L’ouverture d’une enquête, par la justice française, sur les comptes bancaires, les propriétés et les limousines des présidents du Gabon, du Congo et de la Guinée équatoriale et de leurs proches sème le trouble et la panique dans les milieux politiques, économiques, judiciaires et diplomatiques.
Tout a commencé par une plainte avec constitution de partie civile déposée en décembre 2008 pour “ recel de détournement de fonds publics ” par l’Organisation non gouvernementale Transparency International France.
La jugeant recevable, la juge d’instruction française Françoise Desset à ordonné mardi une information judiciaire sur les propriétés, les comptes bancaires et les limousines détenus en France par les présidents Omar Bongo Ondimba du Gabon, Denis Sassou Nguesso du Congo, Teodoro Obiang Nguema de la Guinée équatoriale et de certains de leurs proches.
Le parquet peut faire appel dans un délai de cinq jours. Mais au moment où nous mettions sous presses, le parquet, qui s’opposait déjà à l’ouverture d’une enquête le 20 avril dernier, en invoquant une irrecevabilité de la plainte pour défaut de qualité des plaignants, n’avait pas encore pris sa décision.
Me Patrick Maisonneuve, l’avocat français du président Omar Bongo Ondimba est persuadé que “ la plainte déposée par Transparency International est irrecevable ”. Avec l’espoir que le parquet va faire appel, il estime que cette Organisation “ n’a pas qualité pour représenter les citoyens du Gabon ”.
Si le parquet fait appel, le dossier sera suspendu pendant quelques mois, jusqu‘en automne prochain, le temps que la chambre de l’instruction statue pour infirmer pu confirmer l’ordonnance de la juge Françoise Desset. La doyenne des magistrats du pôle financier de Paris.
Dossier explosif
Dans ce dossier qualifié de “ recel de détournement de fonds publics, blanchiment, abus de biens sociaux, abus de confiance ”, l’image des chefs d’Etat concernés est totalement brouillée. Engagée dans une lutte résolue contre la corruption,Transparency International est convaincue que les biens et propriétés des chefs d’Etat indexés n’ont pu être achetés qu’avec de l’argent volé aux finances publiques de leurs pays respectifs. L’Organisation non gouvernementale anticorruption ne croit pas que les patrimoines des présidents Bongo et Sassou proviennent de leurs salaires de président de la République.
La procédure engagée est la première de ce type concernant des chefs d’Etat en fonction.
Dans cette affaire, Omar Bongo Ondimba est épinglé sur 39 de ses propriétés et 70 comptes bancaires. Le président Denis Sassou Nguesso pour 24 propriétés et 112 comptes bancaires. La famille du président Teodoro Obiang Nguema pour ses limousines et quelques quatre millions d’euros. L’ensemble de tous ces biens risque d’être saisi. Il faut ajouter que les transactions de ces chefs d’Etat se chiffrent en milliards d’euros.
La plainte est fondée sur les résultats d’une enquête préliminaire de police diligentée par le parquet en 2007. Cette enquête
avaitétabli un état des lieux des biens détenus par ces présidents qui trônent à la tête de trois grands pays producteurs de pétrole et fiefs de Total sur le continent.
Transparency International, qui voudrait que l’argent détourné soit restitué aux populations des pays concernés, a salué dans un communiqué “ une avancée décisive pour la morale publique et le droit international ”. La branche française de Transparency International et l’association Sherpa sont au cœur de cette affaire portée sur la place publique depuis deux ans. Deux précédentes plaintes déposées respectivement en novembre 2007 et en septembre 2008 avaient été classées sans suite. A ce moment là, les investigations n’avaient “ pas permis en l’état, de mettre en évidence des infractions pénales ”.
Amitiés et intérêts
Le président gabonais avait clairement fait savoir son mécontentement à ses “ amis français ”. Ceux de la Françafrique. Surtout après la diffusion sur France 2 en mars 2008 d’un reportage consacré à son patrimoine. Le doyen des chefs d’Etat africain avait fermement indiqué que le gouvernement de son pays réfléchit à la suite à donner aux relations franco-gabonaises. Cela créa une réelle agitation diplomatique à Paris.
C’est presque sans surprise que quelques jours plus tard, le secrétaire d’Etat à la Coopération, Jean-Marie Bockel, qui disait vouloir signer “ l’acte de décès de la Françafrique ”, fut limogé et fut remplacé par Alain Joyandet. A la grande satisfaction de Libreville.
L’affaire est sensible sur le plan diplomatique. L’axe Paris – Libreville risque peut-être d’être encore affecté. Le président français Nicolas Sarkozy avait rendu visite à son homologue gabonais à Libreville en juillet 2007 avant de le recevoir par la suite à l’Elysée. Les relations entre le Gabon et la France sont à l’image des relations personnelles entre Omar Bongo Ondimba et Nicolas Sarkozy. Mais, on ne sait pas pour l‘instant si l’ouverture de l’information judiciaire sur les propriétés et les comptes bancaires du président Bongo Ondimba n’aura pas des conséquences sur les rapports entre les deux chefs d’Etat.
Interrogée mercredi sur ce dossier, la ministre de la Justice française Rachida Dati a refusé de faire un commentaire. Sans doute pour ne pas vouloir influencer le travail des magistrats. Beaucoup d’intérêts sont en jeu. Il ne faut pas oublier que les présidents gabonais et congolais sont deux alliés diplomatiques de la France en Afrique. Aucun pays occidental ne chercherait non plus à entretenir des mauvaises relations avec le président de la Guinée équatoriale, l’homme fort depuis trente ans du nouvel eldorado pétrolier de l’Afrique centrale et du Golfe de Guinée.
Le procès Elf à Paris, en 2003 avait par exemple démontré que l’argent tiré du pétrole profitait de manière personnelle aux chefs d’Etat concernés ou cités dans l’affaire. Les chefs d’Etat de ces pays producteurs de pétrole avaient nié toute malversation. Le président Bongo avait même menacé d’engager des poursuites pour diffamation. Il n’a pas mis sa menace à exécution.
Edmond Kamguia. Nouvelle Expression











