Le Dg explique le fonctionnement et l’intérêt de ce système pour le bonheur de l’économie.
Cela fait 100 jours que la direction générale des Douanes a lancé l’opération Tracking par Gps pour bien contrôler des marchandises sous douane qui entrent ou traversent le territoire camerounais. Que pourra apporter cette innovation ?
Le tracking par Gps consiste en un suivi en continu et en temps réel par voie satellitaire de la circulation des marchandises en transit des points de départ habituels de Douala et de Limbe à destination des pays voisins, la Rca et le Tchad. Ce dispositif vient en renforcement du système antérieur qui de l’avis de tous les professionnels (transporteurs, Cda, banques, assureurs, consignataires), comportait de nombreuses faiblesses, et par conséquent, sources de conflits, d’incompréhension, de perte de temps et d’argent.
Le nouveau système comporte la possibilité de mémoriser les trajectoires ou itinéraires empruntés par les camions de leur point de chargement jusqu’à leur destination annoncée. Ce qui permet à la douane et aux parties prenantes citées, de solutionner les problèmes qui se posent à chacun et surtout de disposer d’un référentiel commun de certification de la conduite à bonne fin de l’opération de transit.
Trois mois après sa mise en application, le Gps a t-il amélioré les missions de recouvrement des Douanes camerounaises?
Le rapport entre les missions de recouvrement des recettes et le Gps est partiel. Les recettes douanières, bien que faisant partie de la problématique Gps, n’en sont pas la dimension essentielle ; ce système permet d’améliorer le suivi et la certification de la sortie effective du territoire douanier des marchandises en transit, dans un contexte naguère marqué par une confusion indescriptible, où les importateurs, transporteurs, assureurs, commissionnaires en douane agréés, banquiers, étaient pratiquement devenus otages des lubies des chauffeurs de camions , des aléas du voyage, réels ou provoqués et des manÅ“uvres frauduleuses de quelques opérateurs indélicats.
Autrement dit, cette lumière crue projetée dans le monde du transit, est entrain de décourager les opérateurs indélicats qui, faute de mieux, seront bien obligés de reprendre le chemin de la légalité en dédouanant normalement leurs marchandises, d’où l’espoir de recettes supplémentaires. Déjà , suivant le résultat de l’évaluation en cours, une trentaine d’opérateurs sans doute parmi les aventuriers dont j’ai parlés, ont disparu des statistiques. Et du coup, les productions locales et les importations légales concurrentes vont connaître un certain répit par rapport à la compétition déloyale que leur imposaient naguère les marchandises issues de la fraude. Moralité : il n’y a pas que le souci d’améliorer les recettes qui nous a guidé : ce système apporte un plus considérable dans l’accomplissement de nos missions de protection de l’espace économique, une contribution importante à la politique d’assainissement du climat d’affaires.
Selon les statistiques officielles, 40% des marchandises déclarées en transit au Cameroun étaient reversées au marché local. Ce chiffre a-t-il évolué avec la mise en place du Tracking ?
Effectivement dans la période avant Gps, une proportion avoisinant les 50% des voyages se terminaient conformes. Le rapport d’évaluation actuel indique que sur 5218 voyages effectués sous Gps de sa phase de lancement jusqu’au 31/10/2009, 4140 se sont terminés conformes (soit 79,34 %) appréciez vous-même l’évolution.
Pour le reste, de nombreux incidents de voyage ont été traités, 2 cas de déversements frauduleux ont été constatés et 2 tentatives de déversements frauduleux rattrapés. D’ailleurs, avec le Gps, le flagrant délit ou la preuve de détournement de marchandises deviendra la plupart du temps irréfragable ; et quand on connaît le système particulièrement sévère de répression des infractions douanières, il y a lieu de prévoir, un effet de dissuasion certain qui à terme va améliorer davantage les choses.
Il nous est revenu que plusieurs camions de transport de marchandises ont été bloqués soit dans la partie septentrionale du pays, soit au port de Douala à cause de l’indisponibilité des Gps. De combien de Gps dispose les Douanes ?
J’ai également suivi ces nouvelles erronées ; le projet a été conçu avec un nombre de Gps compatible avec le niveau connu d’activité et selon un schéma de rotation de 4 à 20 jours en fonction des itinéraires. L’annonce du déficit des appareils Gps fait partie d’une stratégie de déstabilisation savamment orchestré comprenant entre autre la communication de fausses prévisions d’activité, la rétention prolongée des Gps etc. En effet, les procédures prévoient qu’une cargaison portant le Gps à partir du port de Douala doit être vu au check point de Yassa dans les 2 heures qui suivent le top départ et dans les 4 heures pour les cargaisons en provenance de Limbe.
Mais force est de constater que des centaines de camions portant le Gps sont en vadrouille dans la ville de Douala, 10 voire 20 jours après le top départ. Je reconnais toutefois que certains évènements externes survenus au mois de septembre ont ponctuellement créé un goulot d’étranglement à Ngaoundéré. Il s’agit par exemple du basculement subit de l’équilibre du trafic au profit du mode rail/route passant de 25 à 60% en 40 jours. De même, la fermeture non prévue et accidentelle de la frontière tchadienne au niveau du pont de Ngueli au mois de septembre 2009, perturbant ainsi le délai de retour des Gps et l’aggravation de l’état des routes par l’arrivée des grandes pluies. Des dispositions ont été prises à chaque fois pour décanter cette situation.
Je confirme que nous avons suffisamment de Gps dans tous les points de départ sans compter les 1078 qui sont sur les camions actuellement en cours de voyage. C’est le lieu pour moi d’inviter tous les acteurs à jouer pleinement leurs rôles pour que nous puissions atteindre effectivement les objectifs de réduction de délais d’acheminement, de sécurisation des marchandises et de réduction des coûts de transit.
Les opérateurs économiques ont-ils déjà intégré la donne du Gps ?
Permettez-moi tout d’abord d’apporter une petite précision à votre question : ” Lors des consultations préparatoires, les opérateurs économiques dont vous parlez ont unanimement marqué leur enthousiasme pour ce projet “.
Maintenant, par rapport aux objectifs annoncés, tous les indicateurs comme je viens de le démontrer, sont en constante amélioration à trois mois seulement de fonctionnement. Evidement le système ne va pas tout changer en un jour. Il faut compter avec les résistances culturelles et intéressées de part et d’autre. L’adhésion réelle et la collaboration franche de tous les acteurs et intervenants de la chaîne du transit seront nécessaires pour atteindre le taux de satisfaction optimal recherché. Pour ne pas tomber dans la sur démonstration, je dirais simplement que les vrais opérateurs, sérieux et réellement concernés observent et ressentent effectivement des améliorations. Il suffit de demander leurs avis.
Le gros problème en réalité, c’est les chauffeurs et propriétaires de camions qu’il faudra discipliner, car il est reconnu que ceux-ci fonctionnaient jusqu’ici sur d’autres logiques que celles de la performance ou de la transparence. Donc patience !
Hormis cela, je persiste et signe : le nouveau système que nous dénommons Nexus Cameroon Customs Gps reste conceptuellement la solution miracle aux problèmes du transit tels qui sont posés dans le contexte Cemac au cours des 20-30 dernières années.
Il nous est parvenu que des transporteurs, de même que certains hommes politiques, ont tenté de distraire des camions de marchandises avant d’être confondus par le Gps dans le grand Nord !
En matière de transit comme dans toutes autres procédures douanières, l’interlocuteur attitré de la Douane est le Cda, ce qui veut dire que la Douane ne traite pas directement avec les transporteurs, les banquiers, les assureurs etc. encore moins les hommes politiques. Cela dit, nous avons effectivement enregistré des incidents de voyages, des cas de fraude et de tentatives de fraude dans toutes les parties du territoire traversées par les routes du transit. Les situations contentieuses qui en ont découlées ont été réglées avec les interlocuteurs réguliers, conformément aux lois et règlements en vigueur.
Les réticences autour du Gps sont observées au sein même de l’administration douanière, certains de vos collaborateurs voyant en ce projet une entrave aux arrangements avec des transporteurs.
Vous savez la résistance au changement est observée de part et d’autre et même parmi les douaniers. Mais je ne doute pas que ces fonctionnaires de l’Etat vont se ressaisir et s’atteler à accomplir rigoureusement leur devoir.
Dans le cadre du Comité de Promotion de l’Ethique et de la Gouvernance en Douane, un numéro vert qui est le 88 20 30 30 a été mis à la disposition des usagers pour dénoncer les abus et tentatives de racket perpétrés par les agents de douane quel que soit leur grade. Il ya aussi les sanctions traditionnelles prévues par les textes en vigueur.
Donc, nos craintes majeures par rapport à la réussite de Nexus ne se trouvent pas de ce coté là ; des solutions ont été apportées dans chacun des cas avec les interlocuteurs concernés, conformément à la réglementation en vigueur.
Quel est le volume des recettes supplémentaires que les Douanes camerounaises peuvent engranger au cours de l’exercice budgétaire qui commence ?
Exactement le volume qu’il faudra pour atteindre les objectifs fixés ! Évidemment si aucun retournement de conjoncture ne vient perturber l’exécution du budget.
Propos recueillis par Alain Blaise Batongué. Mutations











