J’y suis, j’y reste» comme le maréchal de Mac Mahon à Sébastopol. Mais il va falloir que vous vous accoutumiez à me voir pour quelque temps encore dans le paysage camerounais, ce dont je me félicite du reste tant sont fortes mes affinités avec votre pays. Cela étant, comme pour tout haut-fonctionnaire nommés à la discrétion du gouvernement, je peux être démis de mes fonctions à tout moment. Il ne faut donc jurer de rien…

Certains analystes pensent que vos rapports avec Yaoundé seraient tendus du fait de votre soutien personnel et celui de l’Élysée à l’époque de M. Sarkozy à l’ancien ministre d’Etat Marafa Hamidou Yaya qui n’a jamais caché son ambition nationale…

Combien de fois aurais-je à dire et répéter que la France n’a pas l’intention de se mêler en quoi que ce soit de la politique intérieure camerounaise ? Le Président Biya s’était exclamé, à juste titre, lors des cérémonies du cinquantenaire de l’indépendance: «A cinquante ans, nous sommes adultes!». Oui, les Camerounais sont adultes, c’est une évidence. C’est à eux de prendre leurs responsabilités, de faire leur choix dans l’urne et nous n’avons pas à nous en mêler. Ce sont les Camerounais qui détiennent les clés de leur avenir. Alors cessons de divaguer ! La France n’est pas cachée derrière le rideau. Elle n’est pas tapie dans l’ombre pour fomenter je ne sais quel coup d’Etat. La France n’a ni candidat, ni poulain qu’elle soutiendrait subrepticement comme le prétendent ces improbables analystes, animés par des motivations sur lesquelles on peut légitimement s’interroger. En revanche, la France soutient des valeurs. Et ces valeurs ont pour nom les Droits de l’Homme, la Démocratie et l’Etat de Droit.

Peut-on savoir les liens que M. Marafa entretient de façon officielle ou alors officieuse avec votre pays?

La France a pour habitude d’entretenir des relations normales avec les membres de tout gouvernement issu d’un processus démocratique légitime. Nous avons bien entendu eu des rapports transparents et cordiaux avec M. Marafa Hamidou Yaya, du temps où il était membre du gouvernement, que ce soit comme SGPR ou au Minadt. Pour le reste, nous n’avons pas vocation à interférer en quoi que ce soit sur le cours de la justice camerounaise. Elle fait son travail. Nous n’avons aucun commentaire à faire à ce sujet. Je me bornerai simplement à observer que tant qu’une personne inculpée n’a pas été condamnée, elle est présumée innocente.

M. L’ambassadeur, c’est quoi être un candidat de la France? C’est une expression qui vient tout le temps lorsqu’on aborde la question des ambitions de M. Marafa.

Je n’ai sans doute pas été suffisamment clair dans mes réponses précédentes! La France n’a aucun, je dis bien aucun candidat. Je lis comme vous cette expression toute faite qui revient comme un leitmotiv sous la plume de certains de vos confrères : «l’homme des Français». C’est un fantasme qui a la vie dure et qui repose sur des préjugés et des rumeurs dont nul n’est du reste à même de déterminer les fondements.

Il est grand temps que les Camerounais comprennent que nous sommes entrés dans une ère de partenariat d’égal à égal et que la France a laissé derrière elle toute tentation paternaliste. C’est au Cameroun que les choses se décident. Ce sont les Camerounais qui ont en main leur destin. Ils doivent se penser hors de toute dépendance. Ils possèdent d’ailleurs toutes les capacités intellectuelles et politiques leur permettant de maîtriser le cours des choses. Cela étant, non ingérence ne signifie pas indifférence. Il est ainsi normal que nous nourrissions avec les autorités camerounaises un dialogue sur l’ensemble des questions politiques de l’heure et que nous leur fassions part de notre vision des choses, le cas échéant.

Avez-vous, en votre qualité de diplomate, tenté de créer des ennuis aux autorités camerounaises notamment en envoyant des dossiers encombrants par valise diplomatique comme l’a laissé entendre encore une certaine presse?

C’est une hypothèse ridicule! Je suis attristé de voir fleurir depuis quelque temps certaines gazettes spécialisées dans les attaques personnelles, les ragots ou la désinformation pure et simple. C’est évidemment la rançon de la liberté de la presse, bien réelle au Cameroun. Le président du Conseil national de la Communication, Mgr Befe Ateba, a réagi à juste titre contre ces dérives ou atteintes répétées à la vie privée. De tels errements ne doivent cependant en aucun cas induire un retour de la censure. Ce serait une régression inacceptable. En revanche, ils plaident certainement pour une réflexion sur l’éthique de la presse. Je garde un excellent souvenir des assises de l’Union de la Presse Francophone réunies à Yaoundé en 2010 et qui avaient donné lieu à de fructueux échanges de vues sur ce thème. Sans doute faudrait-il approfondir le débat en vue de promouvoir la déontologie du journalisme, car ceux qui prétendent servir l’intérêt général ne sauraient faire fi de ces piliers normatifs de la profession que sont, entre autres valeurs, la vérité, l’exactitude, l’équité et la rigueur.

Pouvez-vous rassurer l’opinion camerounaise que vous n’avez jamais subi des pressions de part et d’autre, du côté du pouvoir de Yaoundé ou alors des milieux proches de Nicolas Sarkozy sur l’affaire Marafa?

Avec la concision de Tacite, je vous répondrai, sans crainte d’être démenti: jamais!

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