Regroupés au sein de deux syndicats des transporteurs tchadiens représentés dans l’Adamaoua, ils se disputent ce local qui a toujours servi de bureau à l’un des syndicats qui vient de connaître une démission collective de ses membres.
Les syndicats tchadiens s’exportent depuis quelques années au Cameroun et leur problème avec. La preuve nous a été administrée la semaine dernière à Ngaoundéré au cours d’une rixe qui a mis au devant de la scène deux alliances de défenses des intérêts des transporteurs Tchadiens. Il s’agit du syndicat national des chauffeurs Tchadiens (Snct) et le Syndicat national des conducteurs routiers Tchadiens (Synacort). Depuis le 14 mai 2010, date de la scission du Snct en deux entités autonomes, les membres des différents syndicats se regardent en chien de faïence, se tiennent des propos injurieux et diffamatoires qui débouchent sur des pugilats. Comme ce fut le cas il y a une semaine.
Les faits
Recueilli auprès de plusieurs sources, un nommé Abdallah Dourgué qui se réclame du Snct, serait venu semer la pagaille dans le conteneur, chassant la secrétaire en place. A la fin de son forfait, le sieur aurait fermé ce qui sert depuis quelques temps de bureau au Synacort. Un autre son de cloche révèle cependant que Damane Abdelkarim Damane, secrétaire général du Synacort ne serait pas à l’abri de tous reproches après avoir voulu arracher et casser la plaque du Snct devant le conteneur.
Interpellés par Athanase Mayam, délégué régional de la sûreté nationale de l’Adamaoua descendu sur les lieux, le ton va de nouveau monter entre les membres des deux factions belligérantes accompagné de chaudes empoignades. Bousculé jusqu’à ses derniers retranchements, le gradé de la police va les embarquer via le « sans payer » pour les entendre dans ses services.
Le conteneur qui sème la discorde entre les frères d’Idriss Déby Itno, est la propriété d’un certain Ousman Issaka aujourd’hui rangé dans le camp du Synacort. Cependant, il est depuis des lustres, redevable d’un montant de 600 000 Fcfa auprès d’un tiers appartenant au Snct qui souhaite rentrer dans ses droits. Au parc à camion de Ngaoundéré, l’emplacement où le conteneur a été disposé aurait été attribué au Snct. Il se dit alors que le nœud du problème n’est pas le conteneur en lui-même, mais l’emplacement. Car, après avoir démissionné en masse du Snct pour créer le Synacort, les responsables auraient entrepris une démarche teintée « de malveillance » d’y installer leurs quartiers, toute chose qui a actuellement généré une animosité entre ces fils du Tchad au point de tribaliser le différend. « Ils peuvent prendre leur conteneur et aller ailleurs, c’est pas un problème. Mais la place nous appartient », a fulminé Mahamat Zene Hamid secrétaire général adjoint du Snct. Mais, Damane Abdelkarim Damane, Sg de l’autre bord affirme le contraire. Faute de documents attestant la paternité de cet emplacement à un des syndicats, on ne sait trop à qui donner du crédit.
Tribalismes et mauvaise foi
Des différents recoupements, le différend est plus profond qu’il ne paraît et le problème du conteneur, un trompe l’œil. On évoque ici les luttes de positionnement et de contrôle du « gâteau » du transport des marchandises en transit par les syndicats.
Accordés à certaines sources, tout part des manœuvres dilatoires et des malversations de Damane Abdelkarim Damane, Ousman Issaka et Abderamane Oumar du temps où ils furent dans le Snct. Les trois mousquetaires sont accusés par le bureau actuel du Snct, d’avoir détourné plus de 60 millions de nos francs sur le dos des transporteurs, délit qu’ils auraient commis en prélevant 5 000 Fcfa par voyage aux propriétaires des camions. Le détournement perpétré serait la motivation de leurs départs subreptices du Snct, vomis qu’ils sont depuis l’élection du nouveau bureau exécutif avec à sa tête Hassan Mahamat Hamid.
La création de leur syndicat le 14 mai 2010 à la communauté urbaine de N’djamena est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, une initiative somme toute illégitime car ces derniers n’ont déposé aucune lettre de démission et de plus le syndicat n’est circonscrit uniquement que dans la capitale et à Ngaoundéré, des actions qui ne « vise que la recherche éhontée d’avoir la main mise sur le secteur du transport des marchandises ».
Pour les mises en cause, les responsables actuels du Snct font dans la diversion. Car disent-ils depuis quelques années, la tribu Zakawa auquel le président Idriss Déby Itno appartient, veut s’arroger tous les postes de pouvoir et se livre aux excentricités dont les excroissances ont atteint le Snct. Le président actuel du Snct, Hassan Mahamat Hamid, un Zakawa « n’a jamais été élu par un suffrage mais imposé aux syndicalistes », selon Damane Abdelkarim Damane, arabe du chari Baguirmi.
De la lettre collective de démission qu’il a présenté et qui aurait été déposée à leur syndicat mère à savoir l’Union des syndicats du Tchad (Ust), on a noté que ses compères et lui ont quitté le navire parce qu’ils désapprouvent la manière avec laquelle le bureau exécutif actuel a été porté au sommet. On peut y lire qu’« une seule personne s’est accaparé tous les pouvoirs d’un syndicat, embrigadant les chauffeurs à qui doivent profiter le syndicat, une situation incompatible avec les statuts et règlements en vigueur à la Snct… Un président autoproclamé et désigné sans congrès, lequel se fait assister par des individus qui n’ont rien à voir avec la Snct …»
Les insurgés ne reconnaissent d’ailleurs pas le Snct actuel qu’ils déclarent avoir été corrompu. Des documents en possession démontrent que le Snct actuel n’est pas celui qu’ils ont adhéré, le récépissé de création n° 259/PCB/SAFD/97 signé du préfet du Chari Baguirmi M. Baroungar ayant été charcuté en 09/PR/PM/MISP/DGGCNDJ/SG/CAB/2010 pour permettre au bureau en place d’arriver à ses fins. Les séditieux mettent en avant la solidarité entre Zakawa et c’est ce motif qui accable le chef d’agence adjoint de la représentation de l’Adamaoua du Bureau national du fret Tchadien (Bnf) accusé de prendre le parti de « ses frères » à savoir ceux du Snct, organisation trentenaire. Pour les membres du Synacort, le Bnf n’est pas un syndicat et ne peut choisir et parler au nom des syndicats.
Faux ! A-t-on rétorqué de ce côté, ils ne prendront jamais parti car l’Etat Tchadien ne reconnaît aucun syndicat hors de ses frontières. M. Aid, l’adjoint du responsable du Bnf à Ngaoundéré se prononçant sur la situation devenue complexe, a dit que le Bnf est le seul interlocuteur du gouvernement camerounais en matière de transport de marchandises en transit. A ce titre pour assurer la continuité du transport du fret, le Bnf va désormais intervenir sur le corridor protégé par la convention qui lie le Cameroun et le Tchad pour les intérêts des transporteurs, également en cas de tracasserie.
Convoqués le 17 août 2010 dans les services du gouverneur, les responsables des deux syndicats ont essuyé après une dizaine de minutes de conclave, la décision ferme de Enow Abrams Egbe de cesser jusqu’à nouvel avis toutes activités sur son territoire de commandement, ceci dans les fins de préserver la paix et l’ordre public.
Eric NGUELE











