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Migrants: la tragédie continue, l’Italie appelle au secours


Ecrit Par le 6 Jul 2017 Publié dans la categorie: A La Une, Afrique, Monde


Une embarcation de migrants en train d'être secourus, au large de l'île italienne de Lampedusa, le 17 avril 2015.

Une embarcation de migrants en train d’être secourus, au large de l’île italienne de Lampedusa, le 17 avril 2015.

Selon l’Organisation internationale des migrations (OIM) 100000 migrants sont arrivés en Europe depuis janvier, soit moins de la moitié que l’an dernier sur la même période mais leur nombre sur la route de la Méditerranée centrale entre la Libye et l’Italie augmente. Rome appelle ses partenaires européens à l’aide. Deux importantes réunions sont consacrées ce jeudi 6 juillet aux questions migratoires : un conseil informel des ministres de l’Intérieur de l’Union européenne en Estonie et un sommet en Italie avec les ministres des Affaires étrangères européens, des représentants des pays africains et d’organisations onusiennes.

L’objectif est clairement affiché : il s’agit comme le dit l’annonce du sommet de Rome de « protéger les frontières de l’Europe ». Le principal point à l’ordre du jour des deux réunions de ce jeudi 6 juillet est la coopération avec la Libye. Sachant qu’il existe déjà un accord bilatéral entre Rome et Tripoli, notamment pour former les garde-côtes libyens, que Rome voudrait voir renforcé par Bruxelles. Cette coopération est dénoncée par les défenseurs des droits de l’homme. Dans ce pays en plein chaos, les migrants sont livrés à des homicides, des tortures, des violences sexuelles, à l’esclavage, ou placés en détention dans des conditions jugées « exécrables » et « choquantes » par Filippo Grandi, le patron du HCR, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

Pour « mettre aux normes internationales » les infrastructures libyennes, c’est-à-dire les centres de détention, les Européens comptent notamment sur les organisations internationales comme l’OIM et le HCR, auxquelles ils envisagent de renforcer leur aide financière. Mais la tâche s’annonce pour le moins compliquée explique William Spindler, porte-parole du HCR : « Il faut considérer le défi que représente pour nous le fait de travailler dans un pays comme la Libye. Pour des raisons de sécurité, nous n’y travaillons qu’avec du personnel libyen et même pour ces personnes la situation reste très dangereuse. D’autre part les centres dans lesquels sont placés les migrants ne sont pas des centres d’accueil, il s’agit de prisons. Nous avons accès à certains d’entre eux, qui sont sous le contrôle du gouvernement central libyen, mais il y a de nombreux centres de détention clandestins auxquels nous n’avons pas accès, et où les migrants sont sujets à toutes sortes d’abus et d’exploitation. Ceci pour remettre notre action en contexte. Nous tentons d’améliorer les conditions de vie des migrants mais nous insistons auprès des autorités libyennes pour que ces personnes soient libérées. Nous sommes par principe contre la détention systématique de personnes qui cherchent l’asile. Et notre travail n’est pas d’arrêter la migration vers l’Europe ».

La remise en cause des ONG

Accusées par Frontex et certains magistrats italiens de « collusion avec les passeurs », les ONG qui font du sauvetage au large des côtes libyennes sont sous le feu des projecteurs. Les ministres européens de l’intérieur réunis à Tallin préparent un « code de bonne conduite » à leur intention.

François Gemenne, chercheur à Sciences Po et à l’université de Liège en Belgique, estime qu’il y a « quelque chose de très malsain dans la tentative de discrédit qu’on essaye de jeter sur les ONG. Au départ, rappelle-t-il, le travail de sauvetage humanitaire qu’elles font en Méditerranée était assuré par l’opération Mare Nostrum, lancée par l’Italie en 2013 et stoppée un an après faute de solidarité européenne. Les ONG ont pris le relais mais il faut bien se rendre compte que l’alternative à leur intervention… Ce sont tout simplement les naufrages et donc la mort de davantage de migrants en Méditerranée. Je vois mal, conclut le spécialiste des questions migratoires, comment les ministères de l’Intérieur pourraient être en mesure d’imposer un code de bonne conduite aux ONG alors qu’elles réalisent le travail qu’eux-mêmes sont censés faire ».

L’accueil passé sous silence ?

Les ministres européens ont également mis à l’ordre du jour la question du retour des migrants vers leur pays d’origine. Des retours qu’ils souhaitent plus nombreux. L’accueil, quant à lui, est le grand absent des débats. Il est certes envisagé de relancer le plan de relocalisation mis en place en 2015 par la Commission européenne. Ce plan prévoyait de répartir 160 000 personnes à partir de la Grèce et de l’Italie dans les autres pays européens. Beaucoup l’ont refusé.

« Aujourd’hui, explique François Gemenne, moins de 20% de l’objectif a été atteint, et la France figure en milieu de peloton avec 10 à 12 % de personnes accueillies. Ce plan symbolise l’échec de la solidarité et de la coopération entre les gouvernements de l’Union européenne sur cette question d’asile, et leur incapacité à déployer une réponse et un projet politique commun qui soit à la hauteur de la situation et du drame humanitaire ». A contrario, il existe un point d’accord entre les Européens : « la fermeture des frontières est aujourd’hui l’alpha et l’oméga du projet de l’Union européenne, poursuit le chercheur. Or on sait que plus on va fermer les frontières, plus on va renforcer le business des passeurs. Il y a une forme d’antinomie à vouloir à la fois lutter contre les passeurs et fermer les frontières: les deux objectifs s’annulent mutuellement. D’autant que chaque fois qu’une route migratoire est fermée, une autre, plus coûteuse et meurtrière, va être réactivée ».

Et la tragédie continue. 2017 pourrait être l’année la plus meurtrière en Méditerranée si rien n’est fait. Or des alternatives sont possibles: « Une grande partie de ces personnes pourraient voyager de manière légale vers l’Europe, ou d’autres régions du monde, à travers des programmes de réinstallation par exemple ou de regroupement familial. Il faut développer ces voies légales pour éviter aux réfugiés et demandeurs d’asile d’entreprendre de périlleux voyages vers la Libye, puis vers l’Europe à travers la Méditerranée ».

La solidarité, un vœu pieux

Alors que le Liban compte un migrant pour quatre habitants, le « flux migratoire » du premier semestre 2017 vers l’Europe, à titre d’exemple, ne représente que 0.02% de la population de l’Union européenne. « l’Europe en sa totalité, avec 500 millions d’habitants, avec les économies les plus riches de la planète, a la possibilité de répondre à la situation, affirme William Spindler du HCR, mais à condition de le faire de manière conjointe. »

Mais la solidarité entre pays de l’UE est loin d’être gagnée : en début de semaine, l’Autriche a annoncé qu’elle se tenait prête à déployer davantage de moyens militaires à la frontière italienne pour bloquer l’entrée des migrants sur son territoire. « On en est aujourd’hui exactement au même point qu’au début de la crise il y a trois ou quatre ans, conclut François Gemenne. Il n’y a toujours aucune volonté politique d’avancer sur ce dossier. Nous sommes aujourd’hui à 2 200 noyades depuis le début de l’année, l’Europe reste la destination du monde la plus dangereuse pour les migrants, et il y a beau avoir moins de traversées, le nombre de naufrages ne faiblit pas, la tragédie continue ».

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