Porte d’entrée du Cameroun et de certains pays sans littoral de la zone Cémac, le Port de Douala est une plaque tournante et un milieu d’expression de la fraude, de la contrebande et de la contrefaçon dans ses multiples formes. Cette desserte naturelle qui s’ouvre au monde permet au Port de Douala de jouer un rôle majeur dans l’économie des pays de la sous région et de devenir malheureusement le creuset de certains trafics notamment celui des stupéfiants.
La corruption rampante et omniprésente ne trouve sa justification qu’à travers l’existence des réseaux de fraude et de contrebande qui implique la participation active de certains opérateurs économiques, parfois au dessus de tout soupçon, de certains représentants de l’administration et de quelques transitaires véreux. Ce phénomène continuera à faire des ravages considérables tant que les pouvoirs publics ne mettront pas en place des mesures ou des sanctions dissuasives.
A Douala, la contrefaçon et la contrebande consistent en la manipulation des stocks de biens ou de marchandises qu’on retrouve dans les circuits de distribution et dans les marchés. Ainsi que le marché camerounais est inondé de produits contrefaits entrés généralement dans le territoire national par contrebande : pièces détachées automobiles, médicaments, vins et liqueurs, cigarettes, carburants et lubrifiants, appareils électriques, piles électriques, denrées alimentaires,… On remarque ainsi l’irruption, au Port de Douala, du phénomène de ”faux groupage”. Il vient exacerber les cas de fraude et constitue aujourd’hui l’un des circuits les plus utilisés. Il s’agit d’un stratagème savamment monté pour contourner le Programme de sécurisation des recettes douanières (Psrd) mis en place par le gouvernement camerounais.
Concurrence
Le 11 décembre 2002, dans un rapport intermédiaire envoyé au directeur des Douanes, sur le contrôle des conteneurs de groupage, par les inspecteurs de services, envoyés sur le terrain pour contrôler les apurements des marchandises sorties du Port de Douala en conteneurs de groupage, le constat est consternant. Le traitement des conteneurs de groupage, du 1er juillet 1999 au 25 septembre 2002, fait remarquer que 2150 accords ont été donnés pour 2254 conteneurs.
Dans les magasins extérieurs, 2121 conteneurs ont été pris en charge. La mission n’a pas pu établir la prise en charge de 342 conteneurs autorisés tandis que 394 conteneurs non autorisés ont été pris en charge par ces magasins extérieurs.
De même, 374 conteneurs personnalisés n’ont pas par conséquence été traités comme des conteneurs de groupage. Ces nombreux dysfonctionnements impliquent des fraudes importantes.
Les ”faux-transit” sont d’autres formes de fraudes à Douala. Ici, les marchandises, déclarées pour l’exportation, sont reversées frauduleusement sur le territoire national en toute illégalité. Ainsi, 20% du carburant déclaré exporté, donc exonéré, est revendu sur le territoire national. Les marchandises avec les mentions commerciales ”Vente au Tchad”, ou encore ”Vente en Rca” se retrouvent illégalement, sur les marchés camerounais.
Cela créé un manque à gagner important aux recettes douanières du Cameroun, car ces marchandises, qui transitent par le port de Douala, à destination des pays membres de la Cémac, sont sous douanes, c’est-à-dire exemptes de tous droits de douanes. Plus encore, cela favorise une concurrence déloyale.
15 à 20% des cigarettes présentes sur le marché local sont non dédouanées ; trois bouteilles sur cinq des liqueurs importées sont issues de la contrebande. Tout cela fait perdre des centaines de millions au Cameroun.
Germinal n°036, 1er juillet 2009 : J.E.L











