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Cameroun – Opération épervier : Meva’a M’Eboutou accable Marafa Hamidou Yaya

Le Jour

Ecrit Par le 11 Mar 2011 Publié dans la categorie: Actualités, Politique, Société


Affaire Mebara. L’ancien ministre des Finances a été interrogé au Tgi du Mfoundi hier en qualité de témoin dans l’affaire Etat du Cameroun contre Jean-Marie Atangana Mebara.

Marafa Hamidou Yaya

Marafa Hamidou Yaya

L’ombre du ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, Marafa Hamidou Yaya a plané hier pendant toute l’audience de l’affaire Etat du Cameroun contre Jean-Marie Atangana Mebara,

poursuivi pour tentative de détournement des deniers publics dans le cadre de l’achat d’un avion présidentiel. La parole était hier à l’un des témoins de l’accusation, Michel Meva’a M’Eboutou, ministre des Finances à l’époque des faits, en 2001, qui a cité Marafa Hamidou Yaya à plusieurs reprises.

12h30, les juges font leur entrée dans la salle du tribunal de grande instance du Mfoundi, centre administratif. L’audience est ouverte. Assis au fond de la salle, l’ancien ministre des Finances, Michel Meva’a M’Eboutou est alors appelé à se présenter devant la barre. Vêtu d’un costume bleu nuit, d’une chemise assortie et d’une cravate bordeaux, il avance lentement et prend place dans le box des témoins. Le greffier procède à son identification et, il prête serment, la main gauche posée sur la bible. « Je le jure », crie-t-il dans une salle d’audience privée de ses micros. Il reste debout. Le juge Schilick lui demande s’il est sûr de pouvoir tenir pendant toute la durée de l’audience et lui fait savoir qu’il a le droit de faire savoir qu’il est fatigué, à tout moment. « Il faut que vous soyez bien lucide pour répondre aux questions », lui dit le juge. « Merci monsieur le président. Ça va aller », répond cet homme de 72 ans en passant délicatement la main sur son crâne nu.

Pour l’ouverture de l’interrogatoire, la parole est à l’accusation. Le procureur de la République brandit un document daté du 21 août 2001 et signé de Michel Meva’a M’Eboutou, alors ministre des Finances. Il s’agit d’une correspondance adressée à l’administrateur directeur général de la Snh, lui demandant de virer la somme de 31 millions de dollars (29 millions à Gia et 2 millions à la Cbc) pour l’acquisition, chez Boeing, d’un avion de type Bbj à l’usage du président de la République. L’argent doit être viré dans les 72h (avant le 24 août 2001) sous peine de perdre une avance de 2 millions de dollars déjà versés chez Boeing. Devant le tribunal, Michel Meva’a M’Eboutou prend connaissance de cette correspondance. Il hôte ses lunettes, les remet et reconnaît en être l’auteur.

« En vertu de quoi avez-vous donné une telle instruction ?», demande le procureur. Le témoin Meva’a explique qu’il avait été convié à une séance de travail à la présidence de la République. Le secrétaire général l’a informé de la décision d’acquérir un avion présidentiel et qu’il fallait trouver 31 millions de dollars (environ 24 milliards Fcfa) dans les 72h. C’est alors qu’il a instruit l’administrateur directeur général de la Snh de payer ladite somme. Instruction qui a été respectée, confie l’ancien ministre des Finances.

Instructions
Me Ekani, l’une des avocates de la défense demande au témoin quelques précisions. « Vous parlez de secrétaire général. Il s’agit de qui », demande-t-elle. « M. Marafa Hamidou Yaya », précise le témoin.
- Qui était les autres participants à cette réunion à laquelle vous faites allusion ?
- Ça fait 10 ans. Je ne m’en souviens plus.
- Ils étaient donc si nombreux que ça ?
- Oui. Je ne m’en souviens plus. Je n’ai pas retenu tous leurs noms, affirme l’ancien ministre des Finances.

Pour le reste, Michel Meva’a M’Eboutou a la même réponse à pratiquement toutes les autres interrogations de la défense. Il soutient qu’il n’avait aucun pouvoir d’appréciation sur quoi que ce soit et respectait simplement des instructions.
C’est au tour de Jean-Marie Atangana Mebara d’interroger le témoin. Meva’a M’Eboutou lui donne du « monsieur le ministre d’Etat » et reste constant dans ses réponses : « Mon devoir était de respecter des instructions. » Il renvoi quelque fois la balle à Marafa Hamidou Yaya, secrétaire général à la présidence de la République à l’époque des faits, celui-là même, dit-il, qui lui a communiqué les comptes de Gia et de la Cbc dans lesquels il devait virer les fonds. Et un des avocats de la défense de s’étonner que, ministre des Finances de son état, il a pu ordonné de virer plus de 24 milliards de francs Cfa de « nos impôts » sur la base de simples instructions verbales du Sg de la présidence de la République.

Visiblement épuisé après plus de 2h30 d’interrogatoire, Michel Meva’a M’Eboutou accorde une accolade à Jean-Marie Atangana Mebara avec qui il échange quelques secondes. L’audience a été renvoyée au 7 avril prochain pour la suite de l’audition des témoins.
© Le Jour : Jean-Bruno Tagne