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En Egypte, “l’hypothèse d’un coup d’Etat militaire n’est pas à exclure”

LeMonde.fr

Ecrit Par le 26 Jun 2012 Publié dans la categorie: Afrique, Egypte


Michel : Quelle sera la marge de manoeuvre du président nouvellement élu face à un pouvoir législatif essentiellement dirigé par les forces armées égyptiennes ?

Claire Talon : Tout va dépendre de l’issue des négociations que les Frères musulmans vont être capables de mener avec le Conseil supérieur des forces armées. Des négociations qui sont actuellement en cours. Le plus probable est que l’armée se réserve un droit de regard sur les affaires étrangères et de défense. Et également celles du ministère de l’intérieur et de la justice. Pour ce qui est du pouvoir législatif, tout va dépendre de la capacité des Frères à peser sur la rédaction de la Constitution. Jusqu’à présent, les modalités de formation de la prochaine Constituante sont encore inconnues.

Valeria : Selon vous, l’armée est-elle sortie plutôt gagnante ou perdante de l’élection présidentielle ?

Il s’agit d’une indéniable victoire pour les Frères musulmans égyptiens. Mais il est très difficile de connaître la nature des confessions que ceux-ci ont dû faire pour arriver au pouvoir. Pour l’instant, l’armée garde le contrôle des institutions et a toujours la main haute sur ses propres affaires. Mais le bras de fer entre le Conseil supérieur des forces armées et les Frères musulmans va sans doute se tendre dans les semaines à venir.

Ben : Jusqu’où peut aller l’armée pour conserver son pouvoir ?

L’hypothèse d’un coup d’Etat militaire n’est pas à exclure. Mais les généraux chercheront à trouver un compromis qui leur permettra de préserver, avant toute chose, leurs privilèges économiques et les accords internationaux, notamment avec Israël et les Etats-Unis. Il semble peu probable que les militaires souhaitent s’approprier les pouvoirs exécutif et législatif.

Ahmed : Les Frères musulmans sont-ils ouverts pour faire des concessions à l’armée ?

Depuis la révolution, les Frères ont montré qu’ils étaient prêts à “avaler beaucoup de couleuvres” pour gagner légitimement le pouvoir. Dans les mois à venir, leur capacité à s’allier avec les forces libérales va sans doute dépendre de l’évolution des rapports de force internes à la confrérie dont on sait qu’elle est aujourd’hui le lieu d’un débat entre un courant réformiste et une ligne conservatrice plus dure.

Djamila : Peut-on craindre une nouvelle flambée de violence ou un nouveau printemps arabe en Egypte ?

Bien que la situation institutionnelle soit explosive, la majorité des Egyptiens aspirent clairement à une forme de stabilité. Cependant, la révolution égyptienne elle-même a été totalement imprévisible et la possibilité d’un nouveau soulèvement populaire n’est plus à exclure. Les Frères musulmans sont aujourd’hui en première ligne face aux demandes des révolutionnaires. Dans les mois à venir, ils auront à faire face à une crise économique réelle et à d’importants problèmes budgétaires. Dans ces conditions, il leur faudra jouer finement pour conserver le soutien populaire, d’autant que leur base d’électeurs s’est beaucoup amenuisée depuis les élections législatives de janvier.

Ihab : Quelles sont les conséquences de cette élection sur le droit des femmes égyptiennes ?

Pour l’instant, le programme politique et social des Frères musulmans demeure relativement flou sur ces questions, même s’il garantit les droits de l’homme et du citoyen et l’égalité entre les sexes, tout en garantissant les valeurs de la charia. Au cours de leurs cinq mois d’activité parlementaire post-révolutionnaire, les Frères ont surtout dû faire face à la pression des salafistes qui ont notamment réclamé une révision des lois familiales établies à l’instigation de Suzanne Moubarak et qui étaient très favorables aux femmes.

alsalibi : Les salafistes sont ils maintenant “out”?

Non. Ils représentent un groupe important qui a trouvé sa capacité d’indépendance vis-à-vis des Frères musulmans et avec lesquels les Frères vont devoir transiger sous peine de se retrouver en butte à une opposition islamiste très radicale.

Charles : La victoire des Frères musulmans aux élections législatives et présidentielle implique-t-elle l’instauration de la charia en Egypte ?

Le programme des Frères repose, en effet, sur l’application de la charia. Mais la charia est déjà mentionnée dans l’article 2 de la Constitution actuelle, qui stipule explicitement que “les principes de la charia sont la source principale de la législation”, sans que cela n’ait jamais impliqué l’application des peines islamiques. Les juristes s’accordent en effet pour considérer que les “principes de la charia” garantissent les droits fondamentaux de la personne et ne se réfèrent pas aux punitions corporelles. Les Frères n’ont pas déclaré officiellement souhaiter la modification de cet article 2, souscrivant à l’interprétation juridique traditionnelle. Cependant, l’ambiguïté demeure sur le sens et l’emploi du mot “charia” dans leur discours. Quand ils prônent “l’application de la charia”: s’agit-il des principes ou des peines prévues par la loi islamique? Les salafistes, quant à eux, revendiquent clairement la modification de l’article 2 qu’ils souhaitent, pour certains, voir placé en première position et mentionner que la charia serait la source unique de la législation. Ils revendiquent aussi, pour beaucoup d’entre eux, l’application des peines islamistes.

Paul : Comment réagissent les chrétiens d’Egypte avec l’arrivée d’un dirigeant islamiste ?

La majorité des chrétiens égyptiens ont été tellement apeurés par la perspective de l’arrivée des Frères musulmans au pouvoir présidentiel qu’ils ont pour beaucoup choisi de soutenir le candidat de l’ancien régime malgré leur sympathie pour le mouvement révolutionnaire. D’autant plus que les Frères musulmans n’ont pas hésité à utiliser les tensions communautaires en prétendant, par exemple, que leur concurrent Ahmed Chafik prévoyait de remplacer dans les manuels scolaires les versets du Coran par des versets bibliques. Dans son discours d’investiture, Mohamed Morsi a cependant pris soin de rassurer la communauté copte en promettant d’être “le candidat de tous les Egyptiens”. Il a également, à plusieurs reprises, évoqué la possible nomination par lui d’un vice-président copte. Quelles que soient les inquiétudes bien réelles des coptes d’Egypte, il ne faut pas sous-estimer le rôle très important joué par l’Eglise dans le positionnement politique des membres de la communauté.
Depuis des années, l’église copte orthodoxe a entretenu chez ses fidèles une mentalité d’assiégés qui lui a permis de maintenir son contrôle sur eux.

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