Le directeur de la Rédaction de Cameroon Tribune est décédé hier à l’Hôpital central de Yaoundé.
L’onde de choc qui a parcouru l’ensemble des rédactions du Cameroun, a surtout retenti à Nonlebog, le village natal de Jean-Marie Abui Mama Eloundou dans l’arrondissement de Sa’a, au cœur du département de la Lékié. Ici, depuis hier, 04 novembre 2009, les populations savent qu’elles ont perdu l’un des fils les plus illustres de la contrée. Au quartier Emana à Yaoundé où il laisse une résidence, le deuil a rapidement pris place. De nombreux parents amis et confrères ont accouru et ne tarissent pas de compassion. Mais aussi d’éloges pour le disparu.
C’est que la nouvelle du décès de Jean Marie Abui Mama Eloundou, hier vers 10h, a fait l’effet d’une bombe parmi ses confrères qui le savaient pourtant malade depuis de longs mois. Lundi dernier encore, à la salle de rédaction du quotidien Mutations, suite au décès de son jeune collègue et confrère Benjamin Lissom Lissom, l’on s’est interrogé sur son état de santé. L’on a alors appris qu’évacué, il est revenu poursuivre ses soins au Cameroun. A l’Hôpital central notamment. Il a séjourné ici comme il l’a fait au Centre hospitalier et universitaire (Chu) de Yaoundé où Abui Mama a été conduit dès les premiers moments de sa maladie.
Le défunt directeur de la Rédaction de Cameroun Tribune est mort selon ses médecins des suites d’une tumeur cancéreuse dans la cuisse droite. Après un long suivi au Chu, le malade dont l’état a continué à nécessiter des soins approfondis et appropriés a été évacué en France à l’Hôpital Tenon plus précisément. Ici, sa prise en charge a tourné court. Etait-ce un synonyme de sa condamnation? Plus d’un observateur aujourd’hui le croient avec cette issue fatale. Toujours est-il que Jean Marie Abui Mama est retourné au Cameroun où il est cette fois, interné à l’Hôpital central. Où il est finalement mort hier, mercredi. Son corps repose à l’Hôpital général de Yaoundé où il a été déposé en fin de matinée, le 04 novembre.
Convictions
En attendant d’avoir le programme des obsèques, par de-là les chapelles et convictions, l’on retient d’Abui Mama Eloundou, qu’il aura été une des plumes les plus brillantes et rodées de la presse écrite camerounaise. Journaliste entré dans la profession de ses rêves par le truchement d’un test de recrutement de reporters organisé par l’agence camerounaise de presse (Acap), future Camnews, le jeune bachelier (pourtant classé 2e), n’aura pas été retenu pour son entrée à l’Esijy puisque reçu à la deuxième session du Bac ainsi que le prévoyait le règlement du concours à l’époque. Il ne le sera qu’en 1974. Aux côtés de Gerba Mallam, Gilbert Tsala Ekani, Jean-Paul Nanga Abanda, Léon Kanelon, Georges Athanase Bakang, Isaac Ebouélé, André Vincent Ekani, etc., Abui Mama fait partie d’une jeune génération de journalistes qui font d’Henri Bandolo leur idole.
C’est ainsi que le jeune Abui Mama intègre Cameroon Tribune (le 1er février 1982) où il fait pratiquement carrière. Contre toute attente, le 30 septembre 1992, à la veille de la présidentielle, alors qu’il occupe les fonctions de directeur des Rédactions, il est limogé et licencié de Cameroon Tribune sous Joseph Charles Doumba. Retourné au ministère de la Communication, il est sollicité par le ministre des Finances de l’époque Antoine Louis Ntsimi qui en fait un chargé d’études. Puis chef de cellule de la Communication. Le premier du Cameroun. Treize ans plus tard, en 2005, le voici de retour à Cameroon Tribune quasiment au même poste. Des fonctions qu’il a occupées jusqu’à l’annonce de sa mort hier. L’homme dont le nom signifie «beaucoup de choses» aura incarné son nom. Et des choses, il en a vu. Des choses, il en a été. Lui qui a souhaité de tous ses vœux que de mourir après l’individuation totale de ses quatre enfants. A-t-il rempli cette aspiration? Christiane, Denise, les jumeaux Alain et Eric ne le pensent certainement pas. Eux qui en veulent depuis hier à cette vilaine mort qui a emporté ce père attentionné que la terre de Nonlebog «prend du temps» (dans sa langue), s’apprête à recouvrir pour l’éternité.
Léger Ntiga, Mutations











