L’information, portée par le communiqué final sanctionnant les travaux n’est pas passée inaperçue. Des détournements (ou la mal gouvernance, c’est selon) que le langage diplomatique utilisé dans cette circonstance appelle pudiquement « dysfonctionnements » ont encore cours à la BEAC ! « Après la nomination du nouveau gouverneur, la conférence (des chefs d’Etat) a constaté la persistance des dysfonctionnements au sein de l’institution d’émission (Banque des Etats de l’Afrique centrale, BEAC, Ndlr) », indique en effet un communiqué sanctionnant les travaux de la session extraordinaire des présidents. Quel est l’état des lieux ? Le communiqué ne le mentionne pas. Mais la situation est d’autant sérieuse que les six chefs d’Etat ont décidé de prendre immédiatement des décisions énergiques pour juguler le mal. Notamment en prenant des «mesures individuelles pour sauvegarder le bon fonctionnement [de l’institution] ». Le Congolais Daniel Ngassiki a ainsi été nommé secrétaire général de la BEAC. Cette nomination vient à la suite de celle de L’Equato-guinéen Lucas Abaga Nchama lors de la conférence de Bangui par la conférence des chefs d’Etats, en remplacement de Philibert Andzembé.
Le Gabonais payait ainsi les frais d’un scandale qui a secoué la banque et qui faisait état du détournement d’environ 16 milliards Fcfa au bureau extérieur de Paris entre 2004 et 2009. Lors de l’ouverture du sommet, le président congolais Denis Sassou Nguesso a à cet effet estimé comme pour souligner l’intérêt des dirigeants de la CEMAC, que « la BEAC, considérée comme poumon et souffle économique monétaire, a connu des soubresauts, des tribulations qui l’ont fragilisée et discréditée ». Raison pour laquelle il a plaidé pour des actions énergiques pour endiguer le mal au sein de l’institution monétaire. «Aujourd’hui, nous devons aller plus loin dans notre volonté partagée d’assainir le climat général au sein de la BEAC pour que notre effort collectif ne soit pas compromis», a-t-il proposé. Tout semble indiquer qu’il a convaincu ses pairs. Car, outre la nomination d’un nouveau secrétaire général de la BEAC, la conférence des chefs d’Etats a également décidé « de l’uniformisation de la durée des mandats à cinq ans (à la tête des institutions sous-régionales) à l’exception de la BEAC », indique le communiqué final. Ces mesures suffiront-elles à mieux encadrer la gouvernance, au-delà de la BEAC, aux autres instances sous-régionales ?
Les dossiers coincent
La question de la Béac n’était pas la seule à l’ordre du jour des chefs d’Etats. Le passeport CEMAC, la compagnie aérienne Air CEMAC et le bilan à mi-parcours des décisions prises lors du sommet de Bangui. Ces sujets ont également retenu l’attention des six chefs d’Etat de la Communauté économique de l’Afrique centrale lors du sommet qui s’est déroulé hier à Brazzaville au Congo. Que peut-on retenir de concret de cette réunion concernant le processus d’intégration sou-régional ? Très peu de choses en réalité, dans la mesure où les choses ne semblent pas vraiment avoir avancé de façon significative, chaque chef d’Etat donnant l’impression de tenir plus à sa souveraineté nationale respective qu’à donner un vrai coup d’accélérateur au processus d’intégration clamé dans les discours. Le sommet de Brazzaville n’a pas dérogé à cette vieille habitude qui vaut à l’Afrique centrale la dernière place du continent.
Des discours et de bonnes intentions. Toujours. Concernant le passeport Cémac dont l’entrée en vigueur a été plusieurs fois reportée –la dernière parlait d’avril 2010 !- les présidents veulent prendre leur temps. « Il faut prendre des mesures de sauvegarde. Il ne faudrait pas que les criminels profitent de ce passeport », tente de justifier Denis Sassou Nguesso. Ce qui n’empêche pas le président congolais de saluer la mise en place en avril dernier à Malabo en Guinée équatoriale du parlement communautaire qui devrait selon lui «promouvoir l’intégration et le dialogue entre les peuples, la démocratie participative, l’Etat de droit, les libertés et les droits fondamentaux en Afrique centrale ». L’autre sujet non moins important avait trait à la mise sur pied de la compagnie communautaire Air Cémac. Au terme des travaux d’hier, la visibilité reste incertaine. Certes, l’on sait désormais que Brazzaville va abriter son siège. Pour le reste, « le processus de sa création évolue, notamment avec le contact pris avec le partenaire stratégique South african airways (qui remplace Royal air Maroc) », affirme le président de la Commission de la CEMAC, Antoine Ntsimi pour qui «des efforts réitérés et persévérants sont à la mesure de notre volonté affirmée de construire en Afrique centrale une communauté forte, viable et solidaire».
Par frederic.boungou | Le Messager











