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Ahmadou Ahidjo : Martyr et bourreau

Publié par Jun 26th, 2009 et classé dans Actualités, Politique. Suivre toutes les réponses pour cet article par le flux RSS 2.0. Les réponses sont actuellement fermées, mais vous pouvez effectuer un trackback depuis votre propre site.

Ahmadou_AhidjoIl a dirigé le Cameroun d’une main de fer, pendant 25 ans avant de se retourner contre les institutions qu’il a mises en place.

Le 30 nombre 2009, la famille d’Ahmadou Ahidjo commémorera pour la 20e fois l’inhumation de son chef et premier président camerounais à partir de Dakar au Sénégal où il a passé ses années d’exil. Avant de quitter la terre dans le silence et l’indifférence des autorités camerounaises. De là où il se trouve, Ahmadou Ahidjo ne peut pas se dire surpris par ce destin. Tant il aura connu cette situation au cours des derniers moments de sa vie. Mais également, au moins cinq ans avant son décès. Du moins depuis que son chemin et celui de son successeur se sont séparés en 1983. Mais davantage à cause du coup d’Etat manqué du 06 avril 1984 au cours desquels Ahmadou Ahidjo dira que si “ce sont mes partisans, ils auront le dessus”.
Des événements qui ont dressé une partie de l’opinion camerounaise contre le “père de la Nation.” Lui qui a mis en place au Cameroun un Etat policier et réprimé toutes les velléités d’impertinence. Se fondant sur l’ordonnance de 1962, le régime Ahidjo se sera caractérisé par la terreur et le bain de sang. L’incendie du marché Congo à Douala, “le train de la mort” et les emprisonnements des hommes politiques dans les prisons spécialement aménagées, sont ses œuvres.

Mais on aurait tort de ne retenir de son action que ces éléments peu glorieux. Car, soucieux de bâtir “une nation forte et prospère”, le président avait initié les grands travaux, encourageant le travail agricole sous l’impulsion de la révolution verte, et engageant le pays sur la voie de l’industrialisation. Au moment de quitter le pouvoir le 04 novembre 1982, il sera heureux de dire à ses concitoyens qu’il laisse un pays “debout”, “une nation riche et prospère”.
Des décennies plus tard, au premier trimestre de l’année prochaine en principe, que sera-t-il resté de cet héritage? Tous les observateurs le savent. Pour autant, l’histoire aura retenu sa vérité sur les relations entre les deux présidents du Cameroun. Celle que Emile Derlin Zinzou a décrite dans l’oraison funèbre qu’il a prononcée à l’occasion des obsèques de son ami, il y a quinze ans à Dakar. “Ahidjo mon ami, mon frère, voici notre dernier rendez-vous, du moins en ce monde, puisque nous sommes croyants. (…) Heureux ceux qui meurent en laissant des traces, un sillon. Les sillons que tu as creusés attesteront longtemps encore aux yeux des générations qui se succèdent, ce que tu fus que nul n’oserait contester: Le bâtisseur, le père du Cameroun moderne. A la vérité, tu n’eus qu’une seule et grande passion : Le Cameroun”, avait-il souligné.

Des paroles qui ont certainement résonné dans la tête du président Biya en le poussant l’année dernière, à renouer le contact avec Emile Derlin Zinsou pour qu’il officie comme médiateur, avec pour objectif de faciliter un dialogue constructif entre Germaine Ahidjo et lui au sujet du rapatriement de la dépouille de l’ex-président de la République. Comme pour parachever un travail qu’il avait entamé en décembre 1991, lorsqu’il signait et publiait un décret réhabilitant Ahmadou Ahidjo, jusque-là condamné par contumace, réhabilitation qui s’étendait à Ruben Um Nyobe, Félix Roland Moumié et Ernest Ouandié. Un travail qui tourne autour des conditions de rapatriement de la dépouille de Ahmadou Ahidjo, des dossiers financiers intégrant tant les biens saisis de l’ancien président que son traitement d’ex président de la République. Des démarches également qui permettent, selon des sources, de dire que le pouvoir pourrait protocolairement opter pour le rapatriement des restes du “père de la nation” au Cameroun et un deuil national de 48 heures avec des manifestations à Yaoundé et Garoua, la ville natale du défunt.

L N, Mutations

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