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Christophe Bastid: « L’Afrique est le continent de l’avenir et il faut arrêter d’avoir un point de vue européen sur l’Afrique »


Ecrit Par le 20 Apr 2018 Publié dans la categorie: A La Une, Afrique, Interview


Christophe BASTID 7.2C

55 discours fondateurs, 127 contributions, 150 cartes, 60 tableaux, 27 annexes et 365 illustrations…Voilà résumé en quelques chiffres “afriques, Panafrique : des racines à l’arbre”, un ouvrage unique autant par la consistance de ses écrits que par son volume : 1040 pages, commis par Christophe Bastid, médecin de profession et consul honoraire de la République du Cabo Verde à Marseille et, Patrick Bey, ivoiro-français, consultant et industriel dans l’agroalimentaire pendant 25 ans en Côte-d’Ivoire. A l’occasion de la conférence donnée à l’Institut Afrique Monde à Paris le vendredi 13 avril à l’occasion du lancement de cet ouvrage, Christophe Bastid a bien voulu répondre à nos questions.

05-AMAZON 11-02-2018   Afriques-Panafrique-des-racines-a-l-arbre

De quoi parle exactement le livre ?

Dans ce livre, nous avons pris 55 discours historiques concernant l’Afrique et nous les avons fait analyser par 127 personnalités africaines. Et pour chaque discours, il y a le contexte dans lequel il a été déclamé. Pour résumer, il y a le discours lui-même et il y a des analyses. C’est un livre collectif auquel nous avons ajouté des annexes (28 au total) sur le plan économique, social, politique et géopolitique. Nous voulons qu’il soit l’héritage et la transmission aux nouvelles générations.

Quelles sont les personnalités qui y ont contribué et certaines sont-elles encore en fonction ?

De mémoire, il y a 31 ministres dont Víctor Borges (ancien ministre des affaires étrangères du Cabo-Verde), Habib Sy, (ancien ministre d’Etat sénégalais sous l’ère d’Abdoulaye Wade). Le préambule a été fait par le président de la république du Cabo-Verde et la préface par la directrice générale de l’Unesco. Oui, il y a d’autres personnalités qui y ont contribué et qui sont encore en fonction.

Quel message porte concrètement cet ouvrage ?

Nous nous sommes dit qu’on ne peut plus accepter : qu’il y ait une désinformation sur ce continent, qu’on mette en permanence la tête sous l’eau à beaucoup de pays africains, qu’il y ait une hégémonie des pays du nord vis-à-vis de ceux du sud. Et ce qu’on voulait, c’était de donner aux pays d’Afrique la possibilité de s’exprimer, d’offrir un autre futur aux jeunes africains. Mais notre réflexion ne s’arrête pas seulement sur la politique et les discours des lendemains de la décolonisation. Nous y avons aussi introduit des discours actuels dans le domaine artistique, industriel ou encore économique. Il y a par exemple un discours du président de la BAD (banque africaine de développement). Bref, on a voulu faire quelque chose qui soit très polymorphe.

Les deux auteurs que sont Patrick Bey et moi-même, nous n’avons fait que mettre en musique la participation de ces différentes personnalités en utilisant des discours historiques pour que cesse cette désinformation permanente. Et par-delà, faire comprendre aux nouvelles générations qu’elles ont un continent exceptionnel avec des possibilités énormes. L’Afrique est le continent de l’avenir et il faut arrêter d’avoir un point de vue européen sur l’Afrique. Tout cela s’adresse aussi bien aux africains qu’aux autres qui vivent sur ce continent ou ailleurs et qui ont une vision complètement déformée de l’Afrique.

Pouvez-vous nous donner un exemple d’un discours ou d’une annexe ?

Une des annexes porte par exemple sur le Libéria avec le retour des noirs. On nous a fait croire de belles histoires qu’on ordonnait leur retour sur leur terre mais c’est complètement faux. La réalité est qu’au décompte de la guerre de sécession, on s’est retrouvé avec des esclaves qui étaient affranchis et qui représentaient une menace pour les populations blanches aux Etats-unis. Et on s’est dit qu’on va les faire retourner en Afrique mais cette époque coïncidait curieusement avec l’essor de l’automobile. On s’en est servi pour faire des plantations de l’hévéa, afin d’alimenter le développement des pneumatiques pour des voitures.

Que préconisez-vous pour que cesse donc cette désinformation ?

C’est un message qu’on avait donné à chacun des analystes des discours. Un message d’espoir afin d’analyser ce qui s’est passé pour faire mieux dans le futur. Et chaque analyste y a apporté sa propre conclusion. Nous leur avons donné carte blanche, on s’est interdit de faire la moindre censure. Il y a quelques analyses qui sont percutantes et même virulentes, mais nous avons laissé faire parce que chaque auteur avait la liberté d’exprimer ce qu’il voulait.

La question de l’immigration a-t-elle été abordée et quel message est porté à l’endroit de la jeunesse ?

C’est vraie que l’immigration, c’est une vraie problématique et c’est révoltant. Mais on ne l’a pas abordée parce qu’on s’est basé sur les discours historiques et dans les discours historiques, il n’y avait pas encore ce problème. Mais par rapport à l’immigration, je pense qu’il faut une prise de conscience pour que les pays puissent se développer par eux-mêmes et que la jeunesse n’ait forcément pas besoin d’aller chercher ailleurs. Il faut rappeler que l’Afrique c’est 20% des terres immergées, ça veut dire au moins 20% des richesses. Et surtout que ces richesses ne doivent plus être pillées comme elles le sont systématiquement aujourd’hui. D’une façon générale, les africains et les jeunes doivent se rendre compte du potentiel de leur continent et de l’avenir qui s’ouvre devant eux.

Et la question du Franc CFA ?

La problématique de fond, c’est la gouvernance. Parce qu’au fond, le problème d’un pays, c’est le leadership. Comment améliorer la gouvernance et comment faire avancer le pays ?  Ce n’est pas la même chose quand on a un chef d’Etat qui s’appelle Madiba et quand on un autre chef d’état qui s’appelle Kim Jong Il. C’est tellement important la personne qui est la tête de l’Etat. Le socle du livre c’est la gouvernance et souhaitons le, la bonne gouvernance et le leadership.

01-Patrick BEY 11-02-2017

Et qu’est-ce qu’il faut pour la bonne gouvernance et le leadership ?  On a vu par exemple le plus jeune Etat du monde, le Sud Soudan plongé dans une guerre civile sans merci juste après son indépendance et pendant que les populations vivent de l’aide alimentaire, les multinationales y pompent du pétrole…

Ça fait partie des vrais problèmes de fonds. On a évoqué des problèmes inhérents à l’Afrique elle-même. Sur le soudan oui, et sur d’autres conflits actuels.

Et que pensez-vous de la dette ?

La dette est un vrai problème. A chaque rééchelonnement de la dette, on en profite pour majorer encore les prêts et finalement les remboursements ne servent plus qu’à payer les intérêts de la dette et ça c’est quelque chose qui est inacceptable. On a par exemple pris un discours de Jerry Rawlings qu’il a fait auprès de l’union africaine sur ce sujet là et on l’a fait analyser par des banquiers de la BAD.

Que pensez-vous des propos de Macron sur la natalité en Afrique ?  

La démographie, ne fait pas partie des thématiques abordées. Mais je pense que ça ne veut pas dire grand chose parce qu’au fur et à mesure que le niveau de vie augmente et que les pays se développent, le taux de natalité diminue mécaniquement. Je ne crois pas que c’est avec des discours qu’on va régler ça mais plutôt avec le développement économique. Je ne suis pas sûr que ce qu’a dit Emmanuel Macron soit assez pertinent, bien que par ailleurs il soit tout à fait éclairé dans beaucoup d’autres domaines.

 Propos recueillis par AMI

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