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Et si Kadhafi se cachait au Burkina Faso


Ecrit Par le 9 Sep 2011 Publié dans la categorie: Actualités, Afrique, Burkina Faso, Libye


Le tango amoureux entre Mouammar Kadhafi et Blaise Compaoré est devenu une valse. La valse-hésitation d’autorités burkinabè qui semblent de moins en moins disposées à accueillir l’ancien dictateur.

Mise à jour du 9 septembre: Toujours introuvable, le colonel Kadhafi s’est exprimé dans un message audio diffusé hier sur la chaîne de télévision Arrai basée à Damas en Syrie. Il dément les rumeurs qui évoquent sa fuite au Niger.

«Il court, il court… Il est passé par ici… Il repassera par là». Mouammar Kadhafi ressemble au «furet du bois joli» des comptines enfantines. Depuis sa disparition des écrans radars du Conseil national de transition (CNT) libyen, les hypothèses les plus folles circulent sur sa localisation.

À l’heure où toute spéculation est la bienvenue pour maintenir l’éveil d’un lectorat volatile, les médias en viennent à imaginer toutes sortes de scénarios; et le lectorat, justement, à douter tout particulièrement de ce qui lui est présenté comme «plausible»…

Elle court, elle court la rumeur

Le mardi 6 septembre, dès la première heure, Internet bruisse d’une nouvelle rumeur. Et la mélodie qu’elle diffuse ressemble moins à une comptine qu’à cette chanson dans laquelle Alain Barrière fredonnait, en 1969, «sur la route de Ouagadougou». L’ancien Guide libyen approcherait du Burkina Faso…

Un important convoi de véhicules civils et militaires venant de Libye serait entré lundi soir à Agadez, ville importante du Nord-Niger située entre Sahara et Sahel. Le ministre nigérien des Affaires étrangères, Mohamed Bazoum, confirme que «quelques personnalités de rang plus ou moins important sont arrivées au Niger».

Côté libyen, Jalal el-Gallal, un porte-parole du CNT, renchérit en indiquant que ce genre de convoi «transporte généralement Kadhafi ou l’un de ses fils». Le fantasme est homologué et l’extrapolation géographico-géométrique tire des traits aux airs de conclusion. Prenez un double-décimètre et prolongez, sur une carte routière, la droite qui va de la Libye à Agadez. La trajectoire est limpide: le convoi roule dans la direction du Burkina Faso! Entendez alors les échos du ministre burkinabè des Affaires étrangères qui n’excluait pas, le 24 août, d’accueillir le dirigeant libyen déchu «s’il en exprime le besoin»…

Le Burkina, terre d’accueil pour dictateurs déchus?

Est-il invraisemblable que Mouammar Kadhafi prenne sa retraite au Faso? Assurément non. Le «pays des hommes intègres» a toujours accueilli à bras ouverts les pestiférés politiques. Nul besoin de rappeler les séjours ouagalais d’apprentis rebelles ivoiriens avant le 19 septembre 2002. La liste des chefs d’État «décagnottés» est suffisante; du Congolais Pascal Lissouba, le 18 octobre 1997, au Guinéen Moussa Dadis Camara, le 12 janvier 2010.

Le sans domicile fixe libyen aurait toutes les raisons de se sentir chez lui dans ce petit pays qu’on qualifiait de «satellite» de Tripoli, au temps béni de l’amitié Kadhafi-Compaoré. Il pourrait rouler sur le boulevard Kadhafi du quartier Ouaga 2000, confier ses pétrodollars aux actionnaires libyens de la Banque Commerciale du Burkina, déposer ses valises à l’hôtel Laico —communément appelé «Hôtel Libya»—, se soigner à la clinique El Fateh Suka, obtenir quelque vacation dans un des amphithéâtres qu’il fit construire dans cette université de Ouagadougou dont il est docteur honoris causa.

Le week-end, il pourrait lancer un convoi de 200 voitures sur la route de Bobo-Dioulasso, histoire de partir à la recherche de la statue qui l’y représente en compagnie du président du Faso.

Pour être à l’aise dans un pays d’accueil, encore faut-il y jouir de la bienveillance de ses autorités. Mais les relations entre Compaoré et Kadhafi sont à ce point refroidies que les deux hommes devraient moins s’inviter sur Facebook que s’inscrire à Copains d’avant. La lune de miel entre le Guide et l’affidé est terminée, notamment depuis que le président burkinabè s’est rendu au 60e anniversaire de l’État d’Israël ou qu’il a pudiquement détourné le regard lorsque le projet de gouvernement continental était en quête d’animateurs.

Pour l’heure, les déclarations officielles du gouvernement burkinabè frisent la schizophrénie. Fin août, répondant à la question d’une journaliste lui demandant si le Burkina était prêt à accueillir Kadhafi, le ministre des Affaires étrangères Djibril Bassolé répondait donc «pourquoi pas?». Le 6 septembre, le ministre de la Communication Alain Edouard Traoré déclarait:

«Nous ne pouvons pas de prime abord dire que nous allons lui accorder l’asile».

Le quotidien privé burkinabè Le Pays indique même que le ministre aurait affirmé que son pays a «totalement exclu» d’accorder l’asile à l’ex-dirigeant libyen, pour «ne pas se mouiller et se créer des problèmes». Quels «problèmes» ce porte-parole du gouvernement gêné aux entournures a-t-il donc en tête?

Cette hospitalité aujourd’hui embarrassée n’est-elle pas couverte par le mot magique «humanitaire»? Mieux: justifiée pas l’expérience. La situation politique guinéenne se serait-elle normalisée aussi rapidement si l’impétueux putschiste Moussa Dadis Camara avait débarqué à Conakry, à son retour du Maroc? Lui offrir un lieu de villégiature bienveillante, c’était aussi l’empêcher de nuire.

Accueillir Kadhafi à Ouagadougou, ne serait-ce pas la meilleure manière de mettre balle à terre, pour que la Libye tourne définitivement la page d’un ex-dirigeant devenu, au Faso, visiblement impuissant? Le scénario pourrait alors séduire la communauté internationale, y compris la France qui cherche moins un châtiment pour l’ex-Guide qu’une Libye à l’environnement économique apaisé.

Dans l’hypothèse d’un Kadhafi devenu ouagalais, il resterait au pouvoir Compaoré deux équations à résoudre. Celle de la réaction populaire semble la moins complexe. Même si le peuple burkinabè avait été choqué par les expulsions de Subsahariens, notamment en 2006, il adhère volontiers au discours anticolonialiste qui nie aux Occidentaux la légitimité de frapper et juger les leaders africains, aussi autocratiques soient-ils. Et le Faso jouant un rôle sur la scène internationale, c’est toujours plaisant à commenter dans les débits de boisson.

La deuxième équation est incontestablement plus complexe. Le Burkina Faso est membre de la Cour Pénale internationale, qui l’oblige à livrer quiconque est inculpé. Ouagadougou devrait alors choisir: devenir la gueule du loup ou se dédire à La Haye. Dans cette même ville où le Tribunal spécial pour la Sierra Leone a failli formuler des accusations de complicité burkinabè dans les crimes de l’ancien président libérien Charles Taylor…

«Nous sommes signataires du Traité de Rome sur la CPI, mais si la volonté du Guide Kadhafi est de trouver refuge au Burkina Faso […] nous prendrons les dispositions qui s’imposent», assurait le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Djibril Bassolé. C’était avant la sortie de son collègue porte-parole.

Damien Glez