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Nguon 2008 : Le Sultan devant le tribunal traditionnel

Après s’être prononcé sur sa gestion, Ibrahim Mbombo Njoya a annoncé l’ouverture prochaine d’un Institut des beaux arts à Foumban.

Le bélier qui traînait jusque-là, entre les mains des protecteurs du ministre traditionnel de la justice près la cour royale bamoun, a fini par être immolé. Son sang est répandu à quelques endroits de la place des fêtes du sultanat à Foumban pour, dit-on, purifier le royaume. Le geste est aussi bref que symbolique. Le sultan Ibrahim Mbombo Njoya, 19e de la dynastie fondée en 1394 par Nchare Yen, peut dès lors se frotter les mains. Il vient de réussir, ce 29 novembre 2008, l’une des étapes les plus importantes du Nguon, la plus grande manifestation culturelle chez les Bamoun qui s’est célébrée du 28 au 30 novembre derniers à Foumban.

Après cette cérémonie, des coups de fusil traditionnel retentissent. Le peuple se réjouit d’avoir exprimé librement ses opinions à travers ses mandataires, les Fonanguo. Ils l’ont fait en dix points, afin d’interroger le sultan sur sa gestion au cours de deux dernières années. Entre autres, les doléances des messagers ont porté sur divers points, dont le statut de région que réclame ce département, la faiblesse de la production agricole, le marchandage autour du titre nobiliaire de Nji. Ou encore l’usage abusif du nom du sultan dans des transactions indécentes. Entre-temps, le ministre traditionnel de la justice, Mama Njiemoun, par ailleurs avocat général près la Cour suprême, a levé l’immunité du sultan, en plantant deux lances (mâle et femelle). Ce qui oblige Ibrahim Mbombo Njoya à se mettre debout tout au long de l’audience.

Le peuple a parlé. Et il revient au sultan de réagir : ” Je suis satisfait que les vÅ“ux présentés en 2006 par les mandataires du peuple aient été exhaussés dans une large mesure. Des actions concrètes ont été menées en vue, entre autres, d’améliorer les conditions de vie des populations, grâce aux efforts inlassables des pouvoirs publics”, soutient le sultan des bamoun. Il ajoute : ” A cet égard, nous pouvons nous réjouir du démarrage du projet du Mont Mbapit pour la mise en place des structures agricoles, des infrastructures sanitaires et scolaires, et des voies de communication. Il en est de même du lancement des travaux de bitumage de 15km de route dans la ville de Foumban. Nous saluons l’ouverture prochaine de l’Institut des beaux arts à Foumban “.

Le parterre des invités se régale d’avoir vécu une partie alléchante de la 542e édition du Nguon, la 9e depuis l’accession de Mbombo Njoya sur le trône en 1992 et placée sous le thème : “Peuple bamoun, taisons nos divergences et bâtissons notre terroir”.
La veille, le ministre de la Culture , Ama Tutu Muna, sous son manteau de représentante personnelle du président de la République , a reconnu la richesse et la vivacité d’une culture séculaire : “Le peuple bamoun apporte et apportera toujours son savoir-faire culturel au Cameroun “, a-t-elle lancé. A condition, poursuit-elle, qu’il prenne régulièrement conscience de son influence, et qu’il continue à attiser les braises de ce charbon ardent.

Michel Ferdinand, à Foumban, Mutations

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