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12 mois de prison ferme pour le lieutenant Luc Emane

emane12 mois. C’est la peine de prison ferme dont vient d’écoper le lieutenant Luc Emane, dans le cadre de la fameuse et fumeuse affaire du vol de la mallette du président Paul Biya. On se félicite bien évidemment de la célérité et de la diligence dont vient de faire montre notre justice, et espérons que bientôt d’anonymes prévenus n’auront plus à passer de longues années derrière les barreaux avant d’être jugés. C’est du moins ainsi que l’ont toujours souhaité la Chancellerie, les familles des détenus, la presse et les organisations de défense des droits de l’homme.
En attendant, il faudrait peut-être songer, et nous sommes très sérieux, à décorer le vaillant juge qui a pris cette courageuse décision qui, à n’en point douter, entrera dans les annales de l’histoire de la justice camerounaise, pour des raisons et d’autres. Et cette décision, nous ne la commenterons point autrement que qu’on vient d’écrire. Tout juste, se permettra-t-on encore, mais alors une dernière fois, de s’étonner en silence sur son ampleur.

En temps normal en effet, un kleptomane en prend pour 2 ans minimum – selon le Code pénal – pour avoir volé une boîte de sardine. Luc Emane, qui non seulement était accusé de vol mais du vol – circonstance aggravante – d’un sac du premier citoyen camerounais, qui comme on l’imagine devait contenir des documents de plus haute importance, ne s’en tire qu’avec une petite année parce que “délinquant primaire” et pour “bonne tenue à l’audience”. Une clémence qui va faire des jaloux dans les cachots de Kondengui ou encore de New-Bell…

Question
L’histoire retiendra qu’il fut dans le peloton de tête de ceux qui se sont empressés de lui adresser leur motion de soutien. Il fut même le premier à lui dérouler le tapis rouge, pour sa première sortie hors de son pays après l’élection présidentielle : une “visite d’amitié de quelques heures” à Yaoundé, le 11 du mois courant. Ali Bongo Ondimba, avant même de prêter serment, a déjà eu l’onction de Paul Biya qui l’a reçu comme un véritable chef d’Etat en fonction. Nous n’allons point nous occuper des affaires gabono-gabonaises, mais il est difficile de détourner le regard quand ça “chauffe” chez le voisin.

Conformément aux dispositions légales, la Cour constitutionnelle du Gabon vient de débuter l’examen des recours introduits par les adversaires d’Ali Bongo à l’élection présidentielle du 30 août dernier, un scrutin dont plusieurs analystes s’accordent à dire qu’il ne fut pas un modèle de transparence et d’équité. Même si, dans l’affaire, on ne regrettera jamais assez que ceux qui voulaient tant que Ali Bongo perdent n’aient pas mis leurs ego entre parenthèse pour s’entendre sur un candidat unique.
Supposons donc – on spécule seulement, mais sait-on jamais – que la Haute Cour, dans sa grande sagesse, aille effectivement dans le sens des “battus” et décide de casser les résultats, voire de faire reprendre toute l’opération, et que celui qui a déjà été adoubé avant l’heure par certains chef d’Etat en vienne à mordre la poussière. Comme dirait un chanteur : “ce sera comment”?

Caution
Les envoyés spéciaux des médias d’Etat célèbrent, à grands cris, une éclatante victoire de notre diplomatie et de l’action du président de la République sur la scène internationale. M. Biya, qui participe à la 64è Assemblée générale des Nations Unies à New-York, recueillerait ainsi les fruits de la considération qu’il a bâtie autour de sa personne depuis de longues années. Et on tient à marteler qu’il a été invité par le secrétaire général de l’Onu, Baan ki Moon en personne. Voici donc notre chef de l’Etat dans le cercle très restreint de ceux qui comptent en ce bas monde. En attendant un Prix Nobel de la paix qui viendrait logiquement sanctionner une brillante carrière politique et diplomatique.

Et c’est vrai qu’un travail bien fait mérite récompense. Seulement, il y a en ce moment une vive polémique autour de la participation à cette grand-messe d’Andry Rajoelina, qui s’est emparé du pouvoir à Madagascar en mars dernier après avoir renversé Marc Ravalomanana. Ses opposants ruent en effet dans les brancards, se demandant au nom de quoi une institution qui combat la prise de pouvoir par la force peut-elle se permettre de recevoir un apprenti putschiste. Gênés aux entournures, les services compétents de l’Onu ont dû expliquer que les lettres d’invitation à l’Assemblée générale sont émises “automatiquement”, et donc qu’elles ne tenaient pas compte du mode de prise de pouvoir, de la notoriété ou de quelque autre considération de cette veine.

Des rabat-joies !
Mais au fait, les ordinateurs de l’Organisation des Nations unies n’ont pas encore intégré le nom de Ali Bongo Ondimba dont l’élection a été confirmée par la Cour constitutionnelle ? On nous dira, c’est sûr, que les lettre d’invitation sont parties avant la proclamation des résultats de la présidentielle gabonaise ! Demain ou l’an prochain, sans doute.

Faction
On le relevait ici il y a quelques jours, Emmanuel Edou, le nouveau délégué général à la Sûreté nationale (Dgsn) a commencé de fort belle manière son travail de patron des flics. En confirmant les sanctions déjà préparées par son prédécesseur à l’encontre de certains responsables, mais aussi en engageant un tour du propriétaire qui le conduit aux quatre coins de la République, sans doute pour, selon l’expression consacrée, “tâter du doigt” les réalités du terrain auxquelles ses collaborateurs ont à faire face.
Mais on a beau regarder la télé tous les jours, on n’a pas vu Emmanuel Edou passer par l’entrée de la ville de Douala en venant de Yaoundé et Edéa, juste après le pont sur la Dibamba. Il se rendra compte, de ses propres yeux, qu’il y a des barrages de police d’un genre particulier : à côté de ceux qui “sifflent” les voitures et qui viennent “contrôler” les pièces, il y a toujours un inspecteur de police qui se tient au bord de la route, tenant fermement de ses deux mains une corde reliée de l’autre côté de la route à un demi fut et un gros caillou.

Le flic en question menace à chaque fois se soulever la corde, comme pour empêcher toute voiture de passer…
On ignore à quoi correspond cette “matière” dans le cycle de formation des différents policiers, mais on se doute bien que ce monsieur, lorsque la nuit tombée il rentre chez lui, il doit être fier de dire à son épouse et à ses enfants: “j’ai bien travaillé. J’ai arrêté la corde et aucune voiture n’est passée sans mon consentement”. Entre nous, cela ne mérite-t-il pas une prime et un avancement ?

Mutations

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