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Opération Épervier: Lumières sur le livre qui «révèle» Marafa


Ecrit Par le 19 Jun 2012 Publié dans la categorie: Actualités, Opération épervier, Société


Comme un serpent de mer. Peu de personnes à Yaoundé ont en effet vu ou parcouru cet ouvrage de 143 pages au titre aussi long que dur.

«Marafa Hamidou Yaya, l’automne de la colère. Les versets politiques. Victime de l’anthropophagie politique du système. Cameroun: les cahiers d’une transition chaotique». Beaucoup affirment n’en avoir pris connaissance qu’à travers les journaux. D’autres ont pu en admirer la première de couverture et lire quelques extraits sur internet. La nouvelle de sa publication a pourtant alimenté nombre de conversations dans la capitale tout au long du week-end du 15 au 17 juin 2012, mettant même en branle les services de renseignements de la République. Nouvelles révélations de l’ancien ministre? Livre commandité par ses soins? Stratégie de communication des marafistes? L’auteur de l’ouvrage, Sismondi Barlev Bidjocka est formel: «le livre n’est pas encore commercialisé sur le territoire camerounais». Journaliste et éditorialiste au sein d’une radio urbaine émettant dans la capitale, il dit aujourd’hui être victime de nombreuses pressions.

Piratage

Tout est parti d’un message, posté sur le forum 237 .online, par lequel l’auteur annonce la sortie imminente de son ouvrage. Il dit y avoir condensé les quatre lettres ouvertes publiées par Marafa Hamidou Yaya depuis son incarcération le 16 avril 2012 ; ses analyses propres sur l’Opération Epervier dans le cadre de laquelle l’ex-ministre d’Etat a été incarcéré; les confidences qu’il aurait recueillies de l’ancien ministre au cours des cérémonies officielles et des dîners où il l’aura côtoyé entre 2006 et 2011; ainsi que les raisons de son implication dans cette affaire encore en instruction devant la justice. L’ouvrage de 143 pages est assorti d’une couverture présentant son «héros» assis, le regard au lointain, sur un fond rouge et noir. Dès le début du week-end, le livre se retrouve dans la rue. Des photocopies de l’ouvrage sont vendues, d’après plusieurs sources, au prix de 5000 Fcfa. «Mon infographe m’a avoué que c’est lui qui a divulgué cette copie pour des raisons essentiellement pécuniaires. Je le connais depuis plusieurs années et je sais qu’il a beaucoup de problèmes en ce moment», explique t-il. 13 exemplaires au total, d’après les dires de l’infographe rapportés par l’auteur, ont été vendus. Mais la version qui s’est retrouvée dans la rue, poursuit-il, n’est qu’un brouillon, une première mouture qui n’a pas été corrigée. D’où les nombreuses coquilles et fautes de grammaire qui s’y retrouvent.

Manipulations

Mais l’occasion est trop belle. Le livre, favorable à l’ancien Sgpr, est de ce fait attribué à ce dernier. Dans sa livraison n°174 du 18 juin 2012, l’hebdomadaire La Nouvelle, dont l’inimitié avec le célèbre prisonnier est réputée, titre même à sa Une: «L’automne de la colère: A la découverte du livre de Marafa ». Une source proche des circuits de communication de l’ancien ministre dément cependant l’implication de ce dernier dans la production de l’ouvrage. « J’ai moi-même posé la question au ministre qui m’a répondu qu’il n’avait pas écrit d’ouvrage, ni mandaté quelqu’un pour le faire», affirme t-elle. Le conseil de Marafa Hamidou Yaya, Me Abba Bakir, affirme quant à lui «ne pas être au courant de cela» et «l’avoir appris dans les journaux» comme la plupart des gens. L’auteur de l’ouvrage n’est pas plus affirmatif sur l’implication supposée de l’ex-Sgpr. « Je ne connais pas M. Marafa. Je n’ai aucune relation avec lui. Je l’ai rencontré dans des circonstances officielles qui concernaient les conférences de presse ou les diners diplomatiques. Il ne m’a pas payé pour cet ouvrage, d’ailleurs je suis incorruptible», explique le journaliste de Radio Siantou. Le livre est édité à compte d’auteur et publié par les éditions Press Force One qu’il dirige. La présentation de la copie définitive du livre est prévue dans la semaine, assure t-il. «Je pense que les générations ont le droit de savoir certaines choses. Ça fait trente ans qu’on est au courant de rien. Pour une fois, on a un compte-rendu de ce qui se passe dans le régime. Ce livre a d’abord et avant tout un intérêt historique», se satisfait celui qui anime, dans sa radio, l’émission « Les dossiers de l’histoire», dédiée à la mémoire collective. Pour autant, les soupçons de manipulations ne sont pas loin.

Commentaire
Un silence finalement si … bruyant

L’agitation observée autour de ce livre cache en réalité une lutte d’intérêts politique et pécuniaire; qui mêle à la fois opportunistes, manipulateurs, amis et adversaires de l’ex-ministre d’Etat.

Depuis le 05 juin 2012, soit 14 jours, Marafa Hamidou Yaya est silencieux. Alors que dans l’opinion une certaine attente semble s’être désormais cristallisée autour de la cinquième lettre – attendue de beaucoup -, l’ex- Secrétaire général de la présidence de la République (Sgpr) reste «désespérément» muet. L’ancien haut commis de l’Etat a pourtant fait publier, par nombre de journaux de la place, quatre lettres en moins d’un mois. Dans la première, qu’il adresse au Président de la République, il relève l’animosité que certains barons du régime commençaient à entretenir sur son cas, tout en insistant sur l’intégrité de son caractère. Dans la seconde, qu’il adresse au peuple camerounais le 13 mai, il relève les insuffisances du code électoral et pose sur la place publique la question «taboue» de la succession présidentielle. La troisième lettre, publiée le 23 mai, livre sa part de vérité sur «l’affaire Albatros». La quatrième quant à elle, fait des révélations sur des cas de corruption et de détournement des biens publics qui auraient émaillé le crash du Boeing 737-200 de la Camair survenu le 3 décembre 1995 à Douala, lequel a fait 71 victimes. Cette dernière lettre, qui épingle de hauts dirigeants encore en fonction, a suscité un tel émoi au sein de l’opinion que celle-ci a inspiré aux députés du Sdf une proposition de résolution en vue de la création d’une commission d’enquête parlementaire. Rejetée, celle-ci ne pourra creuser dans ces révélations comme l’avaient souhaité certains – et peut-être aussi Marafa Hamidou Yaya. Mais depuis cet épisode, l’ex-Sgpr est resté silencieux. Un silence qui alimente toutes les interrogations, ravive tous les appétits, et attire toutes sortes d’entrepreneurs, des accoucheurs aux croque-morts.

Intenable attente

En visite dans le Sud du pays le 15 juin 2012, Paul Biya, répondant au sujet de ses anciens collaborateurs qui «se livrent à une abondante activité éditoriale», a eu cette réponse ci que «la justice est indépendante. On la laisse agir et les résultats qui en sortiront, nous les accepterons». Une affaire judiciaire donc, semble t-il affirmer. Mais les lenteurs de cette Justice participent elles aussi à nourrir l’attente. Depuis son incarcération le 16 avril 2012, l’ancien baron n’a même pas été notifié des charges retenues contre lui. D’après son avocat, Me Abba Bakir, «l’affaire est en instruction». Tout juste laisse t-il entendre que son client est poursuivi pour détournement de fonds publics. Mais ni l’affaire pour laquelle il est poursuivi, ni le montant des détournements concernés ne sont connus. «Je n’ai pas déontologiquement le droit de vous en dire davantage. Lorsque le juge aura terminé son instruction, vous en saurez plus», se contente t-il. Dans l’entourage même de l’ancien ministre, peu de personnes sont fixées sur le sort du détenu le plus bruyant de la prison secondaire de Yaoundé. Bien malgré lui donc, Marafa Hamidou Yaya continue de faire parler de lui. Par ses écrits, comme par son silence. Si l’affaire suscite beaucoup d’intérêts, elle fait aussi le lit des manipulations venant de toutes parts, y compris chez les adversaires désignés de l’ex-Minatd.

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