« Quel spectacle ! Quel est ce spectacle ? », demande la juge Noah, présidente de la collégialité, aux deux représentants du parquet et aux différents avocats qui entretiennent un tapage dans la salle d’audience de la Cour d’appel du Centre, requise pour les besoins de la cause, par le Tribunal de grande instance (TGI) du Mfoundi. La présidente n’a trouvé que cette formule pour rappeler à l’ordre tous ces techniciens du droit qui se sont jetés dans une discussion d’école sur la définition de « l’ouverture des débats ». En cause, une demande des avocats de l’Etat du Cameroun qui porte sur un nouveau report. Le motif, la communication de la liste de ses témoins.
« Mme la présidente, depuis le 18 février 2010, nous avons adressé un courrier au tribunal pour accéder au dossier au niveau du greffe. Malgré cela, nous n’avons pas pu le faire. Alors même que nous avons versé un acompte sur les frais au greffe. La partie civile regrette de ne pas avoir le dossier. Il nous est donc impossible de présenter notre liste des témoins », annonce Me Pinho, avocat de la partie civile pour justifier cette requête. S’ensuit une vive protestation de la défense, suscitée davantage par le silence du parquet.
C’est la porte ouverte à plus d’une heure d’horloge de conjecture. Toutes les parties épiloguent sur l’article 414 du code de procédure pénale. Il y a ceux qui soulignent que ses dispositions prévoient une déchéance des témoins « si leurs noms ne sont pas présentés cinq jours avant le début des débats ». Au premier rang des tenants de cette thèse, Me Ebanga Ewodo, avocat de la défense. Pour lui, « la loi doit être respectée pour que les débats se poursuivent ». Il soupçonne le dilatoire. Ne comprenant pas que la partie qui accuse argue qu’elle ignore le contenu du dossier.
Un front pour éviter le report
Tous les autres avocats de la défense le rejoignent dans son raisonnement. Mais, en face, la partie civile se défend de ne pas être le déclencheur de la procédure, pour justifier sa méconnaissance du dossier. De même qu’elle ne considère pas être hors délai. Car pour elle, les débats ne sont pas encore ouverts. Un véritable jeu de ping-pong autour des procédures qui va offrir une brèche aux avocats de Maurice Feuzeu, un des accusés, de solliciter une liberté provisoire pour leur client. « On devrait permettre à l’accusé de comparaître libre en attendant la communication de cette liste des témoins qui fait penser que le dossier est vide. Car comment est-on passé d’une accusation de 7 milliards à 400 millions collectivement et 22 millions pour lui », dénonce l’un des avocats. Pour trancher ce débat, le tribunal va « renvoyer la cause au 21 avril » prochain, pour se prononcer sur cette demande de liberté provisoire. Mais également, pour la communication de leur liste des témoins, par les avocats de l’Etat du Cameroun.
Toute l’assistance se sera ennuyée de cette audience qui a commencé avec 4 heures de retard, sauf peut être, Urbain Olanguéna Awono qui a passé le clair de son temps à lire un des nombreux livres qu’il a emporté de sa cellule de la prison centrale de Kondengui.
Rodrigue N. TONGUE, Le Messager











