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Obsèques : Omar Bongo enterré dans le secret

bongoLe chef de l’Etat gabonais a été inhumé hier à Franceville loin des curieux.

Le mystère, qui planait depuis une semaine et l’arrivée de la dépouille présidentielle à Libreville, s’est encore épaissi pendant les cérémonies de mise en terre d’Omar Bongo Ondimba en sa résidence de Franceville. Comme mercredi dernier en soirée, lors de l’ultime veillée, les “rituels” du lendemain ont été interdits à la presse. Au palais présidentiel du bord de mer, nombreux étaient en effet ceux qui, de leurs propres yeux, voulaient témoigner de ce que “OBO” était vraiment mort. Ils ne pourront jamais le certifier, l’imposant cercueil, couvert du drapeau national, étant intégralement fermé – et donc n’ayant aucune fenêtre vitrée pouvant permettre de percevoir la tête du mort. Jeudi était journée “chômée et payée” au Gabon, selon une décision du ministre du Travail, de l’Emploi, de la Prévoyance sociale et des Relations sociales. Ce terme, davantage par ces temps d’obsèques nationales, renvoie à la fermeture de tous les services publics et privés, mais aussi des commerces. Dans la capitale, le consulat de France, mais aussi le bureau du Pari mutuel urbain gabonais (Pmug) étaient les seuls points de concentration humaine, dans une ville à la fois vide et silencieuse. Pendant le deuil, les paris continuent…

Plus d’une heure avant l’enterrement, et alors que se déroulait la “palabre familiale” à Franceville, les envoyés spéciaux des chaînes de télévision, locales et étrangères, ont été priés d’éteindre leurs caméras. Leurs antennes se contenteront des vidéogrammes larmoyants diffusés depuis plus d’une semaine, d’images de gloire du disparu ou encore du témoignage récurrent et fort ému de l’artiste de RnB Akon, qui depuis Dubaï – et en anglais dans le texte – salue la mémoire d’un “homme exceptionnel”. Dans l’entourage familial, beaucoup n’étaient pas outre mesure surpris par cet enterrement dans le plus grand secret, d’un chef qui aura tenu son pays d’une main ferme pendant 41 ans. on a invoqué des dissensions, mais surtout l’intransigeance de l’aîné du feu président, Antchoua, chasseur anonyme dans une autre vie et qui était devenu un personnage fort influent du “bongoïsme”. Inconsolable depuis la tragique nouvelle du 8 juin dernier, et pratiquement mis à la touche pendant la phase de maladie qui a emporté celui qui l’a fait, il aurait juré, devant témoins, d’ouvrir le cercueil de ses propres mains et de “laver” son frère. Avant de disparaître à son tour dans la brousse pour ne plus en revenir ; si oui mort.

Appels au sursaut
Entre ce vendredi et demain, devrait intervenir la démission du Premier ministre Jean Eyeghé Ndong – fort critiqué pour avoir voulu dissimuler la mort du président – et de son gouvernement. Ce sera alors le début de ce que les observateurs qualifient de “grande bagarre” pour la magistrature suprême. C’est la période que tout le monde appréhende : elle pourrait déboucher sur des dérapages au sein même du Parti démocratique gabonais (Pdg, au pouvoir).
En semaine, le secrétaire général de cette formation, Faustin Boukoubi, rappelant le testament présidentiel, s’inquiétait déjà “des divisions au sein du parti et du double jeu pratiqué par certains de ses cadres”. En écho, le Premier ministre avait le lendemain fustigé les “apprentis sorciers” aux aguets, prêts à tout pour se hisser sur le trône. Le président par intérim, Rose Francine Rogombé, en appelait elle aussi à un “sursis d’orgueil” en vue de préserver l’héritage légué par Omar Bongo Ondimba. Des paroles qui, dans le contexte actuel, traduisent de vives inquiétudes aussi bien de la classe politique que des citoyens.

Si, pendant ces moments d’affliction, Ali Ben Bongo se sera détaché du lot par ses faits et gestes, allant parfois jusqu’à apparaître comme le successeur “naturel” de son père, la partie semble loin d’être jouée d’avance. “Certes, analyse Lucien Minko, rédacteur en chef de Gabon Matin, l’hebdomadaire de l’Agence nationale de presse, les grandes manÅ“uvres ont commencé dans les coulisses. Mais la sagesse voudrait que dans la course à la succession qui s’est engagée, tous les candidats partent avec les mêmes chances, sans qu’il y ait besoin de mettre certains en orbite alors qu’ils n’ont pas encore été désignés par le suffrage universel.” Mais bien avant même cette étape, en dehors d’une opposition de plus en plus décrédibilisée et d’un fichier électoral obsolète et dont la refonte – si elle a lieu – pourrait largement déborder les 45 jours prévus pour la période transitoire, la “grande bagarre” risque d’opposer les “éléphants” du Pdg. “Ici, du premier cercle au dernier carré des fidèles d’Omar Bongo, c’est chacun qui se réclame de l’héritage du feu président, s’émeut Tony Engouma, cadre à la chaîne Téléafrika. Ils pensent détenir les mêmes richesses et jouir de la même légitimité devant le peuple.”

Félix C. Ebolé Bola, à Libreville

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