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IL A UN MÉTIER DANS LA TÊTE: LA PRISON TRANSFORME LA VIE DU VOLEUR

AfricaPresse.com

Ecrit Par le 24 Apr 2012 Publié dans la categorie: Actualités, Faits Divers, Société


Condamné à cinq ans de prison, Mohamed Ali apprend le Coran, l’informatique et, depuis quatre mois, la couture. Lui qui ne vivait que de vols et d’agressions, projette déjà d’exercer ce métier, une fois libéré.Assis derrière sa machine à coudre dans un coin aménagé de la prison de Douala, Mohamed Ali pédale avec ardeur. Il ne lève les yeux que pour répondre à une interpellation. Sourire aux lèvres, le jeune homme de 32 ans déborde d’énergie et d’engagement dans sa tâche. “Je suis fier d’être assis derrière cette machine et dans cette prison”, affirme-t-il. Propos surprenant dans la bouche d’un détenu alors que, tout autour de lui, les autres pensionnaires maudissent leur présence dans ce pénitencier.

“Je suis musulman depuis ma naissance, mais ne savais ni lire, ni écrire le Coran. Bien plus, il y a longtemps que j’avais fui la mosquée. Aujourd’hui, je suis un croyant complet”, raconte-t-il. Condamné à cinq ans de prison pour vol aggravé, Mohamed Ali a connu Allah (Dieu) en prison. Il compte parmi les plus assidus à la prière à la mosquée du pénitencier qui lui sert jusqu’à ce jour de dortoir. Un an durant, il a fréquenté l’école coranique de la prison et en est ressorti avec la capacité d’écrire l’arabe, porte ouverte à la lecture et à la compréhension du Coran.

Au sortir de l’école coranique, ce jeune homme qui n’a jamais achevé le premier cycle de l’école primaire, a proposé de surveiller le matériel du centre de formation en informatique de la prison. Séduit par le cliquetis des claviers et la lumière des ordinateurs, il décide d’apprendre l’informatique. Pendant huit mois, il est formé au logiciel Word qu’il dit maîtriser désormais. “Je peux aujourd’hui saisir moi-même mes textes sur un ordinateur sans solliciter la moindre aide d’autrui”, se vante Mohamed.

Une technique dans les mains

Alors qu’il avait commencé à s’ennuyer après sa formation en informatique, Mohamed Ali reçoit une proposition de Moussa, un tailleur qui continue d’exercer son métier dans la prison. “Je tournais en rond quand ce Monsieur avec qui je dormais à la mosquée et qui m’appréciait s’est proposé de me former en couture afin que je le remplace quand il sera libéré dans huit mois”, se souvient-il. L’apprenti couturier va accepter et commencer sa formation dès le lendemain de la proposition. Quatre mois plus tard, Mohammed Ali sait déjà coudre et prendre des mesures. Il lui reste encore à maîtriser la coupe, encore effectuée par son mentor.

L’atelier de couture, logé à un angle de la prison est loin des cellules bondées et est bien aéré. Bien plus, Moussa le patron et formateur gratifie assez souvent son apprenti de 500 ou 1000 Fcfa en fonction des entrées. Une véritable bouffée d’oxigène pour ce détenu qui, en 30 mois de prison, n’a reçu la visite d’aucun membre de sa famille. “Je suis confiant que quand je sortirai d’ici, ce sera avec un métier dans la tête et une technique dans les mains. Je pourrais alors m’installer comme tailleur et gagner honnêtement ma vie. La prison est en train de transformer ma vie”, résume Mohammed Ali.

Prison, lien social

De nombreux pensionnaires de la prison de New-Bell bénéficient de formation sur place dans le pénitencier. Il n’est pas rare de retrouver sur le marché de la prison des objets d’arts, des sacs tissés à la main confectionnés et vendus par des détenus. Les auteurs de ces articles ayant appris pour la plupart le métier sur place, auprès de leurs codétenus.
Une situation qui rejoint les règles minima pour le traitement des détenus des Nations unies. Selon celles-ci, “le traitement des individus condamnés à une peine ou mesure privative de liberté doit avoir pour but, autant que la durée de la condamnation le permet, de créer en eux la volonté et les aptitudes qui les mettent à même, après leur libération, de vivre en respectant la loi et de subvenir à leurs besoins. Ce traitement doit être de nature à encourager le respect d’eux-mêmes et à développer leur sens de la responsabilité”.

© Jade : Charles Nforgang

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