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Fenac 2008 : Comme un goût d’inachevé

La 7ème édition de cette fête culturelle nationale attendue à Maroua a vécu sans pour autant convaincre sur les capacités de l’organisation.

Après le passage remarqué et réussi, la veille, de Manu Dibango et de plusieurs artistes de la diaspora, il fallait offrir une fin en apothéose, du moins pour les spectacles, au public et aux populations de Maroua. C’est au chanteur ivoirien Meiway qu’est revenu cet honneur mardi le 23 décembre! Vêtu de gris et blanc, le roi du ” zoblazo ” est monté sur scène. Délire dans la foule aussi nombreuse qu’à l’ouverture de ce grand podium le 19 décembre dernier. La foule, massée autour de l’estrade et dans les tribunes du stade municipal de Maroua, reprend avec un enthousiasme sidérant les refrains et parfois toutes les chansons de l’artiste ivoirien. C’est environ 15 minutes d’un délire au cours duquel deux dames n’hésitent pas à briser les tabous et monter sur scène pour présenter leurs poitrines, plutôt fortes et généreuses, alors que l’artiste entame son titre à succès “Miss lolo”. La foule est subjuguée. Les populations locales se disent ravies de vivre ces moments exceptionnels, de voir se dérouler sur leur sol ces choses qu’elles ont pris l’habitude de ne voir qu’à travers un écran de télévision. Les jeux de lumière sur le podium majestueux en rajoutent à la magie du moment.

Sur les visages, se dessine un ravissement profond. Personne ne boude son plaisir d’autant que, quelques heures plus tôt, la cérémonie de clôture du 7ème Fenac, tant attendu par les populations de la ville de Maroua et le Cameroun entier, avait marqué par sa tiédeur et laissé plus d’un sur sa faim. La fantasia n’a pas attiré grand monde. La tribune d’honneur est presque vide alors que les artistes ayant obtenu des épis sont rares à se présenter. Les trophées eux-mêmes n’arrivent qu’après que tout le monde ait été appelé. On est si loin du faste de la cérémonie d’ouverture qui a fait courir plus d’un, heureux de vivre la diversité culturelle du Cameroun. Une chape de plomb semble s’être abattue sur l’organisation, essoufflée.

C’est que, la semaine a été lourde et difficile pour les membres du comité d’organisation de cette 7ème édition du festival national des arts et de la Culture (Fenac). Le public, lui, s’est vite lassé des tergiversations observées dans l’organisation. La cérémonie de clôture initialement annoncée à 21h puis 17h et 16h30 ensuite en est une illustration. De même que l’annonce de plusieurs artistes de la diaspora qui n’avaient pourtant pas été contactés.
Pris dans l’étau des revendications des artistes, des manquements dans l’organisation et des luttes de positionnement, les membres du comité d’organisation, dès le départ ont vite paru débordés par les diverses sollicitations et divers problèmes à résoudre.

Adhésion
Et même si les populations, pas habituées à accueillir autant de monde dans leur ville, ont montré un enthousiasme indéniable, c’est avec un goût d’inachevé que les différentes délégations ont quitté Maroua le 24 décembre dernier. Déçues de ce que, contrairement à ce que laissaient présager les préparatifs et l’engouement de la ministre de la Culture, Ama Tutu Muna dans l’organisation de cette 7ème édition attendue depuis six ans, la fête a souffert de mille maux.
Le premier casse-tête de cette organisation a été la gestion du logement des invités, toutes catégories confondues. Dès l’aéroport, la débande s’est installée. Contraints de traîner leurs effets avec eux pendant toute une journée, certains festivaliers se sont finalement résolus, à la tombée de la nuit, à se loger, tous seuls. Auberges mal famées et autres lieux peu recommandables sont littéralement envahis par ces festivaliers livrés à leur propre sort. C’est finalement le sourire aux lèvres que certains d’entre eux décrivaient leur gîte. “Moi, il m’est interdit de rentrer à l’auberge où je loge avant 23h. Comme c’est une auberge courue, je dois laisser la place aux clients. Quand je rentre, ivre de sommeil et de fatigue, je n’ai pas le temps de rendre compte que les draps sur lesquels je dors ont été utilisés quelques minutes plus tôt”, raconte un invité qui, après deux jours d’énervement, a fini par se résigner.

Pour les artistes toutefois, il était bien difficile de se faire à cette organisation chaotique. Alors que les délégations venant des provinces les plus reculées du pays ont été parquées à la va-vite dans les salles de classe du lycée de Maroua, sans frais de restauration quotidienne, les autres essayaient tant bien que mal de se trouver une raison de rire de cette situation dans laquelle ils se sont retrouvés à Maroua. Donny Elwood qui, à son arrivée à l’aéroport de Maroua Salak le jeudi 18 décembre dernier, était d’ailleurs bien surpris de s’entendre dire qu’il n’était pas attendu par l’organisation du Fenac. Et ce, malgré la lettre qu’il présentait à son interlocutrice, Asheri Kilo, préposée à l’accueil ce jour-là.
La confusion s’est poursuivie tout au long de la semaine au cours de laquelle, il était difficile de savoir qui s’occupe de quoi, qui est responsable de quoi tant les personnes interpellées avaient la facilité de renvoyer la responsabilité à d’autres qu’elles. Dans la même lancée, le programme des rencontres et autres activités étaient refaits toutes les minutes et selon les dispositions des uns et des autres. Un rythme plutôt difficile à suivre.
De fait, malgré le succès populaire incontestable de cette édition du Fenac et la qualité des artistes invités qui, chaque soir, offraient des spectacles de grande envergure à un public aussi nombreux qu’enthousiaste, au soir du 23 décembre, on est resté sur sa faim tant les espoirs mis en l’organisation de ce Fenac ont été difficiles à réaliser. L’adhésion populaire et une participation remarquable d’artistes venus de divers horizons sont le plus apporté à cette 7ème édition du festival national des arts et de la Culture.

Dorine Ekwè, mutations

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