Le Port autonome de Douala est une entreprise névralgique dans l’économie camerounaise. Etant considéré comme la porte au cœur de l’Afrique, on comprend dès lors l’appétit que cette structure suscite aussi bien chez les spécialistes de la manutention que chez les autorités du maintien de l’ordre. Le secrétaire général (SG) du Groupement professionnel des aconiers du Cameroun (GPAC) « accuse » les forces du maintien de l’ordre d’être de mèche avec les malfrats que l’on rencontre au port. « Les entrées portuaires sont des passoires. Le même voleur est arrêté 50 fois et relaxé autant de fois », a-t-il soutenu en faveur d’une concertation mardi dernier 16 février avec l’Autorité portuaire nationale (Apn).
Dieudonné Onana dans son laïus, a formellement indexé les forces de l’ordre qui sont à son avis des « facilitateurs » de toutes les exactions commises au sein du port. Cette information a fait les choux gras de plusieurs organes de presse et a ainsi jeté le pavé dans la mare. Suite aux accusations aussi notoires et par rapport à l’envergure et la sensibilité de l’activité portuaire, Le Messager a voulu en savoir plus. Curieusement au Gpac, toutes les tentatives visant à rencontrer le Sg ou une personnalité ressource de l’entreprise, sont restées lettre morte. Si le GPAC est aussi sur de ses allégations, pourquoi fuir les média ? Si le groupement en charge des dockers qui sont estimés à 2.200, a réellement besoin de juguler les différends et le grand banditisme qui sévit au Port, pour quelle raison s’enferme-t-il subitement dans un mutisme et pourquoi ne vouloir bénéficier d’une tribune idoine pour résoudre cette épineuse question ? Autant d’interrogations qui taraudent l’esprit d’un observateur averti.
Quand la grande muette parle
La compagnie de gendarmerie du port, on est plutôt serein. « Ce sont des élucubrations des personnes aux abois » lance-t-on ici. Selon un officier de gendarmerie au port, « la sécurité au Port ne souffre d’aucun soupçon. Les abus que l’on constate au port sont uniquement le fait des dockers. Depuis l’institution de la présence des forces de l’ordre, rien n’a jamais été aussi sécurisé ». Avant de poursuivre « si d’aventure, les gendarmes et policiers sont déboutés de cet endroit, il se transformera indubitablement en une jungle ». Les autorités du maintien de l’ordre sont formelles et unanimes, « ce sont les dockers qui sont les seuls et vrais voleurs du terminal. La gendarmerie et la police sont là pour remplir leur rôle régalien et c’est ce qui fâche et dérange ». « Ces dockers entretiennent un marché qui ne dit pas son nom ». « Et quand on parvient à mettre la main sur des dockers pris en flagrant délit, explique une source bien introduite à la police du Port, c’est le commissariat qui est pris d’assaut par leurs collègues visiblement décidés d’en découdre avec nous. Une fois, ce fut un peloton de gendarmerie qui a payé les frais pour avoir interpeller des acconiers accusés de vol ».
A l’entrée de l’ancienne direction des Douanes, au lieu dit « entrée d’embauche » un marché noir y fait place. Les marchandises sont variées et diverses. Selon un commerçant qui vend au vu et su de tous des liqueurs importées, « ces whisky sont de meilleure qualité, ils nous sont vendus par des collègues ». Quand il fait allusion aux « collègues », il veut parler des hommes en chasubles du GPAC qui sont les plus représentés. Cependant, on ne note aucune présence de gendarmes encore moins de policiers. Ceux qui dictent la loi dans ce marché d’un autre genre, sont les dockers.
Cette partie de ping-pong que se livre les acconiers et les forces de l’ordre dessert inexorablement cette grande institution qu’est le PAD. Les pouvoirs publics doivent instamment mettre de l’ordre en indiquant clairement les responsabilités et les limites de chaque entité en étant vigilant sur tout dérapage qui pourrait porter préjudice à l’ensemble de la nation. Force doit revenir à la loi afin de restaurer la confiance en lieu et place de la suspicion ambiante. Et le capharnaüm actuel qui fait les beaux jours des personnes véreuses et sans scrupules gagnerait à être tiré au clair.
Par Jacques Willy Ntoual Le Messager











