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Cameroun/Opération Epervier : Rien ne sert d’arrêter, il faut gouverner à point


Ecrit Par le 29 Mar 2018 Publié dans la categorie: A La Une, Cameroun, Edito de la semaine


 

EDITO

Tant que le pays ne sera pas effectivement gouverné, la banalisation des détournements de deniers publics dans notre pays ne s’arrêtera pas. Et enfermer tous les responsables publics n’y fera rien non plus…

Passé le spectacle fort couru que l’interpellation, puis la mise en détention de responsables publics provoquent, avec des comptes rendus, presque en direct dans la presse audiovisuelle et électronique et sur les réseaux sociaux en particulier, une question brûle les lèvres de quiconque se soumet à une réflexion approfondie sur ce qu’on appelle Opération Epervier : Où nous mène tout cela ?

Lancée depuis une douzaine d’années maintenant (2006), l’Opération Epervier a déjà jeté en taule de nombreux anciens ministres et directeurs généraux d’entreprises publiques et parapubliques, accompagnés souvent de quelques-uns de leurs collaborateurs. Mais, pas besoin d’une perspicacité spéciale pour constater que la prédation n’a pas cessé de s’enraciner dans l’esprit et les rangs des fonctionnaires et autres agents publics. Ainsi, le dernier rapport de la CONAC (Commission nationale anti-corruption), publié en décembre 2017, indiquait que la bagatelle de 1 246 milliards de FCFA avait été détournée des caisses de l’Etat au cours des cinq dernières années. Presque de quoi financer sans encombre les 1300 milliards que requiert la mise en œuvre de la couverture santé universelle que le gouvernement veut lancer.

Cette insatiable appétence que les responsables publics et leurs collaborateurs ont développée pour la fortune publique ne relève pas de la génération spontanée. Elle est la logique résultante de plusieurs éléments contextuels dont ne peut normalement s’accommoder un Etat moderne.

D’un côté, l’institutionnalisation de la corruption comme mode de gouvernance. Au fil des ans, le régime du Renouveau s’est choisi pour socles l’achat des consciences, l’achat des votes lors des consultations populaires, la vente des places à l’occasion des examens et concours, etc. laissant s’insinuer dans le subconscient des citoyens que tout doit s’acheter.

De l’autre côté, il y a l’abandon progressif de nos valeurs de modestie, de sobriété et de probité pour adopter et promouvoir le culte de l’argent, l’exubérance, le snobisme, le m’as-tu-vu,l’exposition de signes extérieurs de richesse, quand bien même celle-ci serait mal acquise, etc. Et désormais, l’essentiel c’est de s’enrichir, peu importe la manière…

Plus loin, il y a le trafic d’influence et l’ultracentralisation du pouvoir qui font qu’aucun procureur de la République n’oserait s’autosaisir pour investiguer l’enrichissement soudain, rapide et insolent de certains individus (en particulier des fonctionnaires) dont les revenus sont pourtant modestes…

Finalement, il y a l’incorrigible laxisme (complicité ?) des services et des autorités censés traquer les prévaricateurs de la fortune publique. Il n’y a qu’à remarquer que la déclaration des biens de la part des responsables publics n’est toujours pas en vigueur, 22 ans après son inscription dans la constitution de 1996. Faute du décret d’application qui doit être signé par le… président de la République.

Passé maître dans l’art de violer les lois de la République qu’il a lui-même promulguées, ce dernier n’hésite pas à laisser en poste des directeurs généraux pour 10 ans, 15 ans, 20 ans, voire plus, alors même que le mandat légal est de trois (3) ans, renouvelable deux fois, soit un maximum de neuf ans. Leur laissant ainsi tout le temps de profiter de l’ensemble des circonstances favorables citées plus haut pour garnir leurs comptes bancaires et ceux de leurs enfants, conjoints, amants et autres, au détriment des caisses de l’Etat et des citoyens. A cela, il faut bien sûr ajouter que durant son mandat, chaque directeur général est appelé à financer les activités du RDPC, avec ce que cette pratique non-statutaire permet comme licence…

Dans une telle pétaudière, il est évident que multiplier les arrestations n’est que pure distraction et stérile spectacle. Paul Biya et son gouvernement doivent savoir que le seul vrai moyen de lutter contre la corruption et la privatisation des ressources publiques consister à sortir de la non-gouvernance à une véritable gouvernance. Celle-là dans laquelle les institutions sont plus fortes que les individus, pas l’inverse. Mais, en ont-ils encore le temps ?

Valery Tcheumtchoua

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