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« Transport des autorités : Comment Augustin Edjoa a défié Ephraïm Inoni Insécurité routière : Punir les délinquants, éveiller les consciences »

Mondialisation : Le Fmi confronté à la concurrence.

Le premier réflexe des Etats en difficulté n’est plus de s’adresser au Fonds monétaire international, mais aux pays émergents riches.

Pendant des semaines, les journaux n’ont parlé que de banques défaillantes et de gouvernements volant à leurs secours. Mais nous sommes entrés dans une nouvelle phase de cette crise : désormais, les pays eux-mêmes sont touchés. On mesure à quel point la situation est inédite en voyant vers qui ils se tournent. Cela constitue également un défi pour ceux qui espèrent que le prochain sommet financier international [le 15 novembre à Washington] donnera naissance à un véritable Bretton Woods II, un nouveau système international reflétant un nouvel ordre financier. [Les accords de Bretton Woods, signés en juillet 1944, ont créé la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (Fmi).]
Des décennies durant les pays en difficulté se sont adressés au Fmi et aux grandes puissances du monde industrialisé pour obtenir les liquidités nécessaires au remboursement de leur dette ou au comblement de leur déficit budgétaire. En général, les fonds étaient alloués sous conditions, conformément aux recommandations dites “du consensus de Washington”, qui privilégiaient la libéralisation des marchés et la responsabilité budgétaire. Aux yeux de beaucoup, ces conditions étaient odieuses. Mais l’argent fait la loi et le résultat était l’illustration classique du pouvoir de persuasion [soft power] exercé par des Etats occidentaux qui défendaient leurs intérêts à la pointe non pas du fusil, mais du stylo servant à signer les chèques.
Mais, lorsque la crise actuelle s’est étendue, le premier réflexe de certains pays a été de demander l’aide de pays émergents dotés des ressources financières nécessaires – et plus accommodants en matière de conditions de prêts. Quand l’Islande a entamé sa descente aux enfers, ses dirigeants, déçus par le peu d’empressement de leurs alliés occidentaux, ont frappé à la porte de la Russie. Même si la lenteur des discussions a fini par amener Reykjavik à accepter un accord sous l’égide du Fmi, ces crédits sont assortis de moins de conditions que ceux octroyés par l’institution dans le passé, signe qu’elle commence à réaliser qu’elle n’est pas le seul recours possible.
Cette tendance est confirmée par le cas du Pakistan. Avec des réserves réduites à moins de 3,4 milliards d’euros, tout juste suffisantes pour payer six semaines d’importations, ce pays politiquement instable se dirigeait tout droit vers une catastrophe économique. Une crise financière mettrait en péril le nouveau gouvernement pro-occidental du président Asif Ali Zardari, déjà fragilisé. Mais les institutions occidentales sont très impopulaires au Pakistan.
Alors, vers qui Islamabad s’est-il tourné ? Zardari s’est rendu à Pékin qui possède les plus importantes réserves su monde. Si les modalités de l’aide chinoise ne sont pas connues, il semblerait qu’elle prendra la forme d’accords commerciaux, de fournitures d’énergie et d’une participation dans un vaste plan de sauvetage international. Les Pakistanais souhaitent compléter cette aide par des fonds venus des Etats producteurs de pétrole du Golfe, qui ont accepté de discuter d’un renflouement concerté par les “amis du Pakistan”, aux côtés de la Chine, des Etats-Unis et d’autres pays. Là aussi, on a par la suite demandé au Fmi d’apporter son concours. Il jouera probablement un rôle dans tout arrangement final, même s’il y a des raisons de croire qu’il va de nouveau adoucir ses conditions habituelles.
L’Islande et le Pakistan ne sont pas des exemples isolés. De nouveaux prêteurs émergent, ce qui donne à penser que le successeur à l’ordre issu de Bretton Woods sera créé par les marchés. Bien avant que n’éclate la crise, les Chinois ont prêté des milliards de dollar à l’Afrique. Dans un communiqué de presse relatif à l’un de ces programmes de financement, ils précisaient qu’ils n’imposaient “aucune condition politique”. De son côté, le président du Venezuela Hugo Chávez a déclenché la colère des Américains quand la Bolivie, l’Argentine, l’Equateur, le Nicaragua, le Honduras et Cuba ont accepté son aide. L’année dernière, il a distribué quatre fois plus d’argent que les Etats-Unis en Amérique du Sud.
Ces crédits sont-ils aussi inconditionnels que le prétendent les prêteurs ? Non, évidemment. Lorsque la Russie a annoncé qu’elle allait prêter de l’argent au Venezuela [pour que ce pays lui achète des armes], Caracas a apporté son soutien aux revendications territoriales de Moscou dans le Caucase. Et la Chine a souvent fait pression sur ses débiteurs pour qu’ils votent conformément à ses intérêts à l’Onu ou qu’ils ne reconnaissent pas Taïwan. Ces nouveaux créanciers accroissent leur influence. Chávez tente de créer une Banque du Sud, de manière à institutionnaliser son programme de prêts. Même si le projet devait être revu à la baisse – avec la chute des cours du pétrole, il sera plus difficile de réunir les fonds prévus -, il annonce l’arrivée d’une vague de structures institutionnelles différentes non dominées par les puissances occidentales. D’autres pays risquant d’être touchés à leur tour par la crise – la Turquie, l’Argentine, l’Ukraine, les Etats baltes et d’autres en Europe de l’Est sont tous dans une situation précaire -, on verra combien d’entre eux emprunteront la voie traditionnelle et combien exploreront d’abord d’autres pistes.
L’ironie du sort fait que les gourous du libéralisme au Fmi et au ministère des Finances américain doivent réapprendre une vieille notion de l’économie de marché : la concurrence. Contrairement à l’époque où d’agressifs prêteurs du secteur privé faisaient superflue, les changements en cours aujourd’hui ont d’importantes implications géopolitiques.
L’équilibre des pouvoirs non coercitifs est en train de basculer. Les dirigeants occidentaux doivent en tirer la leçon : le vieux système est maintenant dépassé. Les puissances qui le dominaient ne se sont pas administré les remèdes qu’elles avaient prescrits aux autres lors des crises financières précédentes. Le nouveau système, quel qu’il soit, devra refléter le nouvel ordre financier en attribuant un rôle plus important aux puissances émergentes. Faute de quoi il sera d’emblée encore plus faible que les institutions qu’il remplacera.

Texte extrait du Financial Times (Londres)
et repris dans Courrier International du
30 octobre au 06 novembre 2008, P.51

Par David ROTHKOPF

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