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FRANCE/CAMEROUN: LE PÊCHEUR DE SABLE CAMEROUNAIS DEVENU RAMEUR OLYMPIQU


Ecrit Par le 11 Jul 2012 Publié dans la categorie: Actualités, Sports


Double champion d’Afrique d’aviron, Paul Etia Ndoumbé est un phénomène. Le Camerounais va participer, à Londres, à ses seconds Jeux olympiques dans une discipline encore très peu développée sur son continent. Dans son embarcation, Paul Etia Ndoumbé est concentré. Les lèvres serrées, le regard dur, il fixe la Seine sur laquelle glisse son skiff, ce bateau étroit et peu stable à une place.
A un mois des Jeux olympiques, il peaufine les derniers détails. Il essaye aujourd’hui un nouveau réglage sur son cale-pieds. «C’est beaucoup mieux», lui crie Antoine Beltramello, son entraîneur qui le suit dans un petit bateau à moteur. Le rameur n’a pas l’air convaincu, mais il continue ses longueurs.

Chaque jour, il parcourt plus de trente kilomètres en deux séances. L’équilibre, l’entrée et la sortie dans l’eau de ses pelles aux couleurs du Cameroun ou encore la synchronisation des mouvements, tout est étudié au millimètre près. Depuis son arrivée il y a un an au Club nautique et athlétique de Rouen, dans l’ouest de la France, Paul se plie à cet entraînement rigoureux: «Il n’y a pas un jour où je ne suis pas allé sur l’eau, même quand il pleuvait ou quand il gelait.»

Un enfant du fleuve

Dans sa Normandie d’adoption, les conditions sont bien différentes de son Afrique natale. C’est au soleil, à Douala, la capitale économique du Cameroun, que le sportif a grandi. Orphelin de père, Paul n’était pas destiné à devenir un champion. Dès la fin de sa scolarité, devenu le chef de famille, il doit travailler dur pour faire vivre les siens. Chaque jour, il plonge dans l’eau du fleuve Wouri (long de 160 km, le Wouri est l’un des principaux fleuves camerounais. Son estuaire est situé à Douala, porte d’entrée du pays, Ndlr), pour récupérer des sacs de sable et les revendre à des sociétés de construction.

«Avec un seau de 20 à 25 litres, c’était très dur physiquement. Mais ce n’était pas facile de trouver un autre métier», raconte l’ancien pêcheur.
L’un de ses collègues va finalement changer le cours de sa vie. En 2005, il lui fait découvrir l’aviron lors des championnats du Cameroun. Intrigué par ce sport, Paul veut tout de suite essayer:
«La première fois que je suis monté sur le bateau, je ne voulais plus descendre. Ce qui m’a plu, c’est d’être dans un bateau que je n’avais jamais vu. C’était comme si j’étais en train de réaliser un rêve! J’aime aller vite sur l’eau!»

Mordu par sa nouvelle passion, il arrive à combiner son travail éreintant de pêcheur de sable avec ses entraînements d’aviron. Très vite, sa progression est fulgurante. «Il y a des mecs qui étaient très forts et qui se moquaient de moi, car je me foutais tout le temps à l’eau. Mais après un an, j’ai commencé à bien m’adapter. J’étais déjà très bon, presqu’au niveau de l’équipe nationale», se souvient le rameur.
Quelques mois plus tard, il participe à sa première compétition internationale, la régate de Tunis où il décroche une médaille d’argent.
Repéré la même année aux Jeux africains, il obtient une invitation pour les Jeux olympiques de Pékin en 2008. Sans pression, le jeune Camerounais découvre un nouvel univers:
«J’étais avec tous les grands champions. J’en avais entendu parler, mais je n’avais jamais vu leur visage. C’était un truc tellement étrange de voir ces athlètes ramer. Je n’avais jamais vu des bateaux aussi longs de huit ou de quatre rameurs. C’était comme tourner la page de l’Afrique et voir celle du monde entier.»

Malgré la différence de niveau, le représentant africain est loin d’être ridicule. Avec un temps de 7m21sec sur le 2.000 mètres, il se classe au 27e rang sur 36.

Le départ pour la France

A la suite de cette belle performance, Paul n’a plus qu’une obsession: aller en France, pour progresser. Il lui faudra attendre plus de deux ans pour voir son souhait s’exaucer. Grâce à une bourse de la Solidarité olympique mise en place par le Comité international olympique et au programme Tremplin pour les Jeux de la Seine-Maritime (un département en France), il débarque en juin 2011 au Club nautique et athlétique de Rouen. «Au début, il n’avait pas l’habitude de faire des choses toutes simples pour des rameurs. C’était compliqué pour lui, car cela faisait sept ans qu’il ramait tout seul dans son coin. On a plus travaillé la technique, le geste et on l’a habitué à faire des sorties longues sans s’arrêter.» En regardant des vidéos et en écoutant les conseils des membres du club, Paul rattrape son retard en l’espace de six mois. «Il est très costaud et il est plutôt courageux. Il a fait l’effort de venir en France pour s’entraîner. Il sait pourquoi il est là», constate Antoine.
Un acharnement payant. En novembre 2011, le boursier décroche son billet pour les Jeux de Londres, durant les régates d’Alexandrie. A 28 ans, il va déjà participer à sa seconde Olympiade.

En Angleterre, sur le lac Dorney, situé non loin du château de Windsor, il espère cette, fois-ci, se classer dans les quinze premiers. «Je ne suis pas stressé. Le stress n’arrive que quand je suis au champ de course. Avant, je travaille normalement, il n’y a pas de problèmes, explique-t-il d’une voix calme. C’est un avantage de s’entraîner sur la Seine parce que ce n’est pas évident, il y a des vagues, des courants d’eau et des bouillons. A Londres, je serai à l’aise», estime Paul.

Après l’étape britannique, le néo-normand a déjà plein de projets en tête. Il vise les JO de Rio au Brésil en 2016, puis une carrière d’entraîneur d’aviron dans son pays d’origine:
«C’est un sport mineur au Cameroun. Là-bas, c’est d’abord le foot avant tout.»

Conscient de sa chance, il veut transmettre ses connaissances aux jeunes camerounais. «J’ai appris beaucoup plus de techniques ici. Quand je rentre chez moi, j’appelle mes coéquipiers et je leur montre comment ils doivent ramer. Je suis déjà presque un entraîneur!», se marre-t-il. Paul Etia est fier. À son niveau, le jeune homme sait qu’il est devenu un modèle à suivre.
«Quand j’ai quitté le Cameroun, il n’y avait qu’une vingtaine de rameurs, maintenant il y en a une trentaine. Ils se disent: “Paul a progressé. Pourquoi pas moi?”»

© slateafrique.com : Stéphanie Trouillard

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