Widgetized Section

Go to Admin » Appearance » Widgets » and move Gabfire Widget: Social into that MastheadOverlay zone

Libye : que deviennent les acolytes de Kadhafi ?

Jeune Afrique

Ecrit Par le 19 Oct 2017 Publié dans la categorie: Afrique, Libye


Kadhafi

Kadhafi

Six ans après la disparition du « Guide », ses principaux et derniers acolytes ont changé de geôliers et bénéficient désormais d’un traitement de faveur. Enquête.

Un repas pantagruélique comprenant deux moutons farcis, dans un palace du bord de mer pour le jour de l’Aïd-el-Kébir. La scène n’aurait rien d’extraordinaire, même dans une ville exsangue comme Tripoli (voir JA no 2959), si les invités d’honneur n’étaient des caciques de l’ex-Jamahiriya, et non des moindres : Saadi Kadhafi, Abdallah Senoussi, Baghdadi Mahmoudi, Mansour Daw et Abouzeid Dorda. Le premier est sous le coup d’un procès pour meurtre et d’une enquête sur ses agissements durant la révolution. Les quatre autres ont été condamnés à mort le 28 juillet 2015 par la cour d’assises de Tripoli pour de nombreux chefs d’inculpation, allant de la remise en question de l’unité de l’État à l’insulte au peuple libyen en passant par l’incitation au meurtre.

Pour ces figures de l’ancien régime, il s’agit, en ce 1er septembre, d’une triple célébration : celle d’Ibrahim prêt à sacrifier son fils, celle de la prise du pouvoir par Mouammar Kadhafi en 1969 et, surtout, pour la première fois depuis au moins trois ans, celle des retrouvailles avec les leurs – hormis Saadi Kadhafi. Une fête autorisée par leur nouveau geôlier, Haythem Tajouri, qui a décidé de cajoler ses « hôtes », soumis jusqu’alors à des conditions de détention infamantes.

« Des chefs locaux étaient également présents. Ça devait être la première fois depuis 2011 qu’autant de tribus étaient rassemblées dans une seule pièce pour faire la fête », s’amuse un kadhafiste installé en Tunisie. Il aurait pu y avoir un sixième homme, Seif el-Islam, héritier putatif du « roi des rois » d’Afrique, mais depuis l’annonce de sa supposée libération le 10 juin 2017 par ses geôliers de Zintan, dans le nord-ouest de la Libye, on est sans nouvelles de lui.

Une parodie de justice

Flash-back. Août 2011 : avec l’arrivée des révolutionnaires à Tripoli commencent les arrestations des caciques du régime, qui se poursuivent ensuite au gré des extraditions. Leur parcours épouse alors celui du pays : chaotique, sanglant et mouvant. Certains sont restés pendant presque deux ans entre les mains de brigades sans mandat d’arrêt officiel. Après vingt-deux mois d’enquête, 250 témoignages et un dossier d’instruction de 4 000 pages, le procès 630/2012 de 37 hauts dignitaires de l’ancien régime – Saadi Kadhafi faisant l’objet d’une procédure à part après son extradition – s’ouvre le 24 mars 2014.

Pendant un an, quatre mois et quatre jours, on assiste, tout au long des 25 auditions, à une parodie de justice où, par exemple, la parole des témoins de la défense est réduite à la portion congrue. « Un procès Mickey Mouse », résume Hanan Salah, de l’ONG Human Rights Watch. Les audiences se déroulent au sein même de la prison d’El-Hadaba, dans la banlieue de Tripoli. Seif el-Islam les suit par vidéoconférence, avant que des différends politiques, à l’été 2014, ne mettent fin à la collaboration entre Zintan et Tripoli.

« Lors d’un interrogatoire, un ministre de l’époque est venu et a aspergé Baghdadi Mahmoudi de gaz », raconte un proche

El-Hadaba est alors aux mains du sinistre Khaled el-Chérif, ancien membre du Groupe islamique combattant libyen (GICL). Le 2 août 2015, une vidéo montre Saadi Kadhafi giflé, frappé sur la plante des pieds et forcé à entendre les cris de deux autres détenus en train d’être torturés. Parce qu’il refusait de renier Kadhafi, Abouzeid Dorda a été défenestré du deuxième étage : cheville et hanches touchées. Baghdadi Mahmoudi a lui aussi été frappé et humilié.

« Lors d’un interrogatoire, un ministre de l’époque est venu et l’a aspergé de gaz », raconte un proche. Mais c’est sans conteste Abdallah Senoussi, jugé responsable du massacre de la prison d’Abou Salim (plus de 1 200 morts), en 1996, qui a subi les sévices les plus graves. Dans un rapport daté du 21 février 2017, le Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU cite un gardien qui affirme que des membres des familles des victimes sont venus à El-Hadaba pour « corriger » physiquement Senoussi.

Torture et isolement

« J’ai été frappé aux yeux, aux jambes et à la tête », s’est plaint l’ancien exécuteur des basses œuvres de Kadhafi. Il a aussi, plus que ses codétenus, goûté à l’isolement – jusqu’à huit mois d’affilée – dans une cellule de 2 m sur 0,80 m « peinte en noire, sans matelas ni lumière, et une écuelle en plastique pour les besoins », détaille Hashim Bishr, conseiller sécuritaire du Premier ministre Fayez al-Sarraj et médiateur entre le gouvernement et la faction kadhafiste.

Des violences qui se sont élargies à son entourage proche. Anoud, la fille de Senoussi, a été enlevée plusieurs jours en septembre 2013 alors qu’elle lui rendait visite. Me Ali Dhouba, qui s’occupe des intérêts d’Abouzeid Dorda et de Baghdadi Mahmoudi, devait initialement défendre également Abdallah Senoussi. Mais, le 15 avril 2014, il est touché à la jambe par l’éclat d’une balle tirée par un homme qui tentait apparemment de voler sa voiture : « J’ai compris le message. » Deux jours plus tard, Me Dhouba se récuse devant le tribunal comme avocat de Senoussi.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *