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Lazare ou Emmanuel ? Qui est Essimi Menye, le ministre camerounais des finances ?


Ecrit Par le 10 Feb 2009 Publié dans la categorie: Actualités, Economie, Finance


essimi-menyeLes rois mages, en Galilée, cherchaient des yeux l’étoile du Berger. Paul Biya a trouvé son messie dans un buisson ardent. Il s’appelle Essimi Menye. Bombardé sur ordre par la grande presse ‘homme d’Etat’, dans un pays où le chef n’est au plus qu’un grand commis de l’Etat, cet homme providentiel a réussi à se faire appeler tour à tour Lazare comme le ressuscité de Judée et Emmanuel, comme l’autre ressuscité de Nazareth.

Impossible n’est pas camerounais ? Dans l’évangile nous lisons : « Ayant dit cela, il cria d’une voix forte: Lazare, sors! Et le mort sortit, les pieds et les mains liées de bandes, et le visage enveloppé d’un linge. Jésus leur dit: Déliez-le, et laissez-le aller ». Jean 11. 43,44. Nous sommes au pays du miracle permanent. L’évangile selon Saint Mathieu dit : « Voici, la vierge sera enceinte, elle enfantera un fils, et on lui donnera le nom d’Emmanuel, ce qui signifie Dieu avec nous. »

A la fois Lazare et Emmanuel, qui est en réalité Essimi Menye, ci-devant ministre des finances que la presse surnomme avec emphase ‘grand argentier de l’Etat’ ? Est-ce l’Emmanuel Divin ou le Lazare sauvé de la mort, pour rendre témoignage de la grandeur et de la puissance du Prince de Mvomeka’a ?

Dans son édition du 25 septembre 2006, Cameroon Tribune, pâle copie des ‘Nouvelles de Moscou’, tenta de répondre à cette mystérieuse interrogation en dévoilant un pan du mystère : « C’est assis à la terrasse de l’hôtel Hilton de Yaoundé que le nouveau ministre délégué au Minefi chargé du budget a appris la nouvelle de sa nomination. ” Le personnel est venu vers moi en m’appelant excellence. Comme c’est ainsi qu’on m’appelle habituellement dans cette structure, je n’ai pas eu l’impression qu’il y avait quelque chose de spécial. Mais lorsqu’ils ont dit monsieur le ministre, j’étais ému et j’ai réalisé que le chef de l’Etat a porté sa confiance sur moi “. » Afin que nul ne l’ignore, Essimi Menye a rendu témoignage, au prince. En ce sens, il a fait plus fort que l’autre Lazare, qui après sa résurrection, n’a même pas eu un geste de reconnaissance pour le Messie.

Pravda

Si on ne sait rien du Lazare biblique, la Pravda nationale s’est fait fort de nous dire qui est l’Emmanuel camerounais : « Son parcours professionnel n’est pas le moindre des atouts pour mener à bien cette charge ». Juste avant le réaménagement, Essimi Menye occupait les fonctions de conseiller de l’administrateur du Cameroun au Fonds monétaire International (FMI) à Washington. C’est le messie que le Cameroun attendait, pour nous sevrer des faux prophètes comme son prédécesseur Abah Abah : « Pendant les trois dernières années, dixit Cameroon Tribune, il aura aidé à améliorer le dialogue entre le Cameroun et le FMI. Mais avant ces hautes charges, ce fils de Mfomakap dans l’arrondissement d’Obala, était parti de sa Lékié natale pour l’Institut des statistiques et d’économie appliquée au Maroc. Il s’est rendu ensuite en France où il a obtenu un DEA en traitement de données, un DEA en économie de la production à Paris Dauphine, un DEA en économie à l’Institut des sciences et techniques nucléaires de Saclay ».

N’en jetez pas plus, la coupe est pleine. L’Emmanuel camerounais, frais comme le beaujolais nouveau est arrivé. Et la route a été longue, de Nazareth à Jérusalem : « De retour au Cameroun en 1989, il a occupé diverses fonctions à la direction de la statistique. Il a ainsi réalisé le recensement des industries du Cameroun avant de se voir confié la collecte de l’information auprès des entreprises industrielles du pays ».

« En 1990, il est recruté par le PNUD en qualité de conseiller du ministre du Plan au Rwanda (1990-1992) avant d’être recruté au même poste en 1994 par la Banque mondiale. Il est ensuite affecté à Washington pour offrir ses services à la Banque mondiale comme expert consultant. A ce titre, il participe à la réalisation du système socio-économique de la région Afrique. Le ministre délégué a également collaboré à l’amélioration des systèmes statistiques de nombreux pays africains. Il a aussi été le premier à travailler dans la préparation du Document de stratégie de réduction de la pauvreté (DRSP) pour l’Ouganda, alors premier pays pilote. Il doit désormais améliorer la qualité de la dépense publique ».
Mais vocation tardive, sa mission ne commence pas à 30 ans comme pour le fils de Marie, mère de Dieu : « à 56 ans, Essimi Menye se dit prêt à relever ce nouveau défi avec le soutien de sa femme et de ses quatre enfants ». Lui au moins n’a pas dédaigné les plaisirs de la chair…

Grand argentier

En 2007et une promotion plus tard, le journal Mutations prend le relais de Cameroon Tribune dans cet hagiographie planifié comme du papier musique : « Emmanuel Essimi Menye: Le financier aux idées révolutionnaires. Le grand argentier garde pour l’instant la tête froide devant les sollicitations, enjeux et intérêts que charrie sa nouvelle charge… »
Et voici que le voile du temple se déchire, laissant passer un pan du mystère : « Si le nouveau ministre des Finances est sorti de l’ombre de celui qu’il a remplacé à la tête de ce département ministériel passablement saucissonné, il a encore manifestement du mal à gérer une situation qui risque fort de le contrarier pendant quelques temps. Essimi Menye se prénomme Emmanuel, mais éprouve comme un malaise à vulgariser ce prénom biblique à la signification particulière, probablement parce que les actes lui ayant permis d’entrer au gouvernement d’abord comme ministre délégué puis comme ministre plein, et frappés de la signature du chef de l’Etat en personne, lui ont collé le prénom de Lazare. En relation, semblent indiquer quelques connaisseurs du dossier, avec un autre Camerounais que l’on a connu dans le monde des arbitres de football, et qui s’appelle Essimi… Mbengue Lazare ».

Hein ? Il a pris le prénom d’un autre ? Lazare où Emmanuel ? Emmanuel où Lazare ? Les voies du prince sont insondables…Mais on présumait le dieu de Mvomeka’a infaillible, au point où l’opinion tombe à la renverse d’apprendre que Essimi Menye ne s’appelle pas Lazare comme le croyait Paul Biya, mais qu’il se prénommerait Emmanuel. Le doute est désormais présent dans les esprits comme le ver est dans le fruit : qui est Essimi Menye que la presse nous présente comme le grand argentier de l’Etat ? Erreur sur la personne ou erreur sur le nom ? Quand on sait que le nom fait l’homme, peut-on renoncer à son identité parce qu’il y a eu une ‘coquille’ sur son prénom ?

Du coup, ce qui est encore pour le moment un embarras anthroponymique rappelle étrangement une épisode trouble de l’histoire, qui ramène en mémoire le cas du regretté Ateba Yene, dénonçant dans les années 90, un certain Noucti Tchokwago, ancien président de la chambre de commerce dont le vrai nom serait Happi Paul du coté de la ‘doulce France’. Selon le regretté Ateba Yene, sans qualification aucune, l’ancien Happi aurait subtilisé pour les besoins de la cause, le nom de son cousin Noucti Tchokwago, alors expert comptable opportunément décédé dans l’hexagone. Ramenant ainsi au Cameroun de secourables parchemins qui l’aideront à avoir une place au soleil de la société.

Faut-il s’en étonner ? Au pays du miracle permanent où le diplôme est devenu le sésame obligé, en bonne place avec la pédérastie et les sectes magico-réligieux, beaucoup de compatriotes dans la diaspora où à l’intérieur ont recours à ce genre de subterfuge pour avoir une place au soleil. Des faussaires diaboliquement expérimentés, tant à la place de la poste centrale de Yaoundé que dans quelques bouges de Washington ou de Paris, sont capables de transformer un cancre parfait en docteur en ‘doctologie’ plus vrai que nature.

Tumeurs

Récemment, un ‘diplômé’ postulant pour l’entrée à la police a voulu se présenter au concours avec comme parchemin un Brevet d’étude du premier cycle postérieur à son… baccalauréat. Il n’y a pas de crime parfait. Le technicien du faux présentait des diplômes où les dates de naissance étaient différentes d’un parchemin à l’autre.

Beaucoup de ces ‘docta’ sont maintenant ‘arrivés’, confortablement installés dans leur cabinet directorial ou ministériel. Pour extirper la gangrène du corps social, ils tiennent le scalpel comme un poignard. A ce rythme, on se demande si le corps social pourrait un jour être guéri de ses tumeurs. Ce qui n’est sans doute pas le cas de Lazare-Emmanuel, qui a décidé d’amputer son identité officiel de prénoms si encombrants, à moins d’être compromettants. Depuis, il signe les actes ministériels avec ses seuls noms : Essimi Menye. On n’est jamais trop prudent…

© Correspondance de : Edouard Kingue