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BURKINA FASO : APRÈS LA CÔTE-D’IVOIRE, LE BURKINA ?

AfricaPresse.com

Ecrit Par le 12 May 2011 Publié dans la categorie: Actualités, Afrique, Burkina Faso


Les ingrédients sont rassemblés et les prémices sont déjà visibles. Un Burkina dans un chaos total, à l’image de celui de la Côte d’Ivoire, nous guette. Les courtisans du régime ont endormi la vigilance de leurs maîtres, nécessaire à l’établissement d’un climat de vraie paix. Que n’a-t-on entendu ? “Le Burkina n’est pas à comparer avec tel ou tel pays”, “les troubles qui surviennent dans les autres pays ne peuvent pas arriver au Burkina” ou encore “nous sommes un pays de paix”.
Burkina_Faso
Pourtant, les récents évènements nous révèlent que nous vivons dans une précarité, qui ne pourra pas s’accommoder plus longtemps de semblants de solutions apportées à la sauvette. La paix n’est jamais totalement acquise. Elle se construit au jour le jour et il faut savoir distinguer la vraie paix de celle que le Pr Joseph Ki-Zerbo a appelé “a paix de cimetière”. Presque à chaque saison, des conflits entrainant des morts d’hommes avec actes de représailles sont signalés entre agriculteurs et éleveurs au sujet de la gestion de l’espace. Presque à chaque fois on parvient à imposer le calme grâce à l’intervention, à coups de matraques, des CRS sans pour autant résoudre véritablement le problème.

En ville comme en campagne, la question de la propriété terrienne ou de la gestion des parcelles d’habitation suscite toujours des troubles. Le règlement de ces problèmes, très souvent à la césarienne, divise des habitants d’une même localité et crée des tensions qui couvent dangereusement. Il n’est plus rare d’entendre que pour la désignation d’un leader religieux ou bien pour la construction d’un lieu de culte, des protagonistes se sont affrontés jusqu’à la mort. Toutes ces tensions demeurent sans solutions définitives et restent des bombes à retardement.

Sur le lit de l’injustice, des tâtonnements face aux problèmes sérieux, de la corruption, de l’impunité et de l’absence de recours fiables pour la plupart des citoyens, se sont développés un sentiment de frustration et un désir de se faire justice à soi-même. Nous en sommes presque à la rupture du contrat social. Le sentiment de rejet de l’autre existe déjà dans beaucoup d’esprits. Un danger réel guette le Burkina à l’image de ce que d’autres pays ont connu. Dans ce Burkina de “paix”, certaines personnes qualifient leurs compatriotes “d’étrangers” et les chassent au motif qu’ils seraient la source de problèmes locaux. A Boussé, environ cinquante kilomètres de Ouagadougou, des élèves burkinabè se sont vus ainsi traités parce qu’ils n’étaient pas natifs de la localité. Actuellement, dans plusieurs lieux du pays, des témoignages font cas de la formation de milices armées de gourdins, dirigées contre les manifestants.

A Ouagadougou, des lots de gourdins achetés par des personnes opposées aux marches ont été aperçus aux mains de miliciens prêts à les utiliser face aux élèves et étudiants. Par ailleurs, lorsque des commerçants, dans leurs manifestations de colère face aux saccages de leurs biens par les militaires, s’en sont pris au siège du CDP [parti au pouvoir] et à des symboles de l’Etat, on a constaté des répliques visant les sièges de partis d’opposition. Le Burkina, est, dans ce contexte “un produit hautement inflammable” et la moindre étincelle peut être fatale.

Dès maintenant, le Président, qui se dit disposé à écouter la volonté du peuple et la suivre devrait annoncer sa renonciation au pouvoir en 2015. Il n’est pas besoin de consultation particulière pour savoir que le respect de la limitation des mandats présidentiels fait partie de la volonté du peuple aujourd’hui. C’est maintenant qu’il faut désamorcer la bombe qui a enclenché son compte à rebours.

© AFP : Des partisans de l’opposition burkinabè manifestent le 30 avril 2011 à Ouagadougou.

© L’Indépendant : Samba Bila