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LOUIS PAUL MOTAZE, LA STÉ QUIFEROU ET LES 12 MILLIARDS DU DON DE TÔLES JAPONAISES

AfricaPresse.com

Ecrit Par le 9 May 2012 Publié dans la categorie: Société


L’ex ministre de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire n’était jamais à court d’une astuce pour se faire de l’argent. En janvier 2011, il a reçu de la coopération japonaise un don hors projet de plusieurs dizaines de conteneurs de tôles en aluminium. Il a décidé de les vendre en catimini à des amis de la bande à Quifeurou, le roi des matériaux de construction. Pour plus de 12 milliards de francs CFA.

Louis Paul Motaze

Le quincailler qui passe pour le roi des matériaux de construction au Cameroun vient de frapper un grand coup. Avec de solides complicités au ministère de l’Economie et de l’Aménagement du territoire, il a simplement détourné un don japonais évalué selon des sources à 70 conteneurs de tôles en aluminium. Pour huiler l’opération, il a constitué un réseau de quincaillers pour enlever la totalité du don.

L’affaire commence en janvier 2011 lorsque le ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire que contrôlait encore un certain Louis Paul Motaze reçoit un autre don hors-projet du gouvernement du Japon. Le don en question est constitué de tôles ondulées en aluminium de deux et trois mètres.

Au ministère qui ne veut pas se convertir en vendeur de tôles ondulées au détail, on décide de vendre toute la cargaison, pas aux enchères de peur que le grand public ne soit au courant, mais sous le boisseau, à quelques quincaillers triés sur le volet. L’argent collecté, nous dit-on, servira à financer des projets sociaux dans l’ensemble du pays. C’est à chaque fois le même refrain, mais on sait qu’on verra très peu les projets sociaux en question.

Le projet n’est pas inscrit au budget, personne n’aura donc les moyens de contrôles adéquats. L’argent finit généralement dans les poches de quelques-uns et l’épervier ira certainement chercher ailleurs parce qu’il ne s’agit nullement de l’argent de l’Etat.

ENTER QUIFEUROU
Il est alors créé au sein du ministère une unité de gestion de l’opération chargée de contacter les patrons des quincailliers avec une formule toute polie : ” votre entreprise a été retenue parmi un échantillon constitué pour ladite opération “. Sonné ou mis au parfum lui aussi, Quifeurou se met en branle, décidé à enlever la totalité de la cargaison.

Il met en éveille une dizaine d’entreprises dont la Société Quiferou Cameroun, comme chef de file de l’opération, une SQC Holding, une autre société dénommé Socogecam. Mais on note deux petites curiosités. Toutes les demandes adressées à l’Unité de gestion ont été signées le 10 février et ont toutes le même phrasé. Par ailleurs, on note sur la liste des entreprises proposées des sociétés comme la Seficam, société d’exploitation forestière et industrielle du Cameroun et la société africaine de textile, Safritex.

Allez donc comprendre ce que des sociétés de textile ou d’exploitation forestière viennent chercher dans une opération d’achat de tôles ondulées. Avec Quifeurou, on ne s’embarrasse pas de la plus petite mesure d’élégance. Le montage est d’un grossier à faire pâlir d’indignation un pygmée. Toutes les correspondances ont été saisies sur le même ordinateur et par la même secrétaire qui n’a même pas pris la peine d’ajouter un mot de plus à chaque fois pour brouiller les pistes. (Voir les facsimilés ci-dessous).

Conséquence, la dizaine d’entreprises qui ont soumissionné ont toute fait la même offre de prix, soit 1,4 million par tonne. Pour un coup, c’en était un. Au total, les cinq sociétés du groupe Quifeurou auront versé plus de 12 milliards de francs Cfa au ministère de Louis Paul Motaze.

Exactement, 12 milliards et 457 millions. Plus d’un an après le bouclage de l’opération, on ne sait toujours pas à quoi l’argent aura servi. La cargaison des tôles japonaises a été répartis en lots de 10 tonnes chacun. Les entreprises réunis sous Quifeurou ont enlevé près de 1000 lots, soit 10 mille tonnes en tout. Les gars de Socatral doivent se mordre les doigts.

1,4 MILLION LA TONNE DE TÔLES
L’argent aura peut-être servi à arrondir le budget d’investissement de l’Etat pour les grandes réalisations, ce qui est pour le moins improbable, mais on est surpris par un détail. La tonne de tôle a été vendue à 1,4 million. D’après les renseignements pris auprès de quincaillers de la place, on compte 358 tôles de trois mètres pour une tonne. Calculette en main, on aura acheté la tôle à 3900 francs.

La même tôle est revendue à Douala à 6000 francs. Les quincaillers heureux élus se font ainsi une marge de 35 % par tôle vendue. La cargaison provenant d’un don du Japon, elle sera forcément exonérée des droits de douane. Mais on peut d’ores et déjà commencer à compter les dégâts. Le ministre Louis Paul Motaze aura simplement organisé un dumping qui mettra à mal le producteur local de tôles ondulées, la Socatral.

Pour la transparence de l’opération, on se serait attendu à ce que Motaze organise une vente aux enchères publiques. Mais las ! L’opération devait se dérouler sous le boisseau, pour ne pas attirer l’attention du public. Il s’était acquis la réputation de “Monsieur Coopération” au Cameroun, il savait négocier les grands financements pour les grandes réalisations du renouveau, il savait aussi négocier des dons en nature. Ceux-là au moins, il pourra en faire l’usage qu’il veut sans attirer l’attention de l’Epervier.

Joint par écrit pour les besoins de recoupement de l’information, le patron de Quifeurou s’est muré dans un silence pour le moins suspect. Pour lui aussi, il n’est pas question qu’on en parle. Des sources proches du dossier au ministère de l’Economie font état d’une cargaison de 70 conteneurs servis par les Japonais, on ne sait toujours pas si elle ne pesait que les 10 mille tonnes enlevées par les entreprises du groupe Quifeurou. En attendant la suite de nos enquêtes, on cherchera à savoir à quels projets sociaux les 12 milliards et demi ont été affectés au Cameroun ” sur l’ensemble du territoire “.

© L’Equation N° 72 : David Serge Behe

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