Une mission indépendante d’évaluation des actions du Fmi au Cameroun a séjourné du 23 au 26 mars 2009 à Yaoundé. Conduite par Joanne Salop, elle a rencontré plusieurs acteurs économiques, des membres du gouvernement et de la société civile. A l’issue des travaux avec cette mission, Le Jour a rencontré certains acteurs de la société civile parmi lesquelles des responsables d’Ong, des syndicalistes ou encore des économistes qui font le bilan de l’action du Fmi au Cameroun.
Pourquoi exigez-vous le départ du Fmi du Cameroun et que préconisez-vous comme alternative ?
Christine Andela, représentant le Collectif des Ong pour la sécurité alimentaire et le développement rural (Cosader) : « Le Fmi véhicule une image erronée de l’Afrique »
Le Fmi est très mal perçu par la population camerounaise. Actuellement, les jeunes font face à la pauvreté ambiante et au chômage. Cette remarque a été faite par tous les collègues présents aux travaux du 23 mars. Les privatisations ont contribué à jeter dans la rue des milliers de personnes. Les femmes ont été les plus touchées. Nous savons que le Fmi travaille avec les pays pour aider ces derniers à rembourser leurs dettes. Mais, la perception que nous avons est que le Fmi ne réfléchit pas de la même manière, selon qu’il s’agisse des pays du Nord ou des pays du Sud. Il fait main basse sur nos systèmes financiers et même politiques, pour nous obliger à rembourser cette dette, ce qui n’est pas demandé aux pays occidentaux. Le Fmi n’a jamais encouragé la réflexion sur la nature de cette dette alors que le monde entier s’agite pour dire qu’il y a des dettes et qu’il y a une responsabilité mutuelle du Nord et du Sud.
Celle du Nord n’est jamais mise en exergue par le Fmi. Avec l’avènement de la crise financière, c’est l’échec du système libéral, l’échec de cette doctrine qui voudrait que toute l’économie soit régulée par un seul marché. Face à cet échec, les grands blocs ont donné mandat au Fmi d’être leader de la réflexion sur une éventuelle sortie de crise. Nous n’avons pas de raison d’être optimistes. Le Fmi véhicule une image erronée de l’Afrique. Il laisse croire que nos systèmes bancaires et financiers sont des systèmes totalement déconnectés qui n’ont aucune emprise sur les instruments de financements de leur propre économie.
Alternative : Tout dépend de la capacité des pays du Sud à faire bloc. Nous devons multiplier les réunions et converger les intelligences. Depuis le début de la crise financière internationale, par exemple, combien de réunions les pays du Nord ont tenues ensemble ? Combien de conseils ministériels, de mobilisation médiatique et de ressources humaines ? Combien de réunions avons-nous eues ici ? Les hommes politiques, les parlementaires et autres intellectuels doivent se mettre ensemble, si non, nous n’allons rien tirer du Fmi.
Sylvanus Binla, représentant de l’Ong Dynamique citoyenne : « Le Fmi doit-il demeurer éternellement dans un pays ? »
Comment pouvons-nous évaluer des gens qui ne traitent qu’avec le gouvernement ? Si nous sommes davantage impliqués, nous apporterons notre part de contribution sur la question du plan d’ajustement structurel et de la privatisation.
La question que nous nous posons est celle de savoir : est-ce que le Fmi doit demeurer éternellement dans un pays ? Ou bien, il doit apporter son expertise à un pays au plan financier ?
L’autre question que je pose est: est-ce que le Fmi est présent dans tous les pays du monde ? La réponse est non. Est-ce que le Cameroun est plus endetté que les pays occidentaux ? Je ne pense pas. La dette du Cameroun est de 12%. Pourtant la France et les Etats-Unis sont à 70% de dette. Pourquoi est-ce que le Fmi propose aux pays africains des programmes d’ajustement vaseux ? Tous leurs plans ont échoué. Où sont passées les actions en faveur de la lutte contre la pauvreté ? Tout se passe comme si les pays africains sont des cobayes sur lesquels ont peut faire tous genres de tests. Après 20 ans de collaboration, le taux de pauvreté est passé de 50 à 49%.
Alternative : Si le Fmi veut vraiment aider les pays africains à sortir de la pauvreté, il ne doit pas nous imposer des politiques économiques. Nous devons tous nous asseoir autour de la table des discussions. Il faut impliquer tous les acteurs : gouvernement, syndicats, société civile… Aujourd’hui par exemple, ils sont en train de discuter de l’avenir économique du monde au sein du G20. Malheureusement, les Africains n’y sont pas présents.
Stéphane Nguessi, comptable : « Le Fmi est capitaliste »
Le Fonds Monétaire international (Fmi), a de bonnes actions pour les pays africains. Le seul problème est que tous les fonds qu’elle alloue pour développer les pays d’Afrique sont détournés par les dirigeants des pays d’Afrique. Tous les fonds de l’initiative « pays pauvres très endettés » ont été reversés au Cameroun, mais les dirigeants tardent à les utiliser. Certains responsables de l’Etat utilisent cet argent pour le financement de leurs projets personnels, d’autres créent des GIC que gèrent leurs frères et sœurs. On compte à peine 30% des projets au Cameroun qui ont été financés par le Fmi, pourtant l’argent qu’elle a alloué est déjà dispatché. C’est également vrai que le Fmi est capitaliste, mais les dirigeants des pays d’Afrique doivent bien gérer les prêts qu’elle offre même s’ils vont coûter cher plus tard au pays. Cyrano Tchekouo, fiscaliste : « L’action du Fmi au Cameroun a été calamiteuse »
Normalement, une fois que les pays africains avaient acquis leur indépendance, les institutions financières comme le Fmi ne devaient plus intervenir dans la gestion des affaires du Cameroun. Pour preuve, la gestion du Fmi a été calamiteuse car toutes les actions du plan d’ajustement structurel ont échoué. Un échec qui a entraîné d’ailleurs la privatisation de toutes les entreprises du Cameroun, surtout les plus stratégiques. Des entreprises qui faisaient le bonheur du Cameroun et qui aujourd’hui ont entraîné, du fait de la privatisation, le Cameroun vers un gouffre. Le Fmi n’a pas sa raison d’être au Cameroun.
Tout d’abord, il faut relever que l’action du Fmi n’est pas encore perceptible au niveau de la population parce que cette population ne comprend pas encore l’ensemble des mécanismes mis sur pied par cette institution financière pour le développement de notre pays. Prenons par exemple le cas de l’Initiative pays pauvres et très endettés (Ippte). La population a cru à un moment donné qu’au bout de la mise en place de cette initiative, le niveau de vie serait élevé en ce qui concerne le pouvoir d’achat et consort. Malheureusement, à la fin on se heurte à ces multiples crises financières, qui aujourd’hui, remettent en cause les grands agrégats que le Fmi met en place pour aider les pays pauvres. Les actions du Fmi ne sont perceptibles que dans les grands bureaux administratifs. Ces actions tardent à porter des fruits dans la vie quotidienne du jeune planteur,médecin et autres.
Louis Marie Monkam, déclarant de Douanes : « Toutes les entreprises sont privatisées »
Les fonds d’aide que le Fmi octroie aux pays d’Afrique ne les aident en rien. D’un, c’est cette institution qui fixe tous les plafonds, les commissions et tout l’argent rentre dans leur caisse. Toutes les entreprises sont privatisées et ce sont les étrangers qui possèdent encore toutes les grosses actions. Après, c’est encore cette institution qui vient réclamer le payement des prêts, pourtant ce sont les camerounais qui ont subi les affres des programmes qu’il élabore avec le paiement des taxes qui sont énormes.
Eric Nana Njassap, assureur Conseil : « La gestion du Fmi est une autre forme de colonisation »
La gestion du Fmi est une autre forme de colonisation des pays du sud par ceux du nord. Les dirigeants africains passent du temps à faire confiance à cette institution financière alors qu’elle se comporte exactement comme un colon. Moi, je n’arrive toujours pas à comprendre que pour gérer notre pays on ait encore besoin des blancs, pourtant on a de la matière grise sur place. Si après les indépendances on continue de compter sur les blancs, on peut se poser la question de savoir à quoi servent tous les enseignements que les jeunes du pays reçoivent à l’université si on n’arrive pas à les mettre à la disposition de notre pays. Nous mêmes nous pouvons gérer notre pays et nous passer du Fmi. D’ailleurs, le Fmi est encore une manière pour les européens de nous asservir. Tous les programmes que le Fmi met en place pour développer le Cameroun sont toujours remis en question et n’arrivent toujours pas à avoir les effets positifs sur la population. Le Fmi ne nous sert à rien.
Jean Jacques Batchou, qualiticien : « Le Fmi n’est que le Fond de misère international pour l’Afrique »
La gestion du Fmi est une autre forme de colonisation des pays du sud par ceux du nord. Les dirigeants africains passent du temps à faire confiance à cette institution financière alors qu’elle se comporte exactement comme un colon. Moi, je n’arrive toujours pas à comprendre que pour gérer notre pays on ait encore besoin des blancs, pourtant on a de la matière grise sur place. Si après les indépendances on continue de compter sur les blancs, on peut se poser la question de savoir à quoi servent tous les enseignements que les jeunes du pays reçoivent à l’université si on n’arrive pas à les mettre à la disposition de notre pays. Nous mêmes nous pouvons gérer notre pays et nous passer du Fmi. D’ailleurs, le Fmi est encore une manière pour les européens de nous asservir. Tous les programmes que le Fmi met en place pour développer le Cameroun sont toujours remis en question et n’arrivent toujours pas à avoir les effets positifs sur la population. Le Fmi ne nous sert à rien.
Charles Ateba Eyene, président du club éthique : « Le Fmi n’a plus de place au Cameroun »
Techniquement, le Fmi n’a plus de place au Cameroun. Depuis 22 ans, nous n’avons progressé que d’un seul point. Ils ne sont pas utiles à notre pays. Il faut leur dire la vérité. Tout ce qu’ils ont proposé pour le Cameroun a été un échec. On a vécu, ces derniers temps, des détournements de deniers publics. Le Fmi était présent. Le bilan des privatisations, du plan d’ajustement structurel et de réduction de la pauvreté est nul. Tout ceci pour la simple raison que c’est à partir de Washington que tout est piloté. Ils prennent des décisions concernant notre pays, notre vie, notre avenir, à partir des Etats-Unis. C’est une organisation qui travaille pour nous empêcher d’avancer. Est-ce que le Fmi est présent dans tous les pays du monde ? Pourquoi est-ce qu’ils s’entêtent à rester au Cameroun, alors que nous n’avons plus besoin d’eux ? Nous n’avons pas de cadre à signer avec lui. Ils prennent des décisions qui ne sont pas adaptables ni praticables à nos réalités. Si le Fmi s’entête à rester au Cameroun, nous prendrons des dispositions pour que ces gens se sentent mal à l’aise ici. Nous voulons qu’ils sachent que nous n’avons plus besoin d’eux. La dette du Cameroun est de 12%, contrairement aux autres pays occidentaux, notamment la France et les Etats-Unis dont la dette avoisine 70%. Qu’est-ce que le Cameroun fait au Fmi ?
Alternative : S’il aime le Cameroun, il faut que le Fmi quitte notre pays.
André Marie Afouba, Ong Canadel : « La responsabilité revient au Cameroun de faire ce qu’il veut »
C’est nous qui sommes allés vers le Fmi. Alors, quelle est notre propre maîtrise de nos politiques ? Comment voyons-nous l’avenir de notre pays ? Et comment est-ce que nous travaillons à ce que le Fmi respecte notre propre point de vue ? Là -dessus, je n’ai pas vu des gens s’émouvoir pour défendre la position du Cameroun face au Fmi.
Si je m’en tiens aux propos des collègues de la société civile, le Fmi doit faire ses valises. D’accord. Mais, le Cameroun ne peut pas demander à cette institution d’avoir une position alors qu’il ne sait pas sur quel pied danser. Depuis que les occidentaux organisent des débats, des sortes de replis stratégiques pour garder la tête hors de l’eau face à la crise financière, quelle est la position du Cameroun et des autres pays d’Afrique ? La responsabilité revient au Cameroun de faire ce qu’il veut.
Alternative : Le Fmi a permis à certains pays de stabiliser leurs finances publiques, ça c’est connu. Est-ce que nous avons produit des richesses à partir de ce que nous avons récolté du Fmi ? Est-ce que nous avons suffisamment travaillé avant de répartir ces richesses? Voilà le point central sur lequel nous devons nous arrêter. Est-ce que les privatisations ont été le meilleur choix pour notre économie ? Nous constatons simplement que les compagnies sont privatisées, les autres viennent et les gèrent et envahissent notre patrimoine. Comment devons-nous faire pour avoir de l’argent, créer des emplois et augmenter la consommation ? Voilà le vrai débat.
Pauline Biyong, présidente de la Ligue pour l’éducation des femmes et des enfants au Cameroun : « Les choses doivent changer. Il nous faut des mutations »
Le Fonds monétaire international a été créé après la deuxième guerre mondiale. La plupart des pays africains n’étaient pas encore indépendants. Plus de 50 ans après, est-ce que ces relations doivent rester sous le même prisme ? Je dis que les choses doivent changer. Il nous faut des mutations. Aujourd’hui, nous vivons une crise économique comparable à celle de 1929. Nous avons besoin de nouveaux partenariats avec les institutions de Bretton Woods. Parce que nous pensons qu’il est temps pour l’Afrique en général et le Cameroun en particulier de prendre des décisions intelligentes.
Alternative : le Cameroun doit cesser de subir des programmes d’ajustement structurel commandés depuis l’Occident, et les Africains doivent réclamer plus de place au sein de cette institution
Irène Gaouda et Christelle Kouétcha (Stagiaire) Le Jour












les Responsables africains et singulièrement les Responsables camerounais,ne veulent pas prendre leur responsabilité de conduire l’économie du cameroun vers la prospérité,avec tout le potentiel humain,et materiel(ressources,naturelles)que dispose le cameroun: à cela il y a 4 raisons
1e/les responsables aux affaires sont des fonctionnaires sortis de l’ENAM,qui n’ont aucun sens de l’honneur ni du sacrifice
2e/Ces fonctionnaires ne sont pas pour la plupart formés,ni qualifiés sur les domaines pour lesquels ils sont appellés à exercer leur compétence et leur autorité
3e/Ces fonctionnaires sont paresseux,corrompus,égoïste,incapable de faire appel au secteur privé pour étudier les solutions à mettre en place pour la bonne marche du cameroun
4e/la plupart de ces fonctionnaires sont des complices des puissances et des institutions occidentales,dans le pillage des ressources du cameroun et l’asservicement du peuple camerounais
Ces dans l’ensemble les raisons pour lesquelles ces responsables continuent à croire que sans le FMI le cameroun ne peut rien faire.
C’est tout de même assez surprenant quelques mois après que le document sur les perspectives économiques du cameroun soit sorti,tous les camerounais étaient content d’apprendre qu’enfin les camerounais prenaient leur destin en main.D’où vient il que quelques mois après on nous dise que le FMI revient.Quelle malchance.
Nous devons tous faire les sacrifices pour les générations futures,jetons nous à l’eau et essayons nous même de conduire notre programme économique.Si cette situation est expliquée au peuple celui ci est prêt à de nouveau sacrifices,sinon,dans les prochaines années les mouvements sociaux seront plus rudes que ceux de février 2008
c’est de la mauvaise foi de dire que le fmi se maintient de lui meme au cameroun monsieur charles ateba