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Lettre aux prisonniers politique de Nkondengui

AfricaPresse.com

Ecrit Par le 20 Aug 2012 Publié dans la categorie: Actualités, Point de Vue, Société


Je viens, auprès de vos différentes personnalités hautes et respectables, vous adresser cette lettre issue tout droit du fond du cœur et de la raison. Le cœur que j’ai mis à ces mots que vous allez lire, m’amène à exprimer ma compassion envers votre désagréable condition. Dans ces fers rouillés, dans cette atmosphère indescriptible, très loin de l’architecture de vos villas et de vos suites présidentielles. Où vos montres rolex n’arrivent plus à compter le temps, où vous ne savez plus distinguer le jour de la nuit, n’ayant même pas assez de chance pour distinguer entre la pluie et le beau temps. Où vous n’avez plus de « boys » à qui donner les ordres, où vous n’avez plus de droit de péter les champagnes, et surtout de prendre les vacances près des plages artificielles de Dubaï, ou celles naturelles des iles caraïbes.

Je comprends votre situation, j’admire par-dessus tout votre courage, car plusieurs auraient comme le vieillard De La Fontaine, appelé la mort, refusant ainsi de vivre une vie contraire à celle qu’ils ont toujours vécu. Je comprends votre condition, je la sens avec vous, bien que n’ai jamais été dans une prison, pour la simple raison que je n’ai pas encore eu la chance d’y aller. Je n’ai jamais aussi eu le courage d’y mettre mes pieds, par peur de ne plus en sortir, où de ne pas en sortir tout entier. Je vous écris donc à vous : Victimes des lettres de cachet du roi. Dont les seules volitions ont force de lois, vous a conduit derrière les barreaux sans que vous n’ayez la « chance » de passer devant la barre afin de répondre de vos actes. Je comprends donc que certains d’entre vous crient haut et fort à l’injustice et que d’autres se taisent pour marquer l’indicibilité de la situation.

J’ai aussi écrit ce texte avec la raison, et elle m’a permis de comprendre assez vite que Ngoué avait certainement raison lorsqu’il disait ceci : « quand les fautes sont claires et les lois indiscutables, on n’a plus besoin d’écouter le coupable ». Ce qui occulte cette pensée c’est qu’ici, vous plaidez tous chacun en sa manière non coupable. Vous êtes des accusés, mais comme Socrate face à Méletos, Anytos et Lycon, vous accusés. Ma raison me fait aussi rompre avec ma compassion liminaire, parce que je pense que vous plaindre d’être en prison n’est qu’une aberration, car toute votre vie, vous avez été toujours en prison. Vous avez étudié dans les geôles occidentales, selon leurs croyances et leur vision du monde, vous avez continué vous études chez eux, après ce lavage rapide et efficace de cerveau, ils vous ont remis à votre pays, comme des « êtres factices » ou de « pacotilles » ces « mensonges vivants », vidés d’eux-mêmes, où sans tarder, vous avez été copté pour servir le régime.

Votre silence lors de vos longues périodes de services loyaux à ce régime, me fait comprendre que vous étiez en prison. Ce régime où on ne passe à table, comme le dit Kamto, que lorsqu’on sait tenir sa langue. Vous avez su le faire, et vous l’avez fait. Aujourd’hui vous êtes dans les fers, or hier vous étiez dans la nasse en croyant être libres. Lorsque vous avez voulu pousser un peu loin pour voir dehors, on vous a conduit à reconnaitre vos places. Vous êtes donc simplement passé d’une prison à l’autre : de la prison de la liberté de penser, à la prison

de la liberté d’agir. Hier vous habitiez comme Sade, « la tour de la liberté », mais vous étiez comme c’est le cas aujourd’hui dans la bastille.

Bien qu’étant dans les fers, plusieurs d’entre vous cherchent à libérer en eux, leurs « génies embastillés » ressusciter en eux, leurs Mozart, Fanon, et Mongo Béti assassinés. Et de ce fait, accusés par les chiffres, ils clament leur innocence par le moyen des lettres. Ceci est louable et regrettable à la fois, pour le simple fait que chez nous, nos génies embastillés ne se libèrent qu’en prison. D’autres par contre ont préférés garder le silence, malheureux et sans bouches, ils préfèrent se taire, parce qu’ils savent en eux que ce qu’ils ont à dire n’est pas plus beau que le silence. Refuser de parler, vous le savez mieux que moi c’est parler encore. Mais le silence n’est-il pas plutôt comme l’a dit De Gaulle « le refuge des forts », n’est ‘il pas une attitude de sage, teintée de sobriété et de tempérance ? Pindare, le confirme dans Les Néméennes « il est des circonstances où la vérité ne doit pas montrer son visage à découvert et le silence fut toujours chez les mortels le fruit de la haute sagesse ». Stoïciens des temps modernes vous êtes là en train de nous enseigner et à vos collègues de prison que « gémir et prier sont lâches, et qu’il faut souffrir et mourir sans parler » ? Mais voulez-vous mourir avec les secrets d’Etat ? Voulez-vous mourir sans nous préparer à éviter les pièges dans lesquels vous êtes tombés jadis ? Votre silence est grand, mais si vous parlez il sera plus grand encore. Ne vous inquiétez pas de ce que les générations présentes et futures diront de vos idées, même si elles vont les condamner, ce n’est pas une raison de le faire vous-même et avant.

J’irais maintenant plaindre vos confrères, qui par leurs « écrits de prison », donnent une nouvelle ère à la littérature camerounaise endormie, et bouleversent l’atmosphère médiatique statique. Comme je l’ai dit, je pourrais dans un sens les louer d’avoir osé prendre la plume et dire ce qu’ils avaient à dire, et même d’être allé jusqu’à dire ce qu’ils n’avaient pas à dire. Toute sortie comporte un risque, surtout les sorties intellectuelles et littéraires, et tout risque est à louer. Le problème excellences, c’est que hier vous étiez dans les meilleurs dispositions d’agir et vous n’avez jamais pensé, aujourd’hui où vous n’avez aucun moyen d’agir alors promptement-vous pensez. Mais comme l’opinion, vous pensez mal, j’irais même jusqu’à dire comme Bachelard que vous ne pensez point. Car la pensée préfigure l’action, et une pensée qui n’atteint pas cette noble finalité est morte en elle-même. Votre démarche, votre méthode est biaisée par vous-même dès leurs mises à jour, car on ne connait ni leurs causes, ni leurs finalités. Vous n’êtes là, en « écrivains de circonstance », que de suivre la voie de ceux qui se disent des initiés. Je parle là des écrivains accoutumés à « la littérature réactionnaire », et se veulent des « littéraires révolutionnaires ».

J’irais donc en continuant, parodier Bussy Rabutin, dans sa lettre à Madame de Sévigné qui disait qu’« il faut bien de la force pour dire en mourant ce qu’on disait quand on était en bonne santé », je dirais donc qu’il faut avoir assez de mauvaise foi et de démagogie, pour dire en prison ce qu’on ne disait jamais dehors. Vous avez confondu d’époque, vous avez pris les vessies pour les lanternes, et comme la plupart vous avez sorti les assiettes après la pluie. Mais est-ce à dire que vos écrits n’ont servi et ne servent à rien ?, non ! Aucune littérature n’est gratuite, aucune peine n’est perdu, Valéry l’a dit « Sisyphe se faisait des muscles ».

Vos écrits ont servis au moins ont joué un rôle déterminant dans l’avancée de la démocratie dans notre pays. Ils nous ont permis de sortir de la dictature de la « pensée unique », de bouleverser le statisme de notre nation « unanimitaire », et faire ainsi naitre le choc des idées, voie royale pour la vérité. Après avoir longtemps été des disciples fidèles de Machiavel, vous êtes allé à l’école de Fénelon et vous vous êtes détaché de ceux qui ont longtemps accoutumé le roi à ne « recevoir sans cesse que des louanges outrées qui vont jusqu’à l’idolâtrie ». Vous avez désacralisé le pouvoir, et je vous en suis reconnaissant, mais ce n’est pas en écrivant que vous allez le renverser. J’admire vos courages, mais je plains aussi ceux qui restent enfermé dans le silence, ils continuent là à servir aveuglement le roi. Comme l’ajoute Fénelon : ils craignent de lui déplaire, il ne l’aime donc pas, car il faut être prêt dit’il, « à fâcher ceux qu’on aime, plutôt que de les flatter ou de les trahir par son silence ». Vous préférez rester esclave, au lieu de prendre le risque de vous affranchir.

Le cas du Cameroun vient encore nous prouver là que la littérature de prison est celle qui gagne et qui a gagné le plus d’audience, depuis la nuit obscure des temps. Les chants les plus tristes en littérature, sont donc les plus beaux. Kamto dit à ce propos que « les écrits en prison sont parmi les plus beaux livres. L’univers carcéral semble leur donner une touche singulière ». Excellences, beaucoup vous qualifient de subversifs, moi non ! Parce que je suis sortie de ce que Kamto a appelé « l’idée maléfique », idée selon laquelle, toute pensée non engagée dans l’unanimisme est subversive. Mais beaucoup y sont restés et c’est eux les tueurs de la démocratie. Car la pensée est bien sur le « levain de la démocratie ». Mais ni moi, ni l’histoire ne pourront retenir de vous des hommes révoltés ou révolutionnaires, pour la simple raison que vous ne l’avez jamais été. Ceux qui le sont c’est ceux-là qui sont allé en prison pour avoir écrit, non ceux-là qui écrivent pour le simple fait qu’ils sont en prison.

Chers messieurs, cessez de vous lamenter sur votre situation actuelle, la nature ne fait rien en vain, « être où ne pas être » est une fausse philosophie, normalement elle vient de la parodie de l’élève le plus con de la littérature. J’aimerais terminer en vous disant que : Vous êtes les Job des temps modernes, il a donc fallu qu’on vous mette en prison, dépouillés de tous vos biens, pour que vous puissiez comprendre que « comme nous ne partirons pas avec nos richesses, nos richesses aussitôt enlevées, ne partirons pas avec nous », vous avez compris et je l’espère, que vous n’êtes pas ce que vous avez, vous n’êtes que ce que vous êtes. Plus haut vous avez grimpé, et plus haut a retentit votre chute. Je n’irais pas jusqu’à dire comme Malcom X à la suite de la mort de Kennedy que : « qui sème le vent récolte la tempête ». Je souhaite que vos situations nous servent d’exemples et que chacun des citoyens camerounais puisse comprendre que lorsqu’on a la chance d’être au service de la chose publique c’est une mission à remplir et non à trahir. Alors écrivez ou taisez-vous, mais s’il vous plait ne partez pas sans avoir fait votre méa culpa à la nation camerounaise. C’est des lettres d’excuses qu’on veut de vous, pas des lettres qui accusent. Car seul le peuple pourra vous gracier, vous « consacrer » ou vous « massacrer ».

Cordialement

© Correspondance : TATLA MBETBO Félix, dans la capitale

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