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Eséka: Un concubinage vire au drame


Ecrit Par le 24 Mar 2012 Publié dans la categorie: Actualités, Faits Divers, Société


C’est presque l’ambiance de deuil et d’absurdité qui règne au quartier Oyom-Abang à Yaoundé ce 5 mars. Le jeune Patrice Dieudonné Bahiya Dikoum, âgé de 21 ans qui a subi une double amputation à la jambe gauche des suites d’impact de balles a été finalement expulsé le 28 février dernier du pavillon Leriche du service de traumatologie et d’orthopédie de l’hôpital central de Yaoundé où il est interné depuis le 27 décembre dernier. Au domicile de sa tante, Geneviève Ngo Dikoum, où il s’est refugié avec ses deux plaies encore saignantes dont une large lésion sur la cuisse droite pour des besoins de la greffe de la peau, Dieudonné Bahiya n’a plus que ses deux yeux pour pleurer. «Les douleurs sont encore intenses. Je n’arrive pas à dormir la nuit», confie-t-il, en larmes.

Ses trois frères qui l’ont rejoint dans la douleur, fuyant les représailles de l’auteur du crime encore en liberté au village, demeurent aphones face à l’ampleur du drame qu’ils vivent au quotidien. «C’est un calvaire car je ne comprends pas comment je vais l’emmener au pansement tous les j’ours alors que ses plaies saignent encore. Je suis vraiment dépassée», se lamente, Geneviève Ngo Dikoum, avant de laisser couler une larme sur sa joue droite en brandissant le certificat médico-légal n°1176573 produit le 4 janvier 2012 par le Dr Ange Marie Claire Yamben attestant une «incapacité totale de travail de 150 jours».

A l’hôpital central de Yaoundé où aucun membre de la famille, y compris le patient lui-même, n’a accès au dossier médical, le médecin traitant, Dr Victor Che, alors résident, affirme qu’on ne peut pas «continuer à garder un patient qui ne paie pas sur un lit d’hôpital alors que les gens sont victimes d’accident tous les jours». Pour ce qui est de l’argent, il s’agit d’une dernière facture d’une centaine de milliers de francs alors que les dépenses occasionnées par l’internement de Dieudonné Bahiya avoisinent deux millions de F Cfa.

Horreur

Selon des informations recueillies auprès des témoins occulaires, tout commence le 19 novembre 2011 avec le décès de Nicolas Bikoum Bayiha au village Lelep I, à 95 km d’Eséka, chef-lieu du département du Nyong Ekellé. Le 27 novembre, alors que les membres de la famille gardent la tombe comme l’exigent les coutumes locales, le nommé Adalbert Nyobé, vivant depuis cinq ans avec la fille du défunt, Sandrine Ngo Bayiha, s’empare d’un arme de calibre 12 empruntée chez son ami Ekotto Bebet Ousmane pour broyer, autour de 23h, la jambe gauche du frère ainé de sa concubine, Dieudonné Dikoum Bahiya. Le village a failli sombrer dans l’horreur parce que l’agresseur s’est dit déterminé à décimer, avec sa dizaine de cartouches, cette famille qui a osé refuser de le laisser retourner chez lui avec sa concubine.

Dieudonné Dikoum Bahiya est conduit à bord d’un pick-up de fortune à l’hôpital du district de Ngog-Makubi, situé à 65 Km du village Lelep I; le centre médical d’arrondissement de Bot-Makack, situé à 3km, étant dépourvu de tout. Un parcours qui relève d’un cauchemar eu égard à l’état de la route. En l’absence du chirurgien, le blessé est acheminé à l’hôpital central de Yaoundé autour de 5h30 du matin dans un état comateux après avoir perdu beaucoup de sang. En l’espace de quelques semaines, la victime a subi une double amputation de la cuisse gauche le rendant définitivement handicapé et écartant toute éventualité d’une prothèse. Il est sommé de quitter l’hôpital alors que ses deux larges plaies sont encore saignantes.

Pendant ce temps, Adalbert Nyobé, l’auteur du coup de feu, après son élargissement par le procureur d’Eséka, Lucien Péné, retourne au village et, avec l’aide de ses frères dont Gaspard Nyemeck, ancien comptable et enseignant vacataire au Cetic de Blegba, menace la famille de la victime de représailles au nez des éléments de la gendarmerie locale. Dépassés, les trois membres de la famille ne trouvent aucun autre choix que de se refugier auprès de leur frère à Yaoundé.

Enquête: Une procédure judiciaire controversée

Au terme de leur audition le 16 février, le commandant a déféré les mis en cause sous le bordereau d’envoi N°026/2-Bde du 17 février 2012. Ce que confirment tous les documents consultés au secrétariat du procureur. C’est à partir de ce moment que tout se complique avec l’entrée en scène de la sœur d’Adalbert Nyobé, Marie Ange Ngo Nyemeck, qui serait venue de l’Europe.

Assise sur un tronc d’arbre à Lelep I, à près de 200 km de Yaoundé, non loin de la tombe de son mari éclairée par une lame tempête, peu avant la tombée de la nuit, la veuve Rose Ngo Kwala, 51 ans, reste traumatisée par cette affaire. Selon les dernières volontés du défunt Bahiya Dikoum, elle a organisé une assisse pour le cas de sa fille arrachée à 15 ans par le nommé Adalbert Nyobé et avec qui il a fait trois enfants et s’est toujours montré réfractaire à toute concertation avec la famille. «C’est quand sa copine a refusé de rentrer avec lui qu’il a brandi l’arme en disant qu’il va décimer toute la famille, (…) J’ai remis l’arme de calibre 12 avec deux tuyaux ainsi que l’étui vide que Nyobé a utilisé pour tirer sur la jambe de mon fils Dikoum, au gendarme le 6 février 2012 à 17h30», explique, en larmes, la veuve encore sous la rudesse des rites de veuvage en pays bassa.

Sa fille, Sandrine Ngo Bayiha, née le 22 septembre 1994, avec un regard abattu, se bat comme elle peut pour apprêter quelques tubercules de manioc aux trois gosses issus de son concubinage avec Nyobé. «Il a demandé à ma mère qu’il voudrait déjà rentrer chez lui avec moi. C’est ainsi que ma mère lui a répondu qu’elle ne peut pas me laisser partir car il faut d’abord qu’il vienne la voir puisque nous avons déjà fait des années sans même un verre de vin de palme».

Bien que rudoyé par la maladie, Dieudonné Ngué Bayiha, chef du village Lelep I, affirme ne pas comprendre l’attitude de la force publique qu’il a pourtant saisie le même jour. «J’ai appelé la brigade à 3h30 pour leur dire que le village est au bord d’un carnage à la suite de cet acte grave, mais personne n’est venu voir ce qui se passe».

A la sous-préfecture de Bot-Makak, située à 25 km de Lelep I, et à 65 km d’Eséka, le patron des lieux, Georges Emmanuel Magloire Bassilikin, ne cache pas son amertume face à la tournure que les choses ont prise. L’administrateur civil affirme «avoir donné des instructions fermes au commandant de la brigade pour que l’auteur et son complice soient interpellés et déférés au parquet d’Eséka». Des injonctions que l’adjudant-chef, Issah Nkenfon, aurait appliquées à la lettre en diligentant lui-même les enquêtes jusqu’au chevet du lit de la victime à l’hôpital central de Yaoundé.

Selon des documents que le reporter a consultés à la brigade de Bot-Makack, le commandant a transmis 10 procès-verbaux de synthèse, d’audition, de saisie, de notification de garde à vue de Nyobé pour «coups et blessures graves et port illégal d’une arme à feu» au procureur de la République à Eséka, selon un bordereau d’envoi N° 022/2-Bde du 10 janvier 2012. Par la note N°0025/PR/EKA du même jour, le procureur a instruit son auxiliaire de la brigade de «procéder à l’audition de Mlle Sandrine Ngo Bayiha, concubine du mis en cause et Ekotto Ousmane, qui lui a fourni l’arme du crime et de faire déférer les deux prévenus sous 72h».

Injustice

Au terme de leur audition le 16 février, le commandant a déféré les mis en cause sous le bordereau d’envoi N°026/2-Bde du 17 février 2012. Ce que confirment tous les documents consultés au secrétariat du procureur. C’est à partir de ce moment que tout se complique avec l’entrée en scène de la sœur d’Adalbert Nyobé, Marie Ange Ngo Nyemeck, qui serait venue de l’Europe. Les prévenus vont être élargis par le procureur sans autre forme de procès au lendemain de leur déferrement.

Au Parquet d’instance d’Eséka où s’est rendu le reporter, l’affaire est déjà classée, selon une source du secrétariat du procureur puisqu’on ne retrouve aucune trace au greffe. «Tout est mis en œuvre pour étouffer cette affaire», lance, d’un ton moqueur et sous anonymat, un magistrat de la Cour. Le procureur Lucien Péné, visiblement embarrassé par la présence du reporter dans ses locaux, se contente d’indiquer que «l’affaire se trouve en information judiciaire».

Selon les explications du président du Tribunal de première instance, l’affaire a été confiée au juge No 1, le magistrat Epoh. Pourtant, le responsable du bureau d’information judiciaire affirme que «le dossier ne se trouve plus en information judiciaire du moment où aucun des suspects n’a été ni inculpé libre ni inculpé en détention». Avant d’affirmer que le dossier est classé. De sources bien introduites au secrétariat du procureur nous instruisent que des mandats d’amener ont été décernés en début février contre Adalbert Nyobé et Ousmane Bibet Ekotto.

Un revirement de position qui intervient après la saisine du procureur général près de cour d’Appel du Centre qui aurait instruit le ministère public d’Eséka d’interpeller les mis en cause. Pourtant, à la brigade de Bot-Makak, où les mandats ont été transférés, le commandant n’a plus le cœur à l’ouvrage et estime qu’il ne saurait «payer les pots cassés suite à l’irresponsabilité de certaines personnes». Allusion à son chef hiérarchique. Alors que des habitants affirment que les deux fuyards font des irruptions fréquentes à Lelep I sans être inquiètés.

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