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La force des partis politiques dans la société

AfricaPresse.com

Ecrit Par le 3 Feb 2014 Publié dans la categorie: Actualités, Chronique, Politique


Macaire Dagry

Macaire Dagry

« Dans notre parti politique, nous formons une grande famille unie et solidaire ». Quel que soit le continent, le pays, la culture, ou le parti, cette phrase demeure toujours la même. Elle s’adresse directement au cerveau droit des militants et sympathisants, le même que celui des fidèles en religion. Il s’agit de l’hémisphère des émotions et de l’affectivité. En psychosociologie, ce phénomène a été largement étudié. Plusieurs études ont montré l’irrationalité des comportements et des discours au sein des groupes (la psychologie de groupe) conduits par des leaders très souvent charismatiques ou emblématiques.

Une organisation structurée sur l’affectif et l’émotion

Dans les pays occidentaux dont s’inspirent nos Etats africains, la cellule familiale élargie comme on peut encore la voir en Afrique n’existe plus depuis bien longtemps. Elle a été  remplacée par de très « grandes familles », mise en place par des acteurs politiques dont les actions contribuent à organiser la société. Sur le modèle religieux, ces acteurs, à travers leurs partis politiques ont formé des organisations autour d’idéologies auxquelles les membres adhèrent librement et s’y reconnaissent.  Avec le temps, ces grandes familles politiques sont devenues de véritables forces dans la société. Elles constituent la plus grande partie du corps électoral. En Afrique-subsaharienne, le phénomène est encore plus complexe. Les formations politiques sont généralement constituées autour d’appartenance ethnique, puis quelques fois basées sur des croyances religieuses. De manière inconsciente, le regroupement de ces militants au sein de ces partis politiques se fait avec une forme d’uniformisation de la pensée et des comportements. Si on rajoute à cela le poids de la représentation symbolique du chef dans le groupe, il devient alors difficilement possible d’avoir des pensées divergentes ou différentes qui pourraient enrichir la réflexion et l’action. Et pour mieux entretenir cette dynamique systémique à trois niveaux dans laquelle les rôles sont bien repartis et figés, une organisation structurée sur l’affectif et l’émotion est mise en place. Au premier niveau, à la tête du parti, il y a toujours un chef, très souvent à vie, dans le meilleur des cas pour plusieurs décennies. Sa principale force, c’est qu’il détient l’argent nécessaire au financement du parti. Ensuite, il y a les cadres qui n’osent pas trop contredire ou penser différemment du président, de peur d’être soupçonnés d’envier la place du tout puissant chef. Et enfin, la base qui agit en masse, sous l’effet du groupe, et à l’émotion. A titre d’exemple, lorsque la direction décide de manière stratégique de « construire » un fait ou d’attribuer de mauvaises actions à un parti adverse ou concurrent, sans les vérifier, la base véhicule et amplifie les informations avec beaucoup d’émotion. Elle y parle comme si elle y était et qu’elle avait toutes les preuves de ce qu’elle dit. La foi à la parole du chef devient presque « magique » ou « religieuse ».

La principale force de la société civile semble être son plus fort handicap

Chose curieuse, la société civile qui représente en réalité une force encore plus importante que celle des partis politiques, est complètement inexistante malgré la supériorité numérique des acteurs qui la compose. Sa principale force semble être de fait son plus fort handicap. C’est-à-dire, sa diversité au niveau de la pensée et de la réflexion d’une part. Et d’autre part, en ce qui concerne les origines ethniques et religieuses de ces acteurs, mais également en matière idéologique et de leurs engagements citoyens dans la société. Les partis politiques qui fonctionnent sur le modèle de « grande famille » où la pensée devient unique et homogène l’ont bien compris. Ainsi, pour élargir leur base électorale, ils organisent désormais de manière sous-jacente des pans de la société civile dont ils façonnent la pensée en les enfermant également dans l’affectivité et l’émotion. C’est le cas des regroupements des enseignants, des commerçants ou autres de tel ou tel parti politique. L’analyse du corps électoral nous le démontre très bien. Il est constitué essentiellement par les militants actifs, puis les sympathisants, très souvent regroupés au sein de ces corporations de la société civile. Le reste de la société civile non inscrite n’a pas encore pris conscience qu’il détient un pouvoir dont il ignore l’importance et l’impact dans la société.

 

AfricaPresse.com: Macaire DAGRY

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