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Cameroun: LE PARADIS DE MONSEIGNEUR TONYE BAKOT

AfricaPresse.com

Ecrit Par le 20 Jul 2012 Publié dans la categorie: Actualités, Point de Vue, Religion, Société


Le paradis est espace de félicité si exemplaire, que seul l’effort de toute une vie de vertu peut nous y mener. Du moins c’est ce que les textes sacrés nous enseignent. Les maisons de la foi quant à elles nous disent qu’il y a quelques personnes seulement qui, de part leur propre choix ou alors par une certaine élection, peuvent nous en donner les contours. Les évêques sont de ces personnes-là : leaders d’opinion quand ils siègent dans une cathédrale, et encore plus écoutés quand il s’agit de la cathédrale de la capitale. Voilà pourquoi pour nous les mots de Monseigneur Tonye Bakot sont importants : ils ouvrent autant aux cieux de l’après vie, qu’ils définissent ce que notre civilité commune doit être. D’Ongola, sa prédication, mais aussi sa vision donnent donc autant les contours du paradis que nous ne verrons qu’après notre mort, que le visage de la république du Cameroun de demain. C’est sous ce double aspect que ses mots à son supérieur à propos d’étudiants de l’université catholique sont importants, et pas seulement parce que l’homme est un prêtre de la haine.

Nous savions déjà que dans son paradis, il n’y a pas de musulmans. Dire qu’il y en a qui applaudiraient à cette perspective ! Les deux mille années d’histoire de son église nous ont démontré qu’elle enchante bien de gens, et ce n’est pas le fait que le Cameroun soit un pays dont la moitié de la population est de foi islamique qui tempérerait leurs ardeurs inquisitrice chez nous. La seule chose qui les tempérerait c’est la loi, parce que la république du Cameroun est laïque car multireligieuse. En fait il n’a pas le choix, Monseigneur Bakot, tous les jours, il doit souffrir d’entendre les prières s’élever des mosquées de la Briqueterie et de Tsinga et d’ailleurs, parce que ce sont des Camerounais qui y prient. Cela l’Etat lui impose. Il doit donc de ce fait souffrir également que dans les classes de l’université catholique, il y ait des musulmans. C’est une simple leçon de tolérance républicaine qu’a dû s’imposer l’Etat en chassant à l’extérieur de sa moralité l’exclusion basée sur la foi. Cette leçon est encore plus essentielle aujourd’hui où dans le cœur de notre pays se cultive les germes de futures guerres inter-religieuses, avec la multiplication d’églises éveillées mais profondément intolérantes, et alors que des ministres de la république, dont Robert Nkili, Mbarga Mboa, allègrement trimbalent les institutions de l’Etat ou alors le personnel que l’Etat à mis sous leur responsabilité dans leurs cultes privés. Ah, quand les chrétiens imposent leur foi à l’Etat !

Dans le paradis de Monseigneur Tonye Bakot il n’y a pas d’homosexuels, cela il nous l’avait révélé en 2005. Et ils sont nombreux ceux que cela avait réjoui ! Car le prélat avait cette année-là, ouvert par une homélie des plus divisives, une chasse hystérique qui ne s’est pas encore arrêtée dans notre pays contre tout ce qui est homo-érotique sinon homosexuel. Et dans la suite de ses mots vils de jadis, des journaux s’en sont livré avec joie à la traque aux pédés de la république, établissant des listes d’homosexuels comme ailleurs on monterait des autodafés, livrant à la vindicte populaire des gens, tandis que des préfets et autres administrateurs se jetaient sur des conférenciers pour leur interdire la parole au motif qu’ils veulent parler d’homosexualité et de sida, quand bien même l’un est bien lié à l’autre comme de nombreuses études montrent. Suivant ses lèvres enflammées, la loi camerounaise qui selon la tradition bien française qui a servi à son écriture s’était toujours tue sur ces affaires privées, se met soudain à fouiller dans la chambre des adultes consentants, à regarder comment ils se couchent dans le lit. La Bible, ce texte que Monseigneur Tonya Bakot a reçu comme chacun de nous de l’Occident, devient ainsi soudain le fondement de traditions africaines que son église à pourtant éradiquées, tandis qu’habillé de sa longue robe qui lui vient de Rome, il dicte à nos familles pourtant si complexes comment presser au mariage sinon exclure ceux parmi nos frères ou sœurs qui sont adultes et comme lui d’ailleurs ne se sont pas encore mariés.

Il y a quelques jours nous avons tous découvert ébahis que dans le paradis de Monseigneur Bakot, les Bamiléké n’ont pas le droit d’être trop nombreux. Qui a encore dansé de joie ? C’est que dans une lettre honteuse, le prélat n’a pas seulement donné des chiffres à son infamie, il a aussi tiré des conclusion demandant au bas-mot à la sélection. A vrai dire ses mots sont trop sidérants, trop méchants pour être cités ici. Car ce dont il s’agissait au fond, et que sa plume venimeuse a recommandé, c’est tout simplement l’épuration ethnique : la diminution progressivement dosée du nombre admissible de bamilékés de ce groupe social qu’est l’université catholique, sur la base du critère simple qu’ils sont bamilékés. Il est des pays occidentaux, car c’est de ces pays-là qu’il a également tiré ce principe de la sélection, où quatre cent ans d’esclavage aura obligé l’Etat à inscrire dans son socle l’équité qui lui permettrait de réparer des tords en ajustant l’équilibre social : il en est ainsi aux Etats-Unis où l’affirmative action permet de fonder la justice sociale en réajustant les disparités historiques, sans jeter le mérite à la fenêtre ; il en est ainsi de l’Europe d’ailleurs, où la disparité liée au sexe est réajustée elle aussi par des mesures politiques. Monseigneur Bakot veut plutôt, lui, faire l’inverse : imposer à cette république du Cameroun diverse, à cette génération qui est née et a grandi dans le métissage interethnique, sa vision du paradis que les bamiléké ont expérimenté lors d’un génocide de 1956 à 1971. Il était sans doute des années où de la cathédrale de Yaoundé la moralité se transformait en sagesse pour prêcher la civilité à un peuple encore trop divisé contre lui-même et que seul une constitution bancale retenait encore ensemble, pour prêcher l’ouverture dans cette ville-carrefour si prise d’assaut par des élans tribaux, pour prêcher la pratique de la tolérance, Ongola étant le centre d’une ville fondamentalement cosmopolite. Ces années-là sont passées, et même une excuse publique du Monseigneur de la haine n’y fera plus rien. Le Cameroun de demain se fera sans lui. La raison est simple, et nous aurions dû la savoir déjà en 2005, sinon avant : il a trop mauvais cœur pour nous enseigner à vivre au Cameroun en harmonie avec notre prochain. Son paradis c’est un pays de l’intolérance.

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