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Le pouvoir égyptien fragilisé après le carnage du Caire

LeMonde.fr

Ecrit Par le 12 Oct 2011 Publié dans la categorie: Actualités, Afrique, Monde


Le maréchal Hussein Tantaoui, chef du Conseil suprême des forces armées, a rejeté la démission présentée par le vice-premier ministre égyptien, mardi 11 octobre, après les affrontements meurtriers de dimanche entre manifestants coptes et forces de l’ordre au Caire, qui ont fait 25 morts et 329 blessés et provoquent de vives critiques contre l’armée et le gouvernement.

Hazem Beblawi, vice premier-ministre et ministre des finances, a expliqué avoir “démissionné suite aux évènements de Maspero”, qui ont “ébranlé la sécurité de la société”. “Il n’y a peut-être pas de responsabilité directe du gouvernement dans cela, mais la responsabilité est la sienne au final”, a-t-il ajouté. “La situation actuelle est extrêmement difficile et nécessite une vision et un travail nouveaux et différents”, a-t-il conclu. La manifestation s’était terminée par des heurts entre l’armée et des protestataires, et des véhicules de l’armée avaient foncé sur les manifestants.

Il s’agissait de la nuit la plus violente depuis la révolte qui a provoqué la chute de Hosni Moubarak, le 11 février. Au total, 25 personnes avaient été tuées et 329 personnes blessées. Des milliers de personnes ont assisté, lundi 10 octobre dans la cathédrale copte du Caire, aux funérailles de dix-sept manifestants tués la veille.

Vingt-huit personnes soupçonnées d’avoir agressé des soldats et incendié des véhicules militaires lors de ces échauffourées entre l’armée et des manifestants ont été arrêtées, ont rapporté mardi les médias publics. Le parquet militaire a indiqué que ces vingt-huit personnes, parmi lesquelles des coptes mais aussi des musulmans, avaient été placées en détention provisoire pour quinze jours en attendant les résultats d’une enquête.

PEUR D’UNE ESCALADE DES VIOLENCES

Ces violences fragilisent un peu plus un pays qui connaît une transition délicate depuis la chute du président Moubarak, et qui doit tenir ses élections législatives à partir du 28 novembre. Leurs modalités sont parfois décriées et beaucoup redoutent qu’elles ne soient marquées par des violences. L’armée n’a pas encore fourni de calendrier précis pour la remise du pouvoir aux civils, promise après une élection présidentielle dont la date n’est pas encore formellement fixée.

Certains journaux et partis politiques estimaient mardi que le premier ministre lui-même, Essam Charaf, souvent critiqué pour son manque d’autorité, devait partir.

“L’Etat a perdu sa stature, le régime est au bord de l’effondrement, et le gouvernement Charaf a perdu son crédit. Tout ce qui reste à faire pour le premier ministre, c’est de partir”, écrivait un influent quotidien indépendant, Al-Masri Al-Youm (en arabe), dans un éditorial en première page. “Après ce qu’il s’est passé, M. Charaf doit quitter son poste”, estimait aussi le journal Al-Wafd (en arabe), organe du parti libéral du même nom.

Plus tôt dans la journée, le Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme avait appelé les autorités égyptiennes à s’assurer que toute enquête ouverte sur ces affrontements soit menée de manière impartiale et indépendante. Une enquête avait été demandée au gouvernement par l’armée égyptienne lundi.

Au Caire, les cercueils des manifestants tués ont été portés mardi au cours d’une marche depuis l’hôpital copte, dans le centre de la capitale, où les dépouilles ont été autopsiées, jusqu’à la cathédrale copte, dans le quartier d’Abbassiya.

A la fin de la prière, de nombreux fidèles en pleurs ont tenté de toucher les cercueils qui étaient transportés hors de la cathédrale pour être mis en terre. L’un des médecins légistes ayant procédé à l’autopsie des manifestants a affirmé à ON TV que dix corps avaient été écrasés par des véhicules, en ajoutant que, même en 1997, après l’attentat de Louxor, il n’avait pas vu des corps aussi malmenés. Des témoins ont indiqué avoir vu des véhicules de transport de troupes foncer sur les manifestants qui étaient rassemblés devant le siège de la télévision publique, dans le centre de la capitale.

VERSIONS DIVERGENTES

Des versions divergentes circulent sur ces affrontements imputés tour à tour aux manifestants coptes – qui constituent la majorité des personnes tuées – aux militaires et aux forces de l’ordre sur place ou encore aux provocations de “voyous”. A l’issue d’une réunion de crise, le Conseil suprême des forces armées (CSFA) a dénoncé “les efforts de certains pour détruire les piliers de l’Etat et semer le chaos”.

Le patriarche copte orthodoxe, Chenouda III, a mis ces affrontements, sur le compte d’”inconnus infiltrés” et a dénoncé le fait que l’on puisse les imputer aux manifestants chrétiens. Ceux-ci protestaient contre l’incendie d’une église dans le gouvernorat d’Assouan (Sud).

“DES MESURES SÉRIEUSES”

“Les dirigeants doivent prendre des mesures sérieuses pour traiter les problèmes à la racine ; autrement, cette situation peut mener à la guerre civile”, estimait lundi Fouad Allam, qui a dirigé les services de sécurité égyptiens pendant vingt ans, demandant une révision de lois religieuses discriminatoires. L’Egypte connaît depuis plusieurs mois une montée des tensions confessionnelles. D’autres relèvent que les heurts n’ont pas simplement un fondement religieux, mais sont alimentés par le ressentiment contre la police et le pouvoir militaire.

La blogueuse égyptienne Shahinaz Abdel Salam, que l’Express.fr a rencontrée lundi à Paris à l’occasion de la sortie de son livre Egypte, les débuts de la liberté (éd. Michel Lafon) relève des faits troublants. “La télé égyptienne a presque appelé les musulmans à protéger l’armée attaquée par les coptes, c’était n’importe quoi. Comment se fait-il que les forces armées aient, en parallèle, coupé les chaînes satellitaires ? Sur l’une d’entre elles, on les a entendus entrer dans le studio où la présentatrice travaillait pour couper le direct. Ils ont aussi coupé des journaux en ligne. Ce comportement n’est pas normal ! Qui a donné l’ordre de faire cela, et de tirer sur les manifestants ?” s’interroge-t-elle.

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