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Charles Etoundi : L’Etat a commis une erreur en privatisant le livre scolaire

L’ancien ministre d’Etat et actuel prĂ©sident du conseil d’administration du Ceper parle du contexte de privatisation et de la relance de cette sociĂ©tĂ©.

Comment en est-on arrivé à privatiser le Ceper?
Pour la comprĂ©hension de la situation du Ceper, il faut quelques rappels. Premièrement, savoir que c’est la première entreprise qui a Ă©tĂ© introduite dans le champ de la privatisation. 10 ans après, elle n’a pas trouvĂ© de repreneur. l’Etat a relancĂ© le processus au bout duquel, il a Ă©tĂ© repris par un groupe de gens constituĂ©s d’enseignants camerounais, de la banque monĂ©taire et financière du groupe Banques populaires, de l’Organisation internationale de la francophonie et d’un groupe de privĂ©s camerounais comme actionnaires. Le repreneur du Ceper dans la convention de cession avait obligation vis-Ă -vis de l’Etat, de ne faire que manuel scolaire. Ce qui fait que le Ceper est une agence du gouvernement, c’est-Ă -dire une entreprise Ă  la quelle l’Etat a concĂ©dĂ© un service public qui est le manuel scolaire. Parce que le projet du Ceper Ă©tait un projet social qui visait la production Ă  moindre des manuels scolaires.
Pour cela, un mĂ©canisme d’appui avait Ă©tĂ© mis en place via la francophonie et un certain nombre de conventions accordant au Ceper certaines facilitations, notamment la mise Ă  disposition par la francophonie de tous les intrants entrant dans la fabrication du manuel scolaire. Et aussi leur entrĂ©e au Cameroun en franchise de douanes, de telle sorte que le livre coĂ»te le moins cher. Il faut prĂ©ciser que ces facilitĂ©s n’Ă©taient pas une faveur accordĂ©e au Ceper, parce que les livres qui rentrent au Cameroun le sont en franchise de douane. Il Ă©tait donc normal que ceux qui Ă©taient fabriquĂ©s sur place, bĂ©nĂ©ficient des mĂŞmes avantages que ceux issus d’ailleurs. Et nous avons fait, pour la première annĂ©e, deux millions de manuels.

MalgrĂ© ces avantages qu’est-ce qui a provoquĂ© la faillite ?
Le Ceper n’est pas tombĂ© en faillite. On a dĂ©couvert qu’il y avait de gros intĂ©rĂŞts dans le manuel scolaire. Les capitalistes, lĂ  oĂą ils mettent de l’argent, ils veulent en gagner. S’ils peuvent vous vendre un livre de 100Fcfa Ă  10 000Fcfa, ils le feront. Ils se sont Ă©mus, parce qu’il est Ă©vident que quand vous vendez un livre du primaire Ă  800Fcfa ou Ă  1000Fcfa, alors que le mĂŞme livre est produit et vendu par la concurrence Ă  2000Fcfa, les gens n’iront pas acheter celui-lĂ . Donc, la volontĂ© du Ceper de produire le livre Ă  des prix les plus bas possibles, allait Ă  l’encontre de ces gros intĂ©rĂŞts.
Dans l’accord cadre qui avait Ă©tĂ© signĂ© entre le gouvernement et nos partenaires, on visait, Ă  terme, la production par le Ceper, de tous les manuels scolaires du primaire, pour que tous les Ă©lèves puissent accĂ©der au livre. Ce qui faisait qu’Ă  terme, c’est le livre non produit au Cameroun qui Ă©tait menacĂ© dans son existence sur le marchĂ© camerounais. Etant donnĂ© que le Cameroun se trouvait en pĂ©riode d’ajustement structurel oĂą on libĂ©ralisait l’Ă©conomie Ă  pas forcĂ©s, ce montage a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© comme une dĂ©marche contre la libĂ©ralisation de l’Ă©conomie. Et les bâilleurs de fonds ont donc sommĂ© le gouvernement revenir sur ce montage. C’est comme ça que le Ceper ne peut donc plus continuer Ă  fonctionner, puisque la base c’Ă©tait ces intrants qui entrent sans payer les taxes alors que les autres livres entrent au Cameroun sans les payer. VoilĂ  ce qui a fait que le projet soit arrĂŞtĂ©.

Comment s’est opĂ©rĂ©e la relance ?
Par la force des choses, depuis 2003, je suis revenu comme prĂ©sident du conseil d’administration puisque c’est moi qui ai portĂ© ce projet du temps oĂą j’Ă©tais au lycĂ©e Leclerc. Nous avons repris les choses pour la restructuration. Nous avons nĂ©gociĂ© avec nos crĂ©anciers des conventions d’arrangements Ă  l’amiable, rassurĂ© nos diffĂ©rents partenaires, et les assurances que ces partenaires demandaient au gouvernement ont Ă©tĂ© donnĂ©es.

En quoi consistent ces assurances ?
Ce sont essentiellement des assurances politiques qui vont dans le sens de l’Ă©ducation pour tous et des objectifs du millĂ©naire. C’est-Ă -dire la mise Ă  disposition du manuel scolaire au plus grand nombre, et la dĂ©mocratisation de l’enseignement du primaire.

Quelles sont les relations du Ceper avec le gouvernement ?
Pour ce qui est relations avec le gouvernement, le Ceper a Ă©tĂ© retenu comme opĂ©rateur stratĂ©gique dans le secteur du manuel scolaire, un peu comme Camtel pour les tĂ©lĂ©communications. Actuellement le Ceper fonctionne dans le cadre d’un comitĂ© de gestion qui a reçu pour mission, la remise Ă  niveau de l’entreprise, de telle sorte que la restructuration se fasse et que la recapitalisation soit possible. Nous avons acquis des Ă©quipements pour permettre ce redĂ©marrage, notamment une rotative qui fait 35 000 copies par heures, et sommes en train d’intĂ©resser les gens qui ont des capitaux Ă  investir dans la maison. Un conseil d’administration est en prĂ©paration.
Ce que je dois dire c’est que le gouvernement a fait une erreur en privatisant le Ceper. Il n’a pas rĂ©alisĂ© qu’il privatisait un secteur stratĂ©gique. Il n’a pas agi comme il l’a fait lorsqu’il a privatisĂ© l’Ă©nergie, l’eau et le reste. Il d’abord sorti une loi cadre sur ces secteurs avant de les privatiser. Ce qui n’a pas Ă©tĂ© le cas avec le secteur de l’Ă©ducation qui est un secteur stratĂ©gique. Aujourd’hui, Ă  force d’explication, l’on parle d’une loi sur la politique nationale du manuel scolaire, et bientĂ´t un forum sur la politique nationale du manuel scolaire va se tenir, en vue de rĂ©flĂ©chir sur les axes de la loi, dĂ©terminer le rĂ´le des acteurs de la chaĂ®ne du manuel. Parce qu’en rĂ©alitĂ©, le manuel ne doit pas ĂŞtre vendu. En Europe, on ne vend pas le manuel scolaire, il est mis Ă  la disposition des Ă©lèves dans les Ă©coles. Nous-mĂŞmes, on le trouvait dans les Ă©coles Ă  notre Ă©poque. On ne le trouve pas dans les librairies. Et puis, il y a des pays dĂ©mocratiques oĂą l’Ă©tranger n’intervient pas dans le manuel scolaire comme le Canada.

Propos recueillis par PCA, Mutations

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