La récente perte sèche de 16,4 milliards masque l’activité de placement des avoirs en devises, source première de revenus de la Banque et de son compte d’exploitation.
En attendant les résultats de l’audit spécifique sur les opérations de placement de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC), la presse a désormais une idée un peu plus précise sur cette pratique que d’aucuns assimilent à une partie de poker. En effet, vendredi dernier à Yaoundé, les responsables de l’institut d’émission ont saisi l’occasion de la conférence de presse du gouverneur de la BEAC, Philibert Andzembe, pour remettre aux journalistes un dossier de presse sur la situation des placements de la Banque de 2006 à 2008. Un point exhaustif est fait sur le cas particulier du placement de 500 millions d’euros, soit environ 328 milliards de F CFA, effectué par la BEAC auprès de la Société Générale de Paris.
Riche en informations, la documentation y relative fait découvrir que l’opération en elle-même n’a rien d’illégal. Certes, les statuts de la BEAC limitent, en leur article 11, les types d’instruments de placements à travers lesquels la salle des marchés intervient sur les marchés financiers. Mais, ce même article 11 précise que « les réserves détenues hors compte d’Opérations peuvent être placées en gestion déléguée ».
Bon à savoir, en ce qui concerne la gestion des réserves non placées dans le Compte d’Opérations, la salle des marchés de la BEAC, depuis 2001, est montée progressivement en puissance, et ses interventions portent aujourd’hui sur près de 30% des réserves de change des six Etats membres de la CEMAC, contre 6% en 2006. Mais on sait que le 30 janvier 2009 à Libreville, les chefs d’Etat de la CEMAC, lors de leur Conférence extraordinaire, ont décidé de suspendre à titre de mesure conservatoire, toute pratique de placement jusqu’à nouvel ordre. Avant, les données-clés des placements de la Banque pour la période 2006-2008 révèlent pourtant que l’activité de placement des avoirs en devises est devenue largement la source première de revenus de la BEAC et de son équilibre d’exploitation.
Les chiffres le montrent. En effet, les réserves de change de la BEAC sont passées de 4 592 milliards de F CFA pendant l’exercice 2006, à 7 482 milliards de F CFA (provisoire) pendant l’exercice 2008. Ces montants comprennent les avoirs du compte d’opérations et ceux gérés par la salle des marchés. La moyenne des réserves gérées par cette dernière est passée de 219 milliards de F CFA pendant l’exercice 2006, à 1 769 milliards durant l’exercice 2008. Quant aux produits nets générés par le placement de ces avoirs, ils se déclinent comme suit : exercice 2006 : 6 milliards de F CFA ; exercice 2007 : 38 milliards de F CFA; exercice 2008 : 57 milliards de F CFA.
Désaccords
Quant au placement à la Société Générale, il faut retenir que le Comité de stratégie, après examen, avait autorisé le gouverneur de la BEAC, son président à signer un contrat de dépôt à terme relatif à une offre présentée par la Société Générale Paris, pour un montant de 328 milliards de F CFA, et une maturité de trois mois renouvelable, valable pour cinq ans. Par la suite, lit-on dans le dossier de presse, « il s’est avéré que le produit contracté, géré par ailleurs avec opacité par la Société Générale, n’était pas totalement conforme aux prescriptions des statuts de la Banque, et la décision d’en sortir a été prise le 29 avril 2008, confirmée le 1er octobre de la même année, avec effet au 28 décembre 2008, afin d’éviter le paiement d’importantes pénalités contractuelles ».
Entre-temps, apprend-on, la valeur de marché de dépôt, qui dégageait encore une plus-value substantielle jusqu’au mois de juillet, s’est fortement dégradée au second semestre, avec l’effondrement généralisé des valeurs boursières sur les grandes places internationales. Selon la BEAC, à la sortie du dépôt à la date du 28 décembre 2008, la valorisation du marché communiquée par la Société Générale, à 475 millions d’euros, se traduisait donc pour la Banque centrale par une perte comptable sèche de 25 millions d’euros, soit 16,4 milliards de F CFA. A la BEAC, on soutient que « les organes de décision et de contrôle de la Banque ont été tenus informés en toute transparence de l’évolution de ce dépôt à terme, dès la confirmation de désaccords profonds avec la Société Générale sur ce produit ». Le cap est aujourd’hui mis sur la réforme en vue d’une gestion moderne et efficace des avoirs en devises de la communauté.
Rousseau-Joël Foute











