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Opération Epervier: Bakingili fait son deuil du Chief Inoni

Le Jour

Ecrit Par le 20 Apr 2012 Publié dans la categorie: Actualités, Société


Bienvenue à Bakingili, bienvenue au village natal d’Inoni Ephraïm. Ce mercredi 18 avril 2012, Bakingili est plus calme que d’ordinaire.

Inoni Ephraim

Un constat qui n’a pas échappé à Waters Eleven, natif de ce village dans l’arrondissement d’Idenau et fils du « regional chief » (adjoint de Chief Inoni Ephraïm). « Le village est mort, c’est le silence total. C’est plutôt comme si on avait perdu un des nôtres. Jamais l’ambiance ici n’a été aussi morose. En temps ordinaire et à pareille heure de la journée, vous auriez entendu la musique tonner depuis cette alimentation », confie-t-il, en pointant du doigt une maison en planches située en bordure de route. Cet après-midi (il est environ 13h 20 mn), des jeunes sont assis dans le bar indiqué, en présence d’un militaire en uniforme, le long de l’axe bitumé qui va jusqu’à Idenau.

En face de l’échoppe, une ruelle recouverte de bitume mène vers la résidence de l’ancien chef du gouvernement camerounais. Un drapeau vert-rouge-jaune flotte au vent, hissé au-dessus d’un mât planté devant le château de Chief Inoni. Tout près de la résidence, un poste de police est à l’abandon. « Depuis que Chief Inoni a été débarqué de la Primature, le poste de police a été fermé », explique un habitant des lieux. Les portails sont hermétiquement fermés. « La dernière fois que j’ai vu notre chef du village, c’était jeudi dernier (15 avril 2012), à l’occasion du mariage de la fille de sa petite sœur. Les cérémonies se déroulaient à la chefferie, dans la résidence de Chief Inoni », raconte un jeune locataire, dont le domicile est situé à dix mètres de la chefferie.

Ce natif de Bakingili a appris l’incarcération du chef, par personne interposée. « J’ai eu l’information lundi après-midi, aux environs de 13 heures. Mon informateur indiquait que notre chef a été arrêté samedi », dit-il. Au moment où le reporter l’aborde, il est loin de savoir qu’Inoni Ephraïm a été interpellé plutôt lundi. En revanche, Carine, une étudiante à l’université de Buea, en visite chez des parents à Bakingili, affirme qu’elle a appris la nouvelle lors du journal télévisé de la Crtv, lundi 16 avril à 19h30. Waters Eleven l’a appris aussi par ce biais. Mais dans l’ensemble, peu de gens abordés ici semblent au courant du fait. Certains y sont indifférents, d’autres se réservent d’aborder le sujet.

Pleurs à Ngeme Village

60 minutes plus tôt, le reporter du Jour a vécu une ambiance toute autre à Ngeme village, situé à quelque 5 kilomètres du centre-ville de Limbe. Ce village est situé dans la commune de Limbe II, sur la route qui mène à Idenau via Bakingili. Un courant d’air doux s’élève des eaux agitées de la mer, ce mercredi. La température est tombée alors que le soleil se rapproche du zénith. Il n’y a presque pas d’affluence dans la rue qui prend naissance depuis le « carrefour Inoni », le long de la route principale venant de Limbe. La ruelle passe devant l’école de formation maritime. Juste quelques rares passants, des jeunes filles transportant des bidons remplis d’eau, et, une vingtaine de minutes plus tard, une femme vêtue d’une robe marron.

A Ngeme Village aussi, les informations diffusées par la radio télévision nationale, notamment lors des éditions du journal de 17 h, 19h 30, 20h et 20h 30, ont fait leur effet. « C’est hier (mardi 17 avril 2012) que j’ai appris la nouvelle. Je venais de Sokolo, où je m’étais rendu pour jouer au football avec des amis. J’étais étonné, abasourdi, puisque, c’est en 2008, si je ne me trompe, qu’Inoni Ephraïm a quitté la Primature. Si, à cette époque, il y avait quelque chose, pourquoi l’a-t-on donc laissé en liberté pendant tout ce temps ?», s’interroge Lucien. Cet avis est partagé par un autre habitant de Ngeme, qui s’est confié sous le sceau de l’anonymat. « Je ne suis pas Bakwéri, encore moins du Sud-Ouest. Je vis à Limbe depuis neuf ou dix ans. Ce que je peux vous dire, cependant, c’est que je n’ai pas apprécié l’arrestation de l’ancien Pm. Eu égard à ce qu’on raconte, je me dis qu’il y a certes quelque chose, car il n’y a pas de fumée sans feu. Mais, je me demande pourquoi on ne l’a pas arrêté quand l’affaire s’est déclenchée. Je pense que quand on attrape un voleur, on le juge immédiatement. Ce n’est pas quelques années après qu’il faut le jeter en prison », se plaint ce riverain. Venue de Kumba, la veille, Mary déguste son plat de riz à la sauce tomate dans l’indifférence totale. Elle n’est au courant de rien. Tout comme sa sœur Julie. Pourtant, les deux jeunes femmes résident dans la maison la plus proche de celle d’Inoni. Une maison appartenant à un parent commun.

«Il était bon avec nous»

Quelques deux cents mètres plus loin, la ruelle bitumée débouche sur un petit carrefour où un drapeau indique la chefferie. Le chef de Ngeme Village est absent, nous apprend-t-on, pour cause de maladie. La bifurcation de droite va tout droit vers les deux résidences « personnelles » de l’ancien Premier ministre. Ces deux résidences, situées en bordure de mer, sont voisines l’une de l’autre. Le Jour apprend en outre que la toute première maison, au portail marron et aux murs jaunes mauves, appartenait jadis à un ministre de la République. Inoni Ephraïm la lui a achetée et, plus tard, il a acheté le duplex construit tout à côté.

Andege Mesi Ivo, 72 ans, est né à Victoria Town (ancienne appellation de Limbe), et il connaît bien son voisin Inoni Ephraïm, ex-chef du gouvernement. « Il était très gentil avec nous ; de temps en temps, il se déplaçait de maison en maison pour saluer ses voisins que nous sommes. A certaines fêtes de Noël, il nous invitait chez lui, question de nous rapprocher de lui. Il nous servait du vin et du whisky », se souvient-il. Le septuagénaire affirme qu’il a vu son voisin la dernière fois lundi dernier au petit matin. Mesi Ivo retournait chez lui, après un bon bain à la plage, où les hommes de sa classe d’âge se retrouvaient assez souvent avec l’ex-patron du gouvernement, pour prendre de l’air en blaguant. « Chief Inoni était assis au balcon de sa maison, en train de lire des journaux. Nous nous sommes salués en levant la main », dit-il. Le vieillard était alors loin de se douter que son voisin et ami serait interpellé ce lundi-là à Yaoundé, où Chief Inoni devait déférer à une convocation du juge d’instruction Pascal Magnaguemabé.

Chrétien et pieux

Des témoignages de plusieurs riverains de Ngeme Village, il ressort également que Inoni Ephraïm est un homme pieux et surtout sensible. « Chaque fois que j’allais à l’église, je le retrouvais. Il y allait chaque dimanche à 11h. Après la messe, il remontait dans sa voiture, souvent en compagnie de sa femme », se rappelle Lucien. Le vieux Mesi Ivo se rappelle ces dimanches où le Chief les transportait dans sa voiture jusqu’à la paroisse catholique de Bota et les ramenait à la maison, au sortir de la messe. « Je pense que c’est un monsieur bon. Souvent, il est arrivé aussi qu’il mette à notre disposition sa voiture pour transporter un malade à l’hôpital et qu’il supporte les factures », révèle-t-il. Quand le Chief n’était pas sorti, il s’installait à son balcon pour lire ou allait à la plage, témoigne Lucien. Mais, ignore les raisons de l’interpellation de l’ex-Pm. « Il faudra bien qu’on nous dise les raisons de son arrestation et que ces raisons soient fondées », suggère-t-il.

Ignatius, un habitant de Limbe, n’est pas aussi élogieux à l’endroit de Chief Inoni. Il pense que l’ancien Premier ministre n’a rien fait pour son village, à part la construction de ses résidences, dont le luxe tranche d’ailleurs avec les multiples baraques peuplant le village natal de ce haut commis de l’Etat. Lors de la dernière éruption du Mt Cameroun, en effet, les larves ont coupé la route en deux voies au niveau de Bakingili, obligeant la commune à dévier la route. Ignatius affirme qu’avant la pose des dos d’âne au niveau de cette déviation, beaucoup de gens y ont laissé leur peau. Et le Chief n’a rien fait, selon Ignatius, alors même qu’il disposait des pleins pouvoirs.

Théodore Tchopa,
de retour de Bakingili et Ngeme village

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