Le groupe mythique de bikutsi vient de sortir une nouvelle galette.
La bande à Jean Marie Ahanda est de retour. Après plus d’une décennie de silence et de crises internes multiples, le mythique groupe de bikutsi vient de commettre un nouvel album. « Burnt Heads » comme le nomme la pochette est un single, avec une version longue, une version courte, et une version instrumentale. « Les gens vont s’étonner que pour ce disque, nous n’ayons pensé qu’à faire une seule chanson. Nous voulions offrir au public un travail de qualité à moindre coup. Vous savez avec la piraterie, il faut apprendre chez nous à se défendre soi même », explique Jean Marie Ahanda, le leader des Têtes Brûlées. Cette galette est le fruit d’un travail de deux ans environ à New York, lors d’une tournée du groupe au pays de l’Oncle Sam. Le chant est conduit de bout en bout par Tino Baroza, l’un des guitaristes solos les plus talentueux du Cameroun.
Dans sa voix saisissante transpire ce désir de lévitation et d’évasion vers un monde vide de rancœur et de laideur. Un monde riche de quiétude et de béatitude. Un monde de toute beauté. En écoutant cet album, on est en fait loin de la grossièreté langagière du chant qui a envahi ces dernières années l’univers musical du bikutsi. Loin aussi de ces compositions sorties des ordinateurs et autres boites à musiques. Les Têtes Brûlées dont le nouvel album a été magistralement arrangé par le basiste Francis Mbappe (à ne pas confondre avec l’autre basiste Etienne Mbappe), ont remis l’acoustique dans l’originalité du son, comme savaient le faire des légendes du bikutsi telles que feux Messi Martin, Salla Bekono, et autres Fam Zengue et Ebogo Emérant. Ceux qui préfèrent le prosaïque ambiant, dans lequelle le sexe est roi, n’y trouveront pas leur compte. Mais « Burnts Heads » ne s’adresse pas eux.
« Essingan »
Dans la galaxie du bikutsi, Les Têtes Brûlées tiennent une place à part. Au milieu des années 80, alors que le ce rythme battait de l’aile face au makossa des artistes tels que Ben Decca, Grâce Decca, feu Hoïgen Ekwalla et autres Guy Lobe et bien naturellement des orfèvres que sont Dina Bell, Toto Guillaume et Alhadji Touré, c’est la bande à Jean Marie Ahanda qui en premier est venue sauver l’honneur des peuples de la forêt équatoriale. C’était l’époque de la chanson fétiche « Essingan ». Avec notamment des hommes comme Epémé Théodore dit Zanzibar, Atebass, Afata, et autres. La rythmique de cet album célébré par les critiques musicaux de tous les horizons, doublée d’une présence scénique déroutante, a fait entrer Les Têtes Brûlées dans le cercle très fermé des références du bikutsi, et même de ce qu’on appelle aujourd’hui dans l’univers du showbiz international « Musiques du monde ».
Avec l’album « Essingan », Jean Marie Ahanda et ses amis, après avoir conquis le triangle national, vont à l’assaut d’autres cieux. Que ce soit en Europe, en Amérique ou en Asie, Les Têtes Brûlées captivent les mélomanes par l’originalité de leur musique. Ils sont des alchimistes de la création, des oracles, et des instigateurs du rêve individuel et collectif, dans ce voyage imaginaire, juste le temps d’un show. La mort de Zanzibar en 1987, l’un des piliers du groupe alors en maturité, les fragilisent. Mais comme un phénix, Les Têtes Brûlées ont su rebondir, en dépit de multiples crises et embrouilles qui, jusqu’à une date très récente encore, auraient pu anéantir cette formation musicale de manière patente.
La sortie de leur dernier album est porteuse d’un symbole déterminant. Pendant longtemps, le public a dansé l’album « Essingan ». De nos jours encore, ce disque fait inéluctablement partie des classiques qu’on ne cessera de savourer avec plaisir. Pendant longtemps aussi, Les Têtes Brûlées restent l’un des rares groupes musicaux camerounais dans le domaine des arts vivants basé au Cameroun, l’agenda de spectacles affiche près de 100 rendez-vous annuels.
Par Jean François CHANNON, Le Messager











