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Chronique: CAN féminine 2016, c’est qui, Lili ?

AfricaPresse.com

Ecrit Par le 30 Aug 2016 Publié dans la categorie: Opinions, Point de Vue, Sports


Mascotte CAN 2016

Mascotte CAN 2016

44 ans après la douloureuse Coupe d’Afrique des Nations organisée au Cameroun, le pays s’apprête à nouveau à accueillir l’Afrique du football.

«Il a fallu du temps» pour reprendre ce slogan d’une bière  que nos compatriotes aiment à citer. Tout comme ils se sentent si proches de cette «Kadji» qu’on leur a admirablement vendue  comme une bière proprement camerounaise qui résiste face à la déferlante des multinationales brassicoles étrangères. Preuve, donc, s’il en était encore besoin,de ce que les «Camers» savent se montrer solidaires des causes nationales justes. Et pas seulement autour d’une bonne bière fraiche, car ils savent aussi se mobiliser autour d’événements majeurs comme ce tournoi de football féminin qui engage le rayonnement de la nation.

Nous attendons donc la CAN. Mais, qu’elle sera sa saveur ? La pathologie de l’urgence qui habite nos autorités politiques nous fait encore courir après le deadline d’un événement qu’on a eu tout le loisir de préparer. Le Cameroun sera-t-il prêt ? «Oui !», vient de répondre avec une insistance douteuse la mission de la CAF en séjour dans notre pays au mois de juillet. On veut bien y croire. Toutefois, alors que le compte à rebours est plus que jamais enclenché pour cette grand-messe qui débute le 19novembre 2016,  nos dirigeants viennent  encore de démontrer qu’ils ne sauront jamais briser les chaines du complexe morbide de l’ailleurs qui balise leurs actions pour fédérer tout un peuple autour d’un credo patriotique. Il fallait choisir une mascotte et un hymne pour ces jeux. Une dizaine d’illuminés en cravate se sont assis dans un sous-sol pour nous sortir deux belles trouvailles. D’abord la mascotte. Ils l’ont appelé Lili. «Qui est-ce donc cette Lili», leur a-t-on demandé ? «Euh bien ça renvoie à Lions et Lionnes», ont-ils balbutié en guise de réponse. Franchement, le Cameroun ne mérite-t-il pas mieux en termes d’ingéniosité conceptuelle.

Un hymne à l’extraversion

N’avait-il pas là matière à valoriser notre extraordinaire patrimoine culturel en choisissant un nom qui parle ; qui renvoie à une réalité bien camerounaise ? Avait-on besoin même pour une banale mascotte de singer encore le blanc ?; De cracher sur nos Kamga et nos Atangana, qu’on connait si bien pour s’amouracher d’une Lili (Liliane ?) qu’on apprend à connaitre ? J’entends d’ici l’excuse facile de la multiplicité ethnique de notre pays pour justifier cette étourderie: «Si on avait choisi un nom Beti, les Bami se seraient plaints», doit bien susurrer l’intelligentsia consensuelle qui sévit dans les bureaux de Yaoundé. Pourquoi ne l’ont-ils pas appelé Jeanne d’Arc pendant qu’on y est ? Il y a bien dans ce pays des noms, des symboles, des valeurs qui rassemblent les Camerounais au-delà de ces risibles querelles ethnico-tribales. Refuser de s’en référer témoigne d’un dogmatisme colonial inquiétant. Bien plus, un appel à contributions, sous forme de concours, aurait pu faire monter la ferveur autour de l’événement pour exalter le génie artistique du pays. Mais est-ce bien là l’agenda de cette bourgeoisie désincarnée qui règne au Cameroun ?

Il ya ensuite cet hymne. On nous apprend qu’il sera chanté par la sublime Charlotte Dipanda et… Richard Kings. Soit, même si en la matière une artiste à la stature encore plus iconique n’aurait pas fait de mal. Mais ce qui révulse c’est qu’une fois encore, nos dirigeants bien-pensants ont eu recours à la haute valeur artistique de l’Opéra Garnier de Paris pour les compositions. Comme si ce pays n’avait pas produit un Manu Dibango que le monde entier nous envie. Comme si Richard Bona que quelques forcenés du régime de Yaoundé s’emploient à dénigrer sur la toile, n’était déjà bon que pour la poubelle. Et comme ils ne sont jamais à court d’une hérésie, nos penseurs en ont rajouté une note. Juste pour le swing. Le clip vidéo du fameux hymne sera monté en France. «Par des mains expertes de professionnelles», précise la Commission chargée de la communication au sein du Comité local d’organisation de cette CAN 2016. On a visé haut pour sécuriser de juteux contrats et les rétro-commissions qui vont avec.

Nos Ns Pictures, Chamackh,  Max Ngassa, Pipiyou Concept et autres Roger Makanda qui éclaboussent pourtant le continent africain de leur expertise en matière de réalisation de clips sont priés d’aller réviser leurs gammes. La CAN, c’est un autre niveau. Lili peut dormir tranquille. Ses rivales ont des cheveux blancs à se faire. La décolonisation conceptuelle qu’appelle de tous ses vœux le philosophe ghanéen Kwasi Wiredu n’est pas pour demain. Ne me parlez même pas de la décolonisation tout court.

HiondiNkam IV (Correspondance)

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