De nombreux aspirants à cette profession judiciaire patientent parfois dix ans après la formation, pour être nommés à une charge.
S’il est aujourd’hui fier de se présenter comme huissier de justice, la vie n’a pas toujours été facile pour Me Roger Kouomo, en fonction depuis treize ans à Mokolo, dans la région de l’Extrême-Nord. Avant de se voir confier cette charge, il a été en attente pendant quatre ans, après sept années de pré-stage dans l’étude d’un aîné. Me Alain Ngongang, aujourd’hui président de la Chambre nationale des huissiers de justice et agents d’exécution du Cameroun (CNHJC), n’est pas non plus né avec une cuillère en argent dans la bouche. A la fin de trois ans de pré-stage et deux de stage, il a trimé dix ans avant d’être nommé à la 18e charge de Yaoundé.
En attendant, les deux huissiers ont exercé comme collaborateurs de leurs anciens maîtres de stage, gérant des affaires qui leur étaient confiées. Mais ils sont nombreux qui n’ont pas eu cette patience. « Certains se sont reconvertis dans la magistrature, le notariat ou l’avocature. D’autres encore sont entrés dans les banques où ils s’occupent du contentieux », souligne Me Ngongang. Mais comme le précise l’huissier de justice, les responsabilités sont partagées par les professionnels et le ministère de la Justice. « Avant les années 90, chaque étude encadrait un maximum de trois stagiaires. Mais les choses ont changé quand les autres professions se sont fermées, laissant comme seule ouverture aux licenciés en droit, la profession d’huissier », explique le président de la CNHJC. Le nombre de stagiaires a augmenté, les examens organisés, alors que le nombre de charges restait intact.
La concurrence est un autre frein à la nomination. « Tout le monde veut travailler dans les grandes villes et ce n’est pas toujours évident. En 1994 par exemple, Yaoundé seule avait 75 attentes pour 11 charges à pourvoir », raconte Me Ngongang. Dans ce cas, les dossiers sont envoyés à la cour d’appel compétente, pour un classement dont les critères ne sont pas clairement définis. Et malgré la création de nouvelles charges, le problème n’est pas résolu et la profession se retrouve dans un dilemme. « Il y a toujours de nombreux huissiers en attente de charge, mais si ces charges sont multipliées, on court le risque de fragiliser la profession parce que les huissiers ne pourront plus s’en sortir », affirme Me Ngongang. C’est pourquoi, en révisant le statut des huissiers, la création des sociétés civiles professionnelles a été préconisée. Cela permettrait à plusieurs huissiers de se mettre ensemble pour assurer une charge. En tout cas, 13 et six ans après être devenus totalement autonomes, Me Kouomo et Ngongang sont heureux d’avoir été patients. Pour ces maillons de la chaîne judiciaire, la liberté de mouvement est un sésame qui vaut toutes les attentes.
Jocelyne NDOUYOU-MOULIOM, Cameroon Tribune











