Il vient de recevoir son exéquatur comme le tout nouveau consul honoraire de l’Inde au Cameroun. Au menu de l’entretien qu’il nous a accordé, la coopération entre l’Inde et le Cameroun. Lisez plutôt.
Dikalo : Qui est Ravikumar Jakiraman ?
Ravikumar Jakiraman : Je suis un homme d’affaires installé au Cameroun depuis presque vingt ans déjà . J’ai un MBA et j’ai débuté ma carrière comme banquier.
Après, j’ai travaillé au ministère du Commerce de l’Inde pendant seize ans Il y a cinq ans que je suis passé à Paris comme conseiller commercial pour développer les relations entre les pays européens et maghrébins. J’ai par la suite quitté le gouvernement pour rejoindre le secteur privé. Aujourd’hui, je dirige une société industrielle et de projets au Cameroun depuis une vingtaine d’années.
D.: Vous êtes le tout premier consul de l’Inde au Cameroun. En quoi consisteront vos fonctions de consul honoraire ?
R.J. : Ecoutez, je remercie tout d’abord le gouvernement camerounais d’avoir accepté l’installation du consulat de l’Inde au Cameroun. Ce sera un premier pas, un grand pas important pour les relations entre les deux pays. Comme toutes les antennes consulaires ou diplomatiques, le travail est essentiellement axé sur deux volets. D’abord, l’intérêt de la communauté indienne au Cameroun pour développer les relations amicales et ensuite la réalisation des projets dans plusieurs secteurs (économique, infrastructurel, culturel, énergetique…) entre les deux pays.
D.: Comment êtes-vous arrivé à la tête de ce consulat ?
R.J. : Ecoutez, c’est une procédure assez longue. Tout d’abord le gouvernement indien signe par l’intermédiaire du président de la République, une lettre de commission expédiée au ministère des Relations Extérieures du pays sollicité .C’est avec beaucoup d’enquêtes que la sollicitation est accordée. Ces étapes s’achèvent avec la signature de l’exéquatur à remettre à l’intéressé.
D.: Abordons la question de la communauté indienne au Cameroun en général et à Douala en particulier. A combien l’évaluez-vous et comment vivait avant votre arrivée ?
R.J. : Ecoutez la communauté indienne vit au Cameroun depuis de longues années. C’est un nombre très important que l’on trouve dans les grandes villes du Cameroun et même dans les autres régions du pays. Ils évoluent dans plusieurs secteurs d’activités. Les supers marchés et autres grands magasins avec un peu de raffinement dans les détails qui sont tenus par les indiens. Certains détiennent des industries dans le domaine de la métallurgie. Ils fabriquent déjà sur place du fer pour la construction ; d’autres font dans l’emballage, tiennent les casinos et les discothèques. Avec la collaboration actuelle, nous sommes entrain de monter une fabrique des produits pharmaceutiques. Les indiens comme vous le constatez s’épanouissent très bien comme chez eux
D.: Maintenant que vous êtes le représentant officiel de la communauté indienne au Cameroun, comment entendez- vous gérer le quotidien de cette communauté surtout celle de Douala ?
R.J. : Ecoutez la communauté indienne a vécu main dans la main avec la communauté camerounaise dans sa façon très amicale. Nous avons déjà trouvé le Cameroun comme un pays de paix et les camerounais très sympathiques. Tout cela va continuer sans gène. L’emploi que la communauté indienne donne déjà aux camerounais va s’accroître avec les nouveaux projets qui vont venir. Je vais promouvoir la confiance afin que cela suscite l’arrivée des investisseurs indiens dans votre pays. Je vais d’ailleurs continuer d’enseigner le management et le marketing dans les instituts appropriés.
D.: Excellence, présentez-nous sommairement la carte postale de l’Inde…
R.J. : C’est une question pour laquelle je dois être brève parce qu’il y a beaucoup de choses à dire. L’Inde est un pays d’un milliard deux cents millions d’habitants. Il est donc immense au niveau de sa population. Il a une multitude de langues, d’ethnies un peu comme au Cameroun. Nous avons vingt deux langues officielles. La langue nationale c’est le Hindi et comme deuxième langue officielle, il y a l’anglais. Ici on parle de l’hindou. 80 % de la population pratique l’hindouisme. On enregistre près de cent cinquante millions de musulmans qui représentent la deuxième plus grande population musulmane dans le monde. Chez nous, les chrétiens sont un peu plus de quatre vingt millions sans compter les autres religions reconnues qui ont leur place.
L’Inde c’est aussi un ensemble de vingt deux régions qui ont les tailles des Etats pour un ensemble de deux mille dialectes. C’est pratiquement une unité dans une diversité, comme le disait le père de l’Inde Mahamat Gandhi. Malgré tout cela, on ne ressent pas à priori cette diversité entre les indiens des quatre coins du pays. L’Inde produit presque mille films par an donc trois par jour. D’ailleurs, quand je suis arrivé ici, j’ai constaté que le premier ambassadeur de l’Inde au Cameroun était le cinéma, tout le monde interprétait les chansons des films hindous.
D.: L’inde et le Cameroun sont deux pays amis depuis 1960. Quelles stratégies allez-vous mettre sur pied pour resserrer et renforcer les liens d’amitiés ?
R.J. : Ce que nous avons de commun c’est déjà la jeunesse de nos deux pays. 60% de notre population a moins de trente ans d’âge. Quand il y a la jeunesse, il y a de l’espoir, et quand il y a espoir, il y a rêve. On doit pouvoir développer un modèle pour soi-même. En 1947, année de notre indépendance, nous avons quatre cent millions d’habitants. Nous étions importateurs et recevons des dons en agriculture. Aujourd’hui, malgré que la population ait triplée, il y a une autosuffisance alimentaire et nous sommes devenus des exportateurs des produits agricoles. C’est donc une expérience que l’on doit partager avec le Cameroun pour l’aider à développer son modèle surtout que votre pays est béni et toutes les semences poussent sans gène. On peut donc substituer l’import par la production locale avec la technologie indienne ; ce qui va donner un coup de pouce dans l’emploi et réduire le chômage. D’ailleurs, on travaille depuis un certain temps dans plusieurs secteurs spécifiques pour avoir des résultats concrets.
Entretien mené par Emmanuel Towa.
Écrit par Journal Dikalo











